Le 10 juin 2026, la cour d'appel de Paris a confirmé le renvoi d'Areva (devenu Orano) devant le tribunal correctionnel pour « blessures involontaires » après l'enlèvement de sept employés en septembre 2010 près de la mine d'Arlit, au Niger. Cette décision, qui survient seize ans après les faits, met en lumière les lacunes sécuritaires autour d'un site stratégique pour la filière nucléaire française. Elle intervient dans un contexte où la présence française au Sahel s'est considérablement réduite et où la menace djihadiste reste prégnante.

Infographie — Uranium · Niger

Une décision judiciaire longtemps attendue

La confirmation du procès par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris marque l'aboutissement d'une procédure complexe. Les juges reprochent à Areva d'avoir sous-estimé les alertes des services de renseignement français sur la menace d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) autour d'Arlit, dans le nord du Niger. Dans la nuit du 15 au 16 septembre 2010, un commando a enlevé cinq Français, un Togolais et un Malgache travaillant pour Areva et son sous-traitant Satom. Les otages ont été détenus pendant plus de trois ans dans le massif des Ifoghas, au Mali. Maître Olivier Morice, avocat de l'ex-otage Pierre Legrand, a salué une décision « satisfaisante » tout en regrettant les recours du parquet, qui ont retardé l'issue.

Les implications pour Orano et le secteur minier

Le renvoi d'Areva, devenu Orano en 2018, pose la question de la responsabilité des entreprises extractives dans la protection de leur personnel. L'affaire Arlit a révélé une vulnérabilité opérationnelle majeure pour un site considéré comme stratégique pour la souveraineté énergétique française. Le Niger fournit historiquement une part importante de l'uranium utilisé par les centrales hexagonales. En 2026, alors que la transition énergétique relance l'intérêt pour le nucléaire, ce procès rappelle que l'exploitation minière dans la bande sahélo-saharienne comporte des risques sécuritaires élevés. Orano, qui a hérité des actifs et des contentieux d'Areva, devra répondre de manquements qui ont eu des conséquences humaines et financières considérables.

Un contexte sécuritaire toujours instable

Depuis 2010, la situation au Sahel s'est dégradée. La zone d'Agadez, où se trouve Arlit, reste le théâtre d'incursions de groupes armés. Le retrait des forces françaises (opération Barkhane) en 2022-2023 a laissé un vide sécuritaire partiellement comblé par les armées locales et des acteurs privés. L'affaire Arlit illustre les dilemmes des entreprises : comment concilier exploitation rentable et sécurité des expatriés dans des régions où l'État peine à contrôler son territoire ? Les notes internes et les alertes des renseignements, qui auraient été ignorées, sont au cœur du débat.

Dynamiques boursières et perception des investisseurs

Au-delà de l'aspect pénal, ce procès pourrait affecter l'image d'Orano sur les marchés financiers. Cotée à la Bourse de Paris depuis sa restructuration, l'entreprise doit rassurer sur sa capacité à gérer les risques dans ses sites africains. L'uranium nigérien représente une part non négligeable de son approvisionnement. Si la décision judiciaire ne remet pas en cause l'exploitation, elle souligne les fragilités juridiques auxquelles s'exposent les multinationales dans des environnements instables. Les investisseurs suivront de près les débats, qui pourraient influencer les primes de risque attribuées aux projets miniers sahéliens.

Une perspective régionale plus large

Ce procès s'inscrit dans une tendance plus large de judiciarisation des activités extractives en Afrique. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, les entreprises minières font face à des exigences accrues de transparence et de responsabilité. L'affaire Arlit, bien que française, a des résonances locales : elle alimente le discours sur la souveraineté nigérienne et la renégociation des contrats miniers. En 2026, Niamey a révisé ses codes minier et pétrolier pour accroître la part de l'État dans les ressources. Le procès d'Areva pourrait servir de précédent pour d'autres contentieux liés à la sécurité des travailleurs ou à l'impact environnemental.

Alors que le procès s'ouvre, il pose une question centrale : jusqu'où va la responsabilité des entreprises extractives dans des zones où la sécurité dépend de compromis entre rentabilité et protection des vies humaines ? L'affaire Arlit, seize ans après, devient un symbole des défis de l'exploitation minière dans un Sahel en mutation, où la mémoire des otages se mêle aux enjeux géopolitiques de l'uranium.