Le 18 mai 2026, le président nigérien Abdourahamane Tiani a reçu Stephen G. Roman, PDG de Global Atomic, pour faire le point sur le gisement d'uranium de Dasa. Cette audience au sommet intervient trois jours après l'annonce d'un report des premières livraisons à 2028, suscitant des interrogations sur la viabilité du projet. L'occasion pour l'entreprise canadienne de réaffirmer son engagement, avec 250 millions de dollars déjà investis et 700 emplois créés.

Infographie — Uranium · Niger

La réunion du 18 mai à Niamey visait à dissiper les doutes nés de la communication du 15 mai, où Global Atomic avait elle-même repoussé à 2028 le début des livraisons d'uranium de Dasa. Le PDG Stephen Roman a présenté au président Tiani un état des lieux positif : le génie civil avance, l'usine de traitement est en cours de montage, et l'investissement total atteindra 550 millions de dollars. Sur cette enveloppe, 250 millions ont déjà été injectés, et 300 millions supplémentaires sont attendus pour achever le projet. L'emploi local est mis en avant : 700 salariés, dont 95 % de Nigériens, sont déjà mobilisés sur le chantier. Ces annonces contrastent avec l'ajustement du calendrier, que l'entreprise justifie par la complexité technique du gisement souterrain et les difficultés logistiques dans l'enclave désertique d'Agadez.

Cette séquence révèle les tensions entre les impératifs industriels et les attentes politiques. Depuis le coup d'État de 2023, les autorités de transition ont fait de la souveraineté minière une priorité, avec des exigences accrues de transparence et de retombées locales. Le Niger détient 20 % du capital de SOMIDA, la filiale locale qui porte le projet Dasa. Or, le report des premières livraisons, initialement prévues pour 2026, a pu être perçu comme un manque de considération pour les objectifs de développement du pays, d'autant que les recettes pétrolières sont en baisse. La visite éclair de Stephen Roman et l'assurance d'un soutien présidentiel visent donc à rétablir la confiance entre l'investisseur et le pouvoir.

Au-delà de la relation bilatérale, le projet Dasa cristallise les ambitions nigériennes de réorientation des partenariats miniers. Après la rupture des accords avec la France, le Niger s'est tourné vers des opérateurs canadiens, chinois et russes. Global Atomic, compagnie canadienne cotée à Toronto, incarne cette diversification. Mais le décalage entre le discours officiel optimiste et les réalités industrielles – report du calendrier, besoins de financement – n'est pas propre au Niger. En Afrique de l'Ouest, plusieurs grands projets miniers (fer au Nimba, bauxite en Guinée) connaissent des ajustements similaires, illustrant la difficulté de concilier volonté politique et contraintes techniques.

Les enjeux financiers et sociaux sont considérables. Avec 550 millions de dollars d'investissement total, Dasa est l'un des plus gros projets miniers privés au Niger. La mine doit produire de l'uranium à partir d'un gisement parmi les plus riches inexploités au monde. Les retombées indirectes sont attendues dans une région souvent marginalisée, l'Air, où le chantier crée déjà une dynamique économique locale. Mais la viabilité du projet dépend aussi de la capacité de Global Atomic à mobiliser les 300 millions de dollars restants, dans un contexte de marché de l'uranium volatil et de concurrence accrue des producteurs établis (Kazakhstan, Namibie).

Le double discours de Global Atomic – annonce d'un report puis démonstration de force à Niamey – pose la question de la crédibilité des engagements pris envers un État soucieux de sa souveraineté. Au-delà de Dasa, c'est tout le modèle de développement minier ouest-africain qui est en jeu : comment concilier la rapidité exigée par les pouvoirs publics avec la lenteur inhérente aux grands projets industriels ? La réponse à cette question déterminera l'attractivité future de la région pour les investisseurs miniers.