Le 29 juin 2026, Geiger Energy Corp. a lancé un programme de forage estival sur son projet Aberdeen dans le bassin de Thelon au Canada, ciblant des gisements d'uranium prometteurs. Cette annonce intervient dans un contexte où le Niger, pourtant l'un des principaux producteurs mondiaux d'uranium, voit ses propres projets miniers, comme celui de Dasa porté par Global Atomic, repoussés à 2028. L'écart entre l'effervescence exploratoire canadienne et les retards nigériens interroge sur la capacité de Niamey à tirer parti de ses ressources pour asseoir sa souveraineté énergétique.

Infographie — Uranium · Niger

Un pôle canadien qui s'affirme

Geiger Energy Corp., issue de la fusion de Baselode Energy et Forum Energy Metals, a annoncé le 29 juin le début d'un programme de forage sur son projet Aberdeen, dans le Nunavut. Les cibles prioritaires, Loki et Tatiggaq, sont situées à proximité du gisement Andrew Lake d'Orano Canada, où des forages antérieurs ont montré des teneurs élevées sur des épaisseurs significatives. Cette consolidation souligne la vigueur du secteur uranium canadien, porté par un cadre réglementaire stable et des technologies innovantes, notamment des méthodes d'extraction plus rapides et moins coûteuses.

Niger : des projets prometteurs mais contrariés

Au Niger, le tableau est tout autre. En mai 2026, Global Atomic Corporation a annoncé le report à 2028 des premières livraisons d'uranium de son projet Dasa, dans la région d'Agadez. Ce délai s'ajoute aux tensions politiques et sécuritaires qui pèsent sur le secteur extractif nigérien : une marche nationale à Tillabéri en mai 2026 a illustré le mécontentement des populations riveraines, tandis que l'accident minier en Centrafrique voisine a rappelé les risques opérationnels. Le contexte post-coup d'État a refroidi les investisseurs, freinant les financements nécessaires au développement des infrastructures.

La souveraineté énergétique en jeu

Pour le Niger et ses voisins ouest-africains, l'uranium représente un levier stratégique de souveraineté énergétique et de revenus. Cependant, la mise en production effective de ces ressources est cruciale. Alors que le Canada accélère ses forages et que d'autres pays comme le Kazakhstan modernisent leurs mines, le risque pour le Niger est de voir sa part de marché diminuer. La souveraineté ne se limite pas à la possession de réserves : elle dépend de la capacité à les exploiter dans des délais compétitifs.

Un marché mondial de l'uranium en recomposition

La demande mondiale d'uranium connaît une relance, portée par le renouveau du nucléaire en France, au Japon et en Asie. L'offre se diversifie : le Canada, avec ses nouveaux projets, y contribue. Mais les analystes soulignent que le Niger, avec ses réserves de très haute teneur, reste indispensable à l'équilibre du marché à moyen terme. Si Niamey parvient à résoudre ses blocages politiques et sécuritaires, il pourrait encore tirer son épingle du jeu. Dans le cas contraire, d'autres régions capteront les investissements.

L'évolution temporelle : un décalage croissant

Les sources historiques montrent qu'en mai 2026, le projet Dasa était déjà perçu comme stratégique, mais son report à 2028 a marqué un tournant. Depuis, l'activité canadienne s'est intensifiée, creusant l'écart. Cette divergence temporelle révèle les fragilités du modèle nigérien, dépendant de la stabilité politique et de la confiance des investisseurs. La question centrale pour l'Afrique de l'Ouest est désormais de savoir si elle peut accélérer ses réformes pour ne pas laisser passer la fenêtre d'opportunité offerte par la demande mondiale.

La montée en puissance de l'exploration canadienne souligne que si le Niger reste un acteur incontournable, son poids futur dépendra de sa capacité à surmonter ses défis intérieurs. La compétition pour l'uranium s'intensifie, et l'Afrique de l'Ouest doit rapidement résoudre ses problèmes de gouvernance et de sécurité pour ne pas voir ses ressources lui échapper. Au-delà de l'uranium, c'est l'ensemble du secteur extractif régional qui est en jeu, dans un contexte où souveraineté et attractivité doivent se conjuguer.