Le 18 mai 2026, le président nigérien Abdourahamane Tiani a reçu le PDG de Global Atomic Corporation, une entreprise canadienne spécialisée dans l'uranium. Cette rencontre intervient dans un contexte de recomposition du secteur minier nigérien, marqué par une volonté affichée de réviser les accords historiques avec la France et de sécuriser les itinéraires d'exportation menacés par l'instabilité sahélienne. Elle révèle une stratégie de diversification des partenariats qui dépasse le seul enjeu de l'uranium pour toucher à la souveraineté économique du Niger.

Infographie — Uranium · Niger

Depuis l'indépendance, l'uranium nigérien est extrait principalement par l'intermédiaire d'Orano (ex-Areva), dans le cadre de coentreprises avec l'État nigérien. Les gisements de l'Aïr, à Arlit, représentent l'une des plus importantes réserves mondiales de minerai à haute teneur. Mais les relations entre Niamey et Paris se sont tendues après le coup d'État de juillet 2023, la junte militaire exigeant une renégociation des clauses fiscales et un meilleur contrôle de la production.

La réunion du 18 mai 2026 avec Global Atomic s'inscrit dans cette dynamique. L'entreprise canadienne, active au Niger via le projet Dasa, proche d'Arlit, pourrait bénéficier d'un assouplissement des conditions d'exploitation. Ce rapprochement intervient quelques semaines après l'attaque du 25 avril 2026 contre plusieurs sites stratégiques maliens, revendiquée par des groupes armés, qui a rappelé la fragilité des axes logistiques dans la région. Les exportations d'uranium transitent souvent par le Bénin ou le Togo, et toute perturbation peut affecter les approvisionnements européens.

**Un repositionnement géostratégique**

Le Niger n'est pas seul à diversifier ses partenaires. Dans la compétition pour les minerais critiques, six grandes puissances (Russie, Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Turquie) rivalisent d'influence. La Chine, via ses investissements dans les infrastructures du Belt and Road, a déjà engagé 61,2 milliards de dollars en Afrique en 2025. La Russie, de son côté, entretient des liens militaires étroits avec la junte nigérienne. L'arrivée de Global Atomic, entreprise cotée à Toronto, pourrait offrir à Niamey un contrepoids face à ces géants.

**Des enjeux de production et de financement**

Le projet Dasa de Global Atomic vise une production commerciale à partir de 2027, avec un objectif de 4 000 tonnes d'uranium par an. Mais le financement reste un défi : les coûts d'exploitation dans une zone instable et les exigences de capitaux (plus de 200 millions de dollars) nécessitent des garanties. La rencontre avec Tiani pourrait déboucher sur un accord cadre incluant des incitations fiscales ou des participations publiques.

Parallèlement, d'autres acteurs comme le canadien Ur-Energy Inc. attirent l'attention des investisseurs, mais leurs projets sont principalement situés aux États-Unis. Cela souligne que, malgré l'intérêt mondial pour l'uranium, les gisements nigériens conservent un avantage comparatif grâce à leur haute teneur, qui réduit les coûts de traitement.

**Une évolution temporelle à ne pas négliger**

Il y a un an, le Niger était encore engagé dans des négociations tendues avec Orano, tandis que la production stagnait autour de 2 000 tonnes par an. La diversification actuelle vers Global Atomic, couplée à des discussions avec des entreprises russes et chinoises, montre que Niamey a accéléré sa stratégie de multipartenariat. Cette approche reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : les États producteurs cherchent à maximiser leurs retombées économiques tout en réduisant leur dépendance historique.

Le rendez-vous entre Tiani et Global Atomic n'est qu'un épisode dans la redéfinition du rôle du Niger sur l'échiquier mondial de l'uranium. Au-delà des contrats, c'est la capacité du pays à conjuguer souveraineté, sécurité et attractivité qui est en jeu. Cette situation invite à observer comment d'autres États sahéliens, comme le Mali ou le Burkina Faso, pourraient s'inspirer de ce modèle pour leurs propres ressources minières.