Le 9 juin 2026, l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a autorisé la poursuite du fonctionnement de l'usine Orano de Tricastin, sous prescriptions. Cette décision technique intervient alors que le Niger, premier fournisseur historique d'uranium à la France, a radicalement redéfini ses relations avec l'ancienne puissance coloniale. Le bras de fer engagé depuis le coup d'État de juillet 2023 n'a pas seulement un volet politique : il redessine l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement, de la mine au réacteur.

Infographie — Uranium · Niger

L'usine IARU, exploitée par Orano Chimie Enrichissement sur le site du Tricastin, est un maillon essentiel du cycle du combustible nucléaire français. Le réexamen périodique décennal, imposé par le code de l'environnement, a conduit l'ASNR à soumettre la poursuite d'activité à des prescriptions renforcées, notamment sur la maîtrise des aléas externes. Cette vigilance réglementaire intervient dans un contexte où la dépendance de la France à l'uranium étranger, et singulièrement nigérien, est devenue un sujet politique et stratégique majeur.

Car depuis le 26 juillet 2023, le Niger est dirigé par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du général Abdourahamane Tiani. Les déclarations de ce dernier, rapportées par le journal Les Sahel, sont sans ambiguïté : la France a « perdu l'uranium gratuit au Niger ». Une formule qui résume le ressentiment accumulé contre des décennies d'exploitation perçue comme inéquitable, et qui s'inscrit dans un mouvement plus large de révision des contrats miniers en Afrique de l'Ouest.

Parallèlement, le Sénégal voisin a lancé en juin 2026 la production de gaz naturel du champ GTA, en partenariat avec BP et Kosmos Energy. Ce projet, qui symbolise l'émergence de nouvelles ressources énergétiques dans la région, contraste avec la situation nigérienne. L'exploitation du pétrole de Sangomar, démarrée en 2024, a déjà transformé les perspectives économiques dakaroises. Ces développements montrent que les États ouest-africains cherchent à maximiser leurs revenus, mais aussi à diversifier leurs partenaires, loin des anciennes puissances coloniales.

Au Mali et au Burkina Faso, la question minière est tout aussi brûlante. Le Mali a accéléré en juin 2026 la mise en œuvre de son Code minier 2023, qui impose une participation accrue de l'État et des investisseurs locaux. Le Burkina Faso, confronté à une recrudescence de l'orpaillage illégal, tente de reprendre le contrôle de ses ressources. Ces dynamiques révèlent une tendance régionale : la souveraineté sur les ressources naturelles est devenue un impératif politique, au détriment des accords historiques.

Dans ce contexte, la Guinée a franchi une étape symbolique avec le démarrage de sa raffinerie d'or en juin 2026. Ce projet, longtemps attendu, vise à transformer localement le minerai plutôt que de l'exporter brut. Il illustre la volonté des États de capter davantage de valeur ajoutée, une logique qui s'applique également à l'uranium.

Pour Orano, l'enjeu est double. D'un côté, l'entreprise doit garantir la sûreté de ses installations françaises, comme l'exige l'ASNR. De l'autre, elle doit sécuriser son approvisionnement en uranium, alors que sa mine d'Arlit au Niger est sous le contrôle du CNSP depuis 2023. Les négociations avec Niamey sont au point mort, et le groupe a déjà annoncé des pertes importantes. La décision de l'ASNR, purement technique, ne résout pas cette équation stratégique.

Le général Tiani a également accusé la France de manipuler des « mercenaires » pour déstabiliser son régime, évoquant un « djihad » instrumentalisé. Ces propos, rapportés par le journal Les Sahel, montrent que la rupture est consommée, et que la question nucléaire est devenue un terrain d'affrontement symbolique. La France, qui a perdu sa base militaire à Niamey, voit son influence s'éroder dans toute la région.

L'évolution temporelle est frappante. En 2017, le Sénégal avait gelé l'attribution de permis pétroliers ; en 2026, il est devenu producteur de gaz et de pétrole. En 2023, le Mali a adopté un nouveau Code minier ; en 2026, il en applique les mesures. Le Niger, lui, a rompu avec la France, mais n'a pas encore trouvé de solution alternative pour exploiter son uranium. La question demeure : ces ruptures politiques se traduiront-elles par de nouveaux modèles économiques, ou par une simple réallocation des contrats à d'autres puissances ?

La décision de l'ASNR sur l'usine du Tricastin s'inscrit dans un paysage en pleine recomposition. Alors que la France sécurise ses installations, elle doit repenser sa stratégie d'approvisionnement, tandis que les États ouest-africains, du Niger à la Guinée, affirment leur souveraineté. Les prochains mois diront si cette souveraineté se traduit par des partenariats plus équilibrés ou par de nouvelles dépendances.

Vérification : La production de gaz du champ GTA a démarré le 31 décembre 2024, pas en juin 2026. · Le Code minier 2023 a été adopté en août 2023 et est entré en vigueur en janvier 2024. Il n'y a pas d'accélération spécifique en juin 2026. · La raffinerie d'or de Guinée a été inaugurée en 2023, pas en juin 2026.