Le 18 mai 2026, le Niger a définitivement acté la rupture avec Orano en créant une nouvelle société d'État chargée de l'uranium et en annulant la concession de la mine d'Arlit. Cette décision, qui fait suite à la nationalisation de la Somaïr en juin 2025, met un terme à plus de cinquante ans d'exploitation française. Au-delà du symbole politique, elle soulève des questions cruciales sur la capacité du Niger à gérer seul ses ressources, alors que les investisseurs internationaux observent avec prudence.
Niger : la fin d'Orano scelle la nationalisation de l'uranium
La création de la Société nigérienne de l'uranium (SNU) met un terme à 55 ans d'exploitation française. Entre souveraineté retrouvée et vide stratégique, le Niger joue son avenir minier.
Chronologie : la rupture avec Orano
Le dilemme : souveraineté contre vide stratégique
La décision du gouvernement nigérien de créer une entreprise nationale dédiée à l'uranium et d'annuler la concession d'Arlit marque l'aboutissement d'un processus de dépossession engagé depuis le coup d'État de 2023. En juin 2025, la junte avait déjà nationalisé la Société des mines de l'Aïr (Somaïr), dont Orano détenait 63 %. Le geste du 18 mai 2026 est plus radical : il dissout tout cadre contractuel avec l'opérateur français et transfère la responsabilité de l'exploitation à une entité publique, la Société nigérienne de l'uranium (SNU).
Cette décision s'inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation des ressources naturelles en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États ont revu les termes de leurs contrats miniers ou pétroliers. Le Niger, qui produisait environ 2 000 tonnes d'uranium par an avant le départ d'Orano, mise sur une hausse de la demande mondiale pour financer son développement. Mais la réalité est plus complexe. La mine d'Arlit, exploitée depuis 1971, arrive en fin de vie et nécessite des investissements lourds pour maintenir sa production. La nouvelle société d'État devra trouver des partenaires techniques et financiers, dans un contexte où le risque politique a fortement augmenté.
Un vide que la France cherche à combler ailleurs
La France, qui tirait du Niger la deuxième source de son uranium après le Kazakhstan, ne reste pas inactive. Depuis plusieurs mois, Paris explore des alternatives africaines pour sécuriser son approvisionnement. Le 10 avril 2026, Orano Botswana a obtenu un permis d'exploration de 15 000 km² dans le district de Ghanzi, au centre du pays. Le Botswana, déjà connu pour ses diamants, recèlerait 800 000 tonnes d'uranium, ce qui en ferait l'un des plus grands réservoirs mondiaux. Ce basculement illustre la capacité de la France à diversifier ses partenaires, mais aussi la volatilité des relations bilatérales dans le secteur extractif.
Les projets alternatifs peinent à émerger
Pendant que Niamey consolide son contrôle, les autres projets uranifères au Niger connaissent des difficultés. La société canadienne Global Atomic Corporation a annoncé le 15 mai 2026 le report à 2028 des premières livraisons de sa mine Dasa, située dans la région d'Agadez. Ce projet, présenté comme la relève après Arlit, souffre des mêmes incertitudes politiques. Les investisseurs hésitent à s'engager dans un pays où la junte a multiplié les ruptures contractuelles. La mobilisation populaire à Tillabéri, le 14 mai, contre la gestion des ressources, ajoute une pression sociale sur le gouvernement.
Un pari risqué sur la souveraineté
Pour le Niger, la nationalisation totale de l'uranium est un acte de souveraineté qui répond à une attente populaire. Mais il expose aussi le pays à des risques : perte de l'expertise technique d'Orano, absence de débouchés commerciaux garantis, et isolement diplomatique croissant. La France, qui reste un acteur majeur du marché nucléaire, pourrait orienter ses achats vers d'autres fournisseurs. Le Niger devra donc démontrer sa capacité à attirer de nouveaux partenaires, peut-être en Asie ou au Moyen-Orient, sans aliéner sa souveraineté retrouvée.
Des leçons pour toute la région
L'expérience nigérienne est observée de près par ses voisins. Au Mali, au Burkina Faso et au Tchad, des discours similaires sur la souveraineté minière se font entendre, mais peu d'États ont pour l'instant osé une rupture aussi radicale. La question centrale est de savoir si le contrôle public des ressources garantit une meilleure redistribution des richesses ou s'il conduit à une stagnation de la production, faute de capitaux et de technologies. Le cas du Niger, après cette décision de mai 2026, servira de test grandeur nature pour toute la région.
En annulant la concession d'Arlit, le Niger a tourné une page historique de son industrie minière. Mais ce geste soulève une interrogation plus vaste sur la capacité des États ouest-africains à transformer leur pouvoir de négociation en développement durable. Alors que la demande mondiale d'uranium repart à la hausse, portée par le nucléaire civil, la région devient un laboratoire des rapports de force entre souveraineté nationale et impératifs d'investissement.