Le 23 juin 2026, la junior Skyharbour Resources annonce un important programme d’exploration sur le projet Preston Lake, dans le bassin de l’Athabasca, opéré par Orano Canada. Cette décision intervient dans un contexte où les projets uranifères au Niger, comme Dasa, sont reportés à 2028. Ce choix d’investissement massif au Canada, au détriment du Sahel, interroge sur la nouvelle géographie de l’approvisionnement en uranium et ses conséquences pour la souveraineté énergétique des États ouest-africains.
⚖️ Orano au Canada : le basculement minier
Tandis que le Niger s’enlise, le Canada accélère. Un signal fort pour la géographie de l’uranium.
📅 Chronologie des bascules
- Orano investit massivement au Canada, dans un bassin minier stable (Athabasca).
- Au Niger, le projet Dasa est repoussé à 2028, fragilisé par l’instabilité.
- La souveraineté énergétique ouest-africaine est questionnée : l’uranium nigérien perd du terrain.
Au cœur de l’État de Saskatchewan, Orano Canada prépare une campagne d’exploration d’envergure sur le projet Preston Lake. Le programme prévoit un levé gravimétrique aéroporté et jusqu’à 3 500 mètres de forage diamanté. Orano y détient 79,2 % des parts, Skyharbour les 20,8 % restants. Cette annonce, bien que technique, s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une réorientation des grands groupes miniers vers des juridictions jugées plus stables, tandis que le Niger, pourtant riche en uranium, voit ses projets s’enliser.
Cette tendance est corroborée par l’actualité récente du secteur nigérien. Le 15 mai 2026, Global Atomic Corporation annonçait le report à 2028 des premières livraisons d’uranium de son projet Dasa, dans la région d’Agadez. Un retard qui s’ajoute aux incertitudes politiques et sécuritaires qui pèsent sur le pays depuis le coup d’État de 2023. Dans le même temps, des tensions sociales se sont exprimées : le 14 mai, une marche importante a eu lieu à Tillabéri, à l’initiative des Forces vives de la région du fleuve, dénonçant les conditions de vie et l’exploitation minière. Ce climat d’instabilité rend les investisseurs prudents.
Le choix du Canada : sécurité et innovation
L’investissement d’Orano au Canada n’est pas anodin. Le bassin de l’Athabasca est l’une des provinces uranifères les plus riches au monde, avec des gisements à haute teneur. Mais surtout, le Canada offre un cadre juridique et politique prévisible, ainsi que des incitations à l’innovation. Une autre compagnie canadienne, citée dans les sources du 15 mai, développe une technologie de minage moins coûteuse et plus rapide, promettant de réduire de moitié les délais de production. Cette avancée technologique pourrait rendre les gisements canadiens encore plus compétitifs, accentuant la pression sur les producteurs africains.
Un enjeu de souveraineté pour le Niger
Pour le Niger, l’uranium est une ressource stratégique. Il représente historiquement une part significative des recettes d’exportation, même si son poids a diminué avec la chute des cours. Après le départ d’Areva (devenue Orano) et la montée en puissance d’acteurs chinois, le pays tente de renégocier les termes des concessions pour accroître ses revenus. Mais le report du projet Dasa et le manque d’investissements nouveaux affaiblissent sa position. La marche de Tillabéri, dans une région productrice d’uranium, témoigne d’une attente sociale forte autour des retombées locales. Or, sans nouveaux projets, ces attentes risquent d’être déçues, alimentant un cycle de mécontentement.
Une recomposition des chaînes d’approvisionnement
Au niveau mondial, la demande d’uranium est portée par la renaissance du nucléaire civil, notamment en Asie et en Europe, où il est perçu comme une énergie bas-carbone. Mais cette demande se heurte à une offre contrainte. Les principaux producteurs (Kazakhstan, Namibie, Australie) font face à leurs propres défis. Dans ce contexte, le Canada – qui n’a jamais cessé d’explorer – devient un fournisseur alternatif de premier plan. Orano, en tant qu’acteur global, diversifie ses sources pour sécuriser ses approvisionnements et répondre aux exigences de traçabilité de ses clients, souvent des électriciens occidentaux soucieux de s’approvisionner dans des pays stables.
Un test pour la diplomatie minière sahélienne
Pour les États sahéliens, cette situation est un test. Le Niger, tout comme le Mali ou le Burkina Faso, cherche à renforcer sa souveraineté sur ses ressources naturelles. Mais la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit sur la capacité à attirer des investissements tout en garantissant la sécurité juridique et physique des opérations. Or, les retards et les tensions actuelles renforcent la perception du risque-pays. Si les majors comme Orano choisissent le Canada, les projets nigériens risquent de rester en rade, privant le pays de revenus nécessaires à son développement.
L’initiative d’Orano Canada n’est donc pas qu’une simple nouvelle d’exploration. C’est un indicateur de la nouvelle géographie de l’uranium, où la sécurité l’emporte sur la rentabilité à court terme. Le Niger doit en tirer les leçons pour adapter sa stratégie minière, sous peine de voir sa place dans le marché mondial se réduire encore.
Au-delà du cas nigérien, cette recomposition des chaînes d’approvisionnement en uranium interroge l’avenir des matières premières stratégiques en Afrique de l’Ouest. Alors que la demande mondiale augmente, les pays producteurs sahéliens doivent trouver un équilibre entre affirmation de souveraineté et attractivité pour les investisseurs. Le virage canadien d’Orano suggère que sans stabilité et prévisibilité, les capitaux iront là où le risque est moindre, quitte à laisser dans l’ombre des gisements prometteurs.