Le 18 mai 2026, le PDG de Global Atomic Corporation, Stephen G. Roman, a été reçu par le président nigérien Abdourahamane Tiani pour faire le point sur le projet Dasa. Alors que des sources récentes évoquaient un report des premières livraisons d’uranium à 2028, le groupe canadien affirme que les travaux se poursuivent normalement, avec 250 millions de dollars déjà investis et 300 millions supplémentaires attendus. Cette rencontre au sommet illustre l’importance stratégique du secteur pour le Niger, qui cherche à mieux maîtriser ses ressources minières dans un contexte de refondation politique et de tensions géopolitiques.
⚡ Dasa : le grand projet qui divise
Entre avancées réelles et doutes persistants, la mine d’uranium de Dasa cristallise les espoirs et les tensions au Niger.
Rencontre au sommet : le PDG de Global Atomic reçu par le président Tiani à Niamey. Inspection du site de Dasa.
La Nouvelle Tribune évoque un report des premières livraisons à 2028, pour raisons techniques et financières.
Production de 4,4 M lbs U₃O₈/an. 250 M$ déjà investis, 300 M$ supplémentaires attendus.
300 M$ supplémentaires nécessaires. Le contexte budgétaire nigérien est tendu (dette à 45,4 % du PIB, déficit -3,3 %).
Zone sahélienne instable. Les aléas sécuritaires peuvent ralentir le chantier et les approvisionnements.
Le Niger veut mieux maîtriser ses ressources. Le décalage entre les annonces officielles et les fuites crée de la défiance.
Contexte macro-économique (Niger) : Selon le FMI, le solde budgétaire est de -3,3 % du PIB et la dette publique atteint 45,4 % du PIB. L’inflation est de -4,6 % (FMI). Les investissements directs étrangers représentent 1,8 % du PIB (Banque mondiale).
Un projet sous haute surveillance
La visite du dirigeant de Global Atomic à Niamey, suivie d’une inspection sur le site de Dasa dans la région d’Agadez, intervient dans un climat contrasté. Mi-mai, une dépêche de La Nouvelle Tribune rapportait que les premières livraisons d’uranium du projet étaient repoussées à 2028, invoquant des difficultés techniques et de financement. Pourtant, selon le compte rendu officiel, le génie civil se poursuit et le montage de l’usine a démarré. Ce décalage entre les annonces pourrait refléter une stratégie de communication prudente de la part de Global Atomic, ou des aléas propres aux grands projets miniers en zone sahélienne.
L’enjeu pour le Niger est considérable. Dasa est appelé à devenir l’un des principaux pôles de production d’uranium du pays, aux côtés des sites d’Arlit et d’Akouta exploités par Orano (ex-Areva). La mine, qui devrait produire environ 4,4 millions de livres d’U3O8 par an en moyenne, représenterait une source significative de revenus pour un État qui cherche à diversifier ses partenaires et à renégocier les termes des contrats miniers. Dans cette optique, l’implication de Global Atomic, entreprise canadienne cotée à Toronto, offre une alternative aux acteurs historiques français et chinois.
Souveraineté et retombées locales
Le président Tiani, qui a fait du contrôle des ressources naturelles un axe de sa politique, voit dans Dasa un levier de souveraineté. Plus de 700 travailleurs sont employés sur le chantier, dont 95 % de Nigériens, ce qui répond à une exigence de contenu local. Par ailleurs, Global Atomic a mis en place des programmes sociaux dans la santé, l’eau et le développement économique des communautés environnantes. Ces mesures visent à améliorer l’acceptabilité sociale du projet, dans une région sensible où l’insécurité liée aux groupes djihadistes reste préoccupante.
Cependant, les retards et les besoins de financement posent question. Les 300 millions de dollars nécessaires à l’achèvement du projet sont encore à trouver. Global Atomic avait évoqué un financement par emprunt et par des prises de participation, mais l’environnement financier est devenu moins favorable avec la hausse des taux d’intérêt et la volatilité des marchés des matières premières. Le gouvernement nigérien, qui détient une participation de 20 % dans le projet (via la Société du Patrimoine des Mines du Niger), pourrait être amené à apporter des garanties ou à entrer au capital pour débloquer la situation.
Un contexte régional et mondial en mutation
L’évolution du projet Dasa s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition du marché mondial de l’uranium. La demande repart à la hausse, portée par le regain d’intérêt pour le nucléaire civil dans le cadre de la transition énergétique. Parallèlement, l’offre se diversifie : au Kazakhstan, premier producteur mondial, de nouvelles techniques d’extraction permettent de réduire les coûts ; au Canada, des innovations comme l’ISR (in-situ recovery) bouleversent les méthodes traditionnelles. Le Niger, qui dispose de l’un des minerais les plus riches au monde, doit rester compétitif.
Le report à 2028 — s’il se confirme — n’est pas sans conséquence pour le Niger. Les recettes escomptées de l’uranium arriveront plus tard que prévu, dans un contexte où le pays a besoin de ressources pour financer ses dépenses courantes et ses investissements. Par ailleurs, la concurrence d’autres producteurs, comme le Canada avec ses mines innovantes, pourrait réduire la part de marché du Niger à terme. Le gouvernement doit donc veiller à ce que les conditions d’exploitation (fiscalité, sécurité juridique, stabilité politique) restent attractives, sans pour autant brader ses ressources.
Dans ce jeu complexe, la rencontre entre Tiani et Roman apparaît comme une tentative de rassurer les investisseurs et de maintenir le cap. Mais le succès de Dasa dépendra de la capacité des parties à surmonter les obstacles financiers et sécuritaires, ainsi que de l’évolution du marché mondial. Le Niger joue une partie cruciale pour son avenir énergétique et fiscal.
Le projet Dasa cristallise les ambitions et les fragilités du Niger minier post-transition. Alors que le pays cherche à s’affranchir de la dépendance historique envers les opérateurs français, il doit composer avec les réalités du marché et les exigences des nouveaux partenaires. L’avancement du chantier, malgré les reports, est un signal positif, mais la route vers la production reste semée d’incertitudes. Au-delà de Dasa, c’est tout le modèle de développement minier du Niger qui se joue, entre souveraineté retrouvée et contraintes économiques.