Le contentieux entre Niamey et Orano sur l'uranium entre dans une phase décisive. Alors que le stock de concentré d'uranium produit par la Somaïr reste bloqué, le gouvernement nigérien a engagé une nouvelle étape de reprise en main de la filière, après la nationalisation de la coentreprise en juin 2025. Ce bras de fer, ouvert par le coup d'État de juillet 2023, illustre une tendance régionale plus large de souveraineté sur les ressources extractives, qui se manifeste également dans le secteur pétrolier et aurifère.

Infographie — Uranium · Niger

Le 21 août 2026, la crise entre le Niger et Orano a franchi un nouveau cap. Après avoir proposé de restituer une partie du stock d'uranium revendiqué par le groupe français, Niamey a durci sa position, bloquant toujours l'exportation du concentré produit par la Somaïr, la coentreprise exploitant la mine d'Arlit. Ce blocage s'inscrit dans un conflit juridique et commercial qui n'a cessé de s'intensifier depuis que l'armée a pris le pouvoir à Niamey en juillet 2023. Le groupe français affirme avoir perdu le contrôle opérationnel de la Somaïr le 4 décembre 2024, avant que le gouvernement ne prononce la nationalisation le 19 juin 2025, portant sa participation à 63,4 % du capital, contre 36,6 % pour la Sopamin, le partenaire public nigérien.

Cette escalade ne doit pas être lue comme un simple différend commercial. Elle révèle une stratégie délibérée de l'État nigérien pour reprendre la main sur une ressource stratégique, dans un contexte de souveraineté affirmée sur les ressources naturelles. Le retrait du permis d'exploitation du gisement d'Imouraren en juin 2024, l'un des plus importants gisements d'uranium non exploités au monde, avait déjà donné le ton. Orano évaluait ses réserves sur ce site à 171 426 tonnes fin 2023, dont 34 494 tonnes prouvées. En bloquant le stock et en nationalisant la Somaïr, Niamey envoie un signal clair aux investisseurs étrangers : les ressources minières du pays ne seront plus exploitées sans un contrôle étatique strict.

Le bras de fer s'étend au-delà de l'uranium. La fermeture de la frontière avec le Bénin, décidée après le coup d'État, a entravé l'exportation de la production de la Somaïr, mais aussi perturbé les chaînes logistiques régionales. Cette mesure, couplée à la dégradation de la situation financière de la coentreprise — Orano affirmant que la Sopamin a cessé de régler sa part des coûts de production —, a contraint le groupe français à supporter une part croissante des charges. Les procédures d'arbitrage international engagées dès décembre 2024, avant même la nationalisation, témoignent de l'ampleur du différend et de son impact potentiel sur l'approvisionnement européen en uranium.

Cette dynamique s'observe également dans d'autres secteurs extractifs en Afrique de l'Ouest. Au Sénégal, la production de pétrole du champ Sangomar, lancée en 2024, et le développement du gaz naturel du projet GTA, à la frontière avec la Mauritanie, sont suivis de près par les investisseurs, alors que les États cherchent à maximiser leurs revenus et leur contrôle. Le 21 août 2026, la production de Sangomar continue de monter en puissance, tandis que les débats sur la redistribution des bénéfices se multiplient. Parallèlement, l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali alimente des tensions sécuritaires et économiques, illustrant les défis de la gouvernance des ressources dans une région où la souveraineté devient un mot d'ordre.

Le cas du Niger s'inscrit dans une tendance plus large de renégociation des contrats miniers et pétroliers, souvent sous la pression de régimes issus de coups d'État. La junte nigérienne, comme celles du Mali et du Burkina Faso, a fait de la souveraineté sur les ressources un pilier de sa légitimité. Cette posture séduit une partie de l'opinion publique, mais elle comporte des risques : l'isolement international, la fuite des investisseurs et la dégradation des infrastructures extractives pourraient à terme réduire les revenus de l'État. Les arbitrages en cours, notamment ceux intentés par Orano, pourraient aboutir à des compensations financières lourdes pour Niamey.

Au-delà du juridique, la question est aussi géopolitique. La perte de contrôle d'Orano sur ses actifs nigériens affaiblit la position de la France dans la région, alors que d'autres puissances, comme la Russie ou la Chine, cherchent à renforcer leur influence. Le Niger, riche en uranium, mais aussi en or et en pétrole, attire les convoitises. La décision de Niamey de se tourner vers de nouveaux partenaires, notamment russes, pour sécuriser ses ressources, pourrait redessiner les alliances régionales. Dans ce contexte, le blocage du stock d'uranium est plus qu'un différend commercial : c'est un symbole de la recomposition des relations entre l'Afrique de l'Ouest et les anciennes puissances coloniales.

Le bras de fer entre le Niger et Orano sur l'uranium révèle une transformation profonde des rapports de force dans l'extraction minière en Afrique de l'Ouest. Alors que les États revendiquent une souveraineté accrue sur leurs ressources, la question de la viabilité économique de ces stratégies reste posée. Entre nationalisations, arbitrages internationaux et nouveaux partenariats, la région cherche un équilibre entre contrôle étatique et attractivité pour les investisseurs. L'issue de ce contentieux pourrait servir de modèle — ou de repoussoir — pour d'autres pays africains confrontés aux mêmes dilemmes.