Le groupe canadien ATHA Energy annonce un taux de succès de 100 % sur ses forages d'uranium dans le bassin d'Angikuni, avec une extension de 14 km et un budget de 63 millions de dollars canadiens. Cette annonce intervient alors que le marché mondial de l'uranium connaît son plus haut niveau depuis vingt ans, porté par la relance du nucléaire. Pour le Niger, troisième producteur mondial, cette nouvelle concurrence soulève des questions sur ses revenus miniers et sa capacité à négocier de nouveaux contrats souverains.
La découverte d'ATHA Energy, bien que située au Canada, n'est pas sans conséquence pour l'Afrique de l'Ouest. Le Niger, qui extrait environ 7 % de l'uranium mondial, voit sa position relative fragilisée par l'arrivée de nouvelles ressources sur le marché. L'entreprise canadienne, forte d'un budget conséquent et d'une approche de consolidation géologique, pourrait rapidement ajouter des volumes significatifs à une offre déjà tendue par la demande croissante des centrales nucléaires asiatiques et européennes. Le contexte est d'autant plus délicat que le Niger a entamé une renégociation de ses conventions minières avec les opérateurs historiques Orano et GoviEx. La découverte canadienne renforce le pouvoir de négociation des compagnies minières face à des États qui cherchent à augmenter leur part de revenus et à exercer un contrôle plus strict sur leurs ressources. Le risque pour Niamey est de voir les investisseurs se tourner vers des juridictions plus stables, tout en perdant l'avantage d'un marché vendeur. Par ailleurs, d'autres pays de la région, comme le Mali et la Côte d'Ivoire, montrent un intérêt croissant pour l'exploration uranifère. L'émergence de nouveaux acteurs en Afrique de l'Ouest pourrait, à terme, créer une concurrence intra-régionale, mais aussi offrir une opportunité de mutualisation des infrastructures et des compétences. Dans ce paysage mouvant, la souveraineté énergétique des États ouest-africains dépendra de leur capacité à attirer des investissements tout en conservant un contrôle stratégique sur leurs ressources.
L'annonce d'ATHA Energy rappelle que la ruée vers l'uranium est mondiale et que l'Afrique de l'Ouest n'est plus le seul théâtre d'intérêt. Alors que la demande pour le nucléaire civil croît dans le cadre de la transition énergétique, les États producteurs doivent repenser leurs stratégies pour ne pas être de simples fournisseurs de matière première, mais des acteurs de la chaîne de valeur. La question de la souveraineté énergétique régionale se pose désormais à une échelle plus vaste.