Le 15 juillet 2026, la société canadienne ATHA Energy annonce des résultats prometteurs sur son projet Angilak, dans le Nunavut. Parallèlement, à Niamey, le président Tiani s’entretenait en mai avec le PDG de Global Atomic, autre compagnie canadienne, pour relancer le gisement de Dasa. Ces deux événements, à des milliers de kilomètres de distance, dessinent les contours d’une nouvelle géographie de l’uranium, où l’Afrique de l’Ouest n’est plus le seul horizon des investisseurs.

Infographie — Uranium · Niger

La relance de l'exploration uranifère au Canada n'a rien d'un hasard. Depuis 2024, la demande mondiale d'uranium a bondi de 15 %, portée par la réhabilitation de centrales nucléaires au Japon et en Europe, ainsi que par les nouveaux réacteurs en Chine et en Inde. Dans ce contexte, les compagnies minières multiplient les programmes de forage. ATHA Energy, avec ses trois corridors sur le projet Angilak, affirme avoir identifié l'un des plus importants gisements à haute teneur hors du bassin de l'Athabasca. Seuls 24 % du corridor de Lac 50 ont été testés, suggérant un potentiel bien supérieur.

Cette effervescence canadienne contraste avec la situation au Niger, où le régime issu du coup d'État de juillet 2023 peine à stabiliser son secteur minier. En mai 2026, le général Tiani a reçu Stephen G. Roman, PDG de Global Atomic, pour discuter de l'avancement du gisement de Dasa, l'un des plus prometteurs du pays. Mais les négociations traînent, les nouvelles conditions fiscales et les incertitudes sécuritaires freinant les investissements. Pendant ce temps, les projets canadiens avancent, bénéficiant d'un cadre réglementaire prévisible et de la proximité des marchés asiatiques.

Une recomposition des chaînes d'approvisionnement

Les acteurs ouest-africains, historiquement dominés par la France via Orano (ex-Areva), sont confrontés à un dilemme. D'un côté, l'exploration au Canada réduit leur poids relatif dans l'offre mondiale ; de l'autre, la hausse des prix de l'uranium (qui a doublé depuis 2022) offre une manne potentielle. Mais pour en profiter, il faut attirer les investisseurs.

Le sommet Afrique-France de Nairobi, en mai 2026, a tenté de redéfinir les partenariats. Paris a promis un « New Deal » minier, mais les soupçons de néocolonialisme persistent. Les compagnies canadiennes, perçues comme moins liées aux anciennes puissances coloniales, pourraient devenir des intermédiaires privilégiés. Global Atomic et ATHA Energy symbolisent cette nouvelle donne : des firmes nord-américaines, sans passé africain, mais très actives sur le continent.

Les enjeux de souveraineté pour le Niger

Pour le Niger, l'uranium est une question de survie budgétaire. Avant 2023, le secteur représentait 5 % du PIB et 30 % des recettes d'exportation. Depuis, la production d'Orano a chuté de 20 %, et les licences d'exploration restent gelées. La reprise de Dasa par Global Atomic pourrait inverser la tendance, mais le gouvernement exige une participation étatique majoritaire, alors que le modèle canadien repose sur des partenariats minoritaires. Le bras de fer se poursuit.

À l'échelle régionale, la Cédéao observe avec inquiétude cette dépendance au nucléaire civil mondial. Si le Niger ne parvient pas à attirer les capitaux, d'autres producteurs comme le Kazakhstan ou l'Australie combleront la demande. L'Afrique de l'Ouest risque de perdre son avantage comparatif, alors que de nouveaux gisements sont découverts au Canada, dans des conditions politiques plus stables.

Cette double dynamique – succès canadiens, blocages ouest-africains – pose une question stratégique : quelle place pour le Niger et ses voisins dans le nucléaire du XXIe siècle ? La réponse dépendra de leur capacité à conjuguer souveraineté et attractivité.

Au-delà de la compétition entre gisements, c'est le modèle même d'exploitation de l'uranium qui est en train de se réinventer, mêlant course à la découverte, tensions géopolitiques et aspirations nationalistes. L'Afrique de l'Ouest, qui fut longtemps la chasse gardée de la France, doit désormais composer avec de nouveaux entrants et de nouveaux concurrents, redessinant la carte mondiale de la ressource la plus sensible du XXIe siècle.