Le 23 juin 2026, Orano Canada annonçait un vaste programme d’exploration sur le projet Preston Lake, dans le bassin de l’Athabasca, au Canada. Cette décision intervient dans un contexte où le Niger, pays détenant 5 % de la production mondiale d’uranium selon la World Nuclear Association, multiplie les signaux de reprise en main de ses ressources minières. En parallèle, la Guinée baptise son Tour cycliste « Simandou Tour », clin d’œil au gigantesque projet de fer qui cristallise les tensions entre souveraineté et investissements étrangers.

Infographie — Uranium · Niger

Orano, actionnaire majoritaire à 79,2 % du projet Preston Lake, prévoit une campagne de forages de 3 500 mètres cet été. Ce mouvement s’inscrit dans une stratégie de diversification géographique. L’entreprise française, historiquement liée à l’uranium nigérien via sa filiale Somair, fait face à des relations de plus en plus tendues avec Niamey.

Depuis la prise de pouvoir des autorités militaires en juillet 2023, le Niger a revu les termes des contrats miniers. En mai 2026, le ministre du Pétrole Hamadou Tinni a réaffirmé la volonté du pays de « reprendre le contrôle total » de sa rente uranifère. Cette posture a conduit Orano à réduire sa dépendance au Niger, où elle exploitait les mines d’Arlit et d’Akouta.

Le Canada, et plus précisément l’Athabasca Basin, est l’une des régions les plus prometteuses au monde pour l’uranium de haute teneur. L’investissement d’Orano y est aussi un signal adressé aux autres États producteurs : les majors peuvent déplacer leurs capitaux. Ce faisant, ils exercent une pression sur les pays africains qui durcissent leurs conditions.

Cette dynamique n’est pas propre à l’uranium. En Guinée, le projet Simandou, porté par le consortium SMB-Winning et Rio Tinto, est le plus grand gisement de fer inexploité au monde. Le « Simandou Tour de Guinée », qui partira de Beyla le 17 septembre, est un outil de soft power pour le gouvernement guinéen. Il vise à associer le nom du projet à l’image d’une nation en développement.

Pourtant, les négociations autour de Simandou ont connu des avancées et des blocages. La Guinée a imposé des clauses de contenu local et exigé la construction d’un chemin de fer. Les investisseurs, eux, hésitent face au coût total estimé à plus de 20 milliards de dollars. Le Tour cycliste pourrait servir à rassurer sur la stabilité du pays.

Dans les deux cas, la question centrale est celle de la répartition de la valeur ajoutée. Les États d’Afrique de l’Ouest veulent capter davantage de retombées économiques, tandis que les compagnies cherchent à sécuriser leurs approvisionnements sans compromettre leur rentabilité. Le fossé se creuse.

Selon le rapport Perspectives économiques en Afrique 2026 de la BAD, les pays de la région enregistrent des taux de croissance hétérogènes. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire grimpent, mais les économies minières restent vulnérables aux chocs politiques. Le Niger, malgré ses ressources, peine à attirer de nouveaux investissements.

La décision d’Orano au Canada illustre une tendance plus large : les sociétés occidentales redéploient leurs budgets d’exploration vers des juridictions jugées plus sûres. L’Australie, le Canada et les États-Unis captent une part croissante des dépenses. L’Afrique, elle, doit innover pour rester compétitive.

Alors que le Niger et la Guinée affirment leur souveraineté, le marché mondial des matières premières impose ses propres logiques. L’équilibre entre contrôle étatique et attractivité des investissements reste à trouver. L’avenir des ressources ouest-africaines se jouera dans cette négociation permanente entre États et investisseurs.