Il y a un an, le Niger nationalisait la Somaïr, filiale d’Orano, marquant un tournant dans sa politique minière. Depuis, le gouvernement a créé la Timersoi national uranium company, associée à une filiale du russe Rosatom, tandis que les contentieux avec le groupe français s’accumulent. Ce basculement s’inscrit dans un contexte de reprise du marché mondial de l’uranium, porté par la renaissance du nucléaire civil.

Infographie — Uranium · Niger

Un an après la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), le Niger et le groupe français Orano sont embourbés dans une série de contentieux. Le gouvernement issu du coup d’État accuse Orano de spoliation, tandis que l’industriel français dénonce une expulsion injustifiée. Pourtant, l’examen des faits révèle une chronologie plus nuancée : la licence d’exploitation de la mine géante d’Imouraren avait été retirée en juin 2023 par le président déchu Mohamed Bazoum, bien avant le putsch. Orano, qui n’avait jamais redémarré les travaux depuis leur suspension en 2013 après la catastrophe de Fukushima, voyait ainsi son permis révoqué pour inaction.

La mine d’Imouraren, présentée comme la plus grande d’Afrique, était en réalité un projet fantôme. Areva (devenue Orano) l’avait mise sous cocon après la chute des cours de l’uranium, et malgré la remontée des prix, n’avait pas relancé l’exploitation. Le gouvernement Bazoum a donc mis fin à ce statu quo, une décision que le nouveau pouvoir a reprise à son compte. Orano tente aujourd’hui d’imputer ce retrait aux autorités post-coup d’État, mais les faits plaident pour une continuité de la politique minière nigérienne.

En parallèle, le Niger a créé une nouvelle entité, la Timersoi national uranium company, destinée à explorer et exploiter de nouveaux sites. Timersoi est associée à une filiale de la société d’État russe Rosatom, marquant une rupture stratégique avec Orano. Ce partenariat offre à la Russie une porte d’entrée dans un pays qui détient l’une des plus importantes réserves d’uranium au monde. Il s’inscrit dans une compétition plus large pour le contrôle des ressources critiques, où la Chine (via CNNC) est déjà présente depuis les années Tandja.

Un marché mondial en pleine expansion

Cette recomposition intervient alors que le marché mondial de l’uranium connaît un regain d’intérêt. Selon SNS Insider, le marché de l’enrichissement de l’uranium était valorisé à 14,52 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 30,23 milliards de dollars d’ici 2035, avec un taux de croissance annuel de 7,61 %. Cette dynamique est portée par les politiques de sécurité énergétique et de décarbonation, qui relancent les programmes nucléaires dans de nombreux pays. Les gouvernements investissent dans de nouvelles capacités d’enrichissement, tandis que les innovations technologiques améliorent l’efficacité et la sûreté.

Ce contexte favorable offre au Niger des perspectives de revenus renouvelées, mais aussi des risques. La dépendance à un seul partenaire (Rosatom) pourrait limiter la flexibilité du pays, tandis que les contentieux avec Orano risquent de dissuader d’autres investisseurs. Par ailleurs, la présence chinoise, discrète mais ancienne, rappelle que la compétition pour l’uranium nigérien ne se limite pas à un duel franco-russe.

Les implications régionales

Au-delà du Niger, ce cas illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la renégociation des contrats miniers et la volonté des États de reprendre le contrôle de leurs ressources. Les gouvernements successifs, de Bazoum à la junte, ont cherché à réduire l’emprise des multinationales historiques. La nationalisation de la Somaïr s’inscrit dans une série de mesures similaires dans d’autres filières (or, pétrole, bauxite) qui redessinent la carte des partenariats étrangers. La Russie, via Rosatom, et la Chine, via CNNC, apparaissent comme des alternatives prêtes à offrir des conditions moins contraignantes, mais avec des implications géopolitiques nouvelles.

Cette recomposition ne se fait pas sans heurts. Les contentieux juridiques entre Orano et l’État nigérien pourraient s’étendre sur plusieurs années, tandis que la mise en valeur d’Imouraren reste suspendue. Le marché mondial, bien que dynamique, est cyclique et le risque d’une nouvelle baisse des cours n’est pas à exclure. Le Niger devra donc naviguer entre ses partenaires concurrents et les contraintes d’un marché en pleine mutation.

La trajectoire nigérienne de l’uranium reflète les tensions entre souveraineté nationale et dépendance aux marchés globaux. Elle pose la question de la capacité des États africains à valoriser leurs ressources dans un contexte de compétition accrue entre grandes puissances, alors que la transition énergétique relance l’intérêt pour le nucléaire. Le choix du modèle de développement minier – partenariat exclusif ou diversification – déterminera l’avenir du secteur.