En quinze ans, le Niger est passé d’une économie dominée par l’uranium à un positionnement pétrolier affirmé, comme l’illustrent les accords conclus le 18 mai avec la Chine nationale petroleum corporation. Parallèlement, le régime de Niamey vient de réitérer son appui au projet minier Dasa porté par le canadien Global Atomic. Cette double dynamique – reconquête de souveraineté sur les hydrocarbures et maintien d’un partenariat uranium – révèle les ambitions d’un pays qui cherche à diversifier ses ressources tout en affirmant un leadership régional.
Uranium + pétrole : le grand basculement
En 15 ans, le Niger est passé d’une économie dominée par l’uranium à un positionnement pétrolier affirmé. Les accords du 18 mai 2026 avec la Chine redessinent la souveraineté énergétique, tandis que le projet Dasa (uranium) confirme la double stratégie de Niamey.
Grâce à la renégociation du tarif de transport du pipeline (27 → 15 $/baril) et à la hausse de la participation de l’État (45 %) et des postes confiés à des Nigériens (60 %).
Chronologie d’un repositionnement
En bref — Niger
Les acteurs du double pari
Postes 60 %
Partenaire historique
Stratégique majeur
Double dynamique : souveraineté pétrolière (CNPC) + maintien du partenariat uranium (Global Atomic)
Le 18 mai 2026, le gouvernement nigérien a signé de nouveaux protocoles d’accord avec la China national petroleum corporation (CNPC), mettant fin à une année de tensions. Ces accords octroient à l’État une participation de 45 % dans la filiale locale West African Oil Pipeline Company, portent de 30 à 60 % la part des postes de direction confiés à des Nigériens, et ramènent le tarif de transport du pipeline de 27 à 15 dollars le baril. L’économie annuelle ainsi dégagée – 106 millions de dollars – renfloue les caisses publiques et redessine la relation de force avec l’investisseur chinois.
Ce tournant dans la gouvernance pétrolière s’accompagne d’un signal fort pour le secteur minier. Le 26 mai, Global Atomic Corporation a annoncé que le président du CNSP, le général Abdourahamane Tiani, avait adressé une lettre de soutien au projet d’uranium Dasa, qualifié d’« investissement stratégique majeur ». Une délégation ministérielle s’est rendue sur le site, constatant l’avancement des travaux souterrains et le niveau d’emploi local. La Société Minière de Dasa, détenue à 80 % par Global Atomic et à 20 % par l’État nigérien, constitue le plus important projet minier en développement du pays.
La concomitance de ces deux événements n’est pas fortuite. Depuis le coup d’État de juillet 2023, Niamey a entrepris un rééquilibrage de ses partenariats étrangers, cherchant à réduire l’emprise des anciens opérateurs tout en attirant de nouveaux investisseurs. Les accords avec la CNPC, perçus comme un modèle de renégociation gagnante, font écho dans la sous-région : au Tchad, les syndicats pétroliers observent cette évolution avec attention. Parallèlement, le soutien à Dasa rassure un partenaire occidental dans un contexte où les tensions avec la France et les États-Unis persistent.
Sur le plan macroéconomique, cette double voie répond à une nécessité : l’uranium, longtemps pilier des exportations nigériennes, voit sa part relative diminuer avec la montée en puissance du pétrole. Le brut est devenu le premier produit d’exportation, et les recettes pétrolières représentent désormais plus de 40 % du budget de l’État. Pourtant, le marché mondial de l’uranium connaît un regain d’intérêt, tiré par la relance du nucléaire civil et les besoins énergétiques des data centers. Dans ce contexte, le Niger pourrait bénéficier d’une double rente, à condition de stabiliser son environnement politique et d’achever les infrastructures.
La portée de ces accords dépasse le seul cadre bilatéral. La réduction du tarif de transport du pipeline – de 27 à 15 dollars le baril – améliore la compétitivité du brut nigérien sur les marchés internationaux. Les 80 % d’emplois d’exécution réservés à la main-d’œuvre nationale renforcent l’ancrage local de l’exploitation. Mais des défis demeurent : la volatilité des cours, la dépendance aux technologies étrangères, et la nécessité de prévenir les conflits sociaux liés à la répartition de la rente.
Une souveraineté sous conditions Le récit de la « reprise en main » cache des fragilités. Les concessions chinoises, bien que significatives, n’effacent pas la vulnérabilité du Niger face aux fluctuations du marché pétrolier. De plus, le projet Dasa, encore en développement, nécessite des financements importants et une stabilité sécuritaire que la région des frontières nord n’offre pas toujours. Enfin, la concurrence entre les filières uranium et pétrole pour attirer les investissements publics pourrait à terme créer des arbitrages délicats.
En quinze ans, le Niger a opéré une mue économique remarquable, passant d’une mono-dépendance à l’uranium à une double ambition pétrolière et minière. Mais cette transition ne se fera pas sans tensions : entre souveraineté affichée et contraintes externes, Niamey devra naviguer avec prudence. Le modèle nigérien – renégocier les contrats sans rompre les partenariats – inspire déjà d’autres États ouest-africains, mais sa pérennité dépendra de la capacité du régime à maintenir un équilibre politique et à concrétiser les promesses de développement.
Données de référence : Solde budgétaire : -3.3% (FMI)