La société canadienne Global Atomic a annoncé le 14 mai 2026 un nouveau report des premières livraisons d'uranium de son projet Dasa, désormais attendues au premier semestre 2028. Ce retard, conditionné à l'obtention d'un prêt de 295 millions de dollars de la banque américaine DFC, intervient dans un contexte déjà marqué par le retrait d'Orano et de GoviEx. Il soulève des questions sur la capacité du Niger à monétiser ses ressources uranifères et à renforcer sa souveraineté énergétique, alors que des mouvements sociaux se multiplient dans le pays.
⏳ Dasa : 3e report en 3 ans
Le projet phare de l’uranium nigérien glisse encore. Premières livraisons repoussées à 2028, en attendant un prêt américain.
Un nouveau retard pour l'uranium nigérien
Le projet Dasa, porté par la SOMIDA (80 % Global Atomic, 20 % État nigérien), devait initialement démarrer sa production en 2025. Les premières expéditions de yellowcake sont désormais repoussées au premier semestre 2028, l'usine de traitement n'étant mise en service qu'au quatrième trimestre 2027. Ce glissement, annoncé dans les résultats du premier trimestre 2026, est conditionné au calendrier de financement du projet. Global Atomic attend toujours la validation d'un prêt de 295 millions de dollars de l'U.S. International Development Finance Corporation (DFC), qui couvrirait 60 % des investissements estimés à 425 millions de dollars.
Ce report s'inscrit dans une série de déconvenues pour le secteur uranifère nigérien. En juin 2024, le français Orano avait renoncé à son permis sur le gisement géant d'Imouraren, tandis que le canadien GoviEx avait abandonné son projet Madaouela. Dasa reste ainsi le seul actif occidental encore en développement au Niger. Mais les contraintes logistiques et financières, accentuées par l'instabilité politique depuis le coup d'État de juillet 2023, fragilisent sa mise en œuvre.
Les conséquences pour les finances publiques
Le Niger, qui traverse une crise budgétaire aiguë, comptait sur les recettes de Dasa pour diversifier ses revenus miniers. Avec une participation de 20 % dans SOMIDA, l'État espérait des dividendes et des royalties à partir de 2026. Le report à 2028 retarde d'autant ces entrées, alors que le pays doit faire face à une baisse des recettes pétrolières et à des pressions sociales croissantes. Le 14 mai 2026, une importante marche à Tillabéri, dans l'ouest du Niger, a réuni des Forces vives réclamant une meilleure répartition des richesses issues des ressources naturelles. Ce mouvement illustre l'impatience des populations locales face à des projets qui peinent à se concrétiser.
Par ailleurs, le retard de Dasa réduit la marge de manœuvre du Niger dans ses négociations avec les investisseurs étrangers. Le pays a rompu la plupart de ses accords militaires et économiques avec la France et cherche à attirer de nouveaux partenaires, notamment la Chine et la Russie. Mais l'absence de production uranifère occidentale pourrait renforcer la position de ces concurrents, qui exploitent déjà des gisements en Afrique (Namibie, Malawi) et investissent dans des technologies minières alternatives, comme le montre le développement d'une nouvelle méthode au Canada (BNN Bloomberg).
Quelles perspectives pour la souveraineté énergétique ?
Le Niger ambitionne de contrôler davantage sa filière uranium, comme en témoigne la création de la SOMIDA et la révision des codes miniers en 2024. Mais la dépendance aux financements et aux technologies étrangères reste forte. Le prêt de la DFC, s'il est accordé, conditionnera le projet à des normes américaines, limitant la marge de manœuvre de Niamey. À l'inverse, un refus du financement pourrait contraindre Global Atomic à chercher d'autres sources, peut-être chinoises ou russes, ce qui redessinerait les alliances géostratégiques dans la région.
En parallèle, la concurrence mondiale s'intensifie. Le Kazakhstan, premier producteur mondial, modernise ses mines (source Vlast.kz), tandis que de nouvelles technologies au Canada promettent de réduire les coûts de production. Dans ce contexte, le retard de Dasa pourrait faire perdre au Niger sa place de futur fournisseur majeur, d'autant que le gisement d'Imouraren, bien que gigantesque, reste en sommeil faute d'investisseur.
Le report de Dasa révèle aussi les fragilités du modèle de développement minier en Afrique de l'Ouest. Les projets exigent des capitaux massifs, une stabilité politique et des infrastructures que les États peinent à offrir. La marche de Tillabéri, combinée à l'accident minier survenu le 6 mai en République centrafricaine (source Sahel Intelligence), rappelle que les risques sociaux et environnementaux pèsent lourd sur la viabilité des projets.
Le nouveau calendrier de Dasa pose une question centrale : le Niger pourra-t-il un jour transformer son potentiel uranifère en levier de développement ? Alors que les tensions sociales montent et que la compétition mondiale s'accélère, chaque année de retard réduit les chances du pays de s'imposer comme un acteur incontournable de l'uranium. La décision de la DFC, attendue dans les prochains mois, sera un indicateur clé de la confiance des Occidentaux dans le Niger post-coup d'État. Mais au-delà du financement, c'est la capacité des autorités à offrir un cadre stable et attractif qui déterminera l'avenir du secteur.