Le Niger a triplé ses recettes minières en 2025, porté par l'or et l'uranium, dans un contexte de renégociation des contrats avec les opérateurs étrangers. Mais ce boom coïncide avec une amélioration spectaculaire du profil de risque de neuf économies africaines, qui misent sur la diversification. L'uranium, à la fois levier de souveraineté pour Niamey et actif stratégique pour Paris, illustre les contradictions d'une région en pleine recomposition.

Infographie — Uranium · Niger

Le boom minier nigérien

En 2025, le Niger a engrangé 18 milliards de FCFA de recettes minières, soit le triple de l'année précédente. Cette performance est portée par l'or et surtout l'uranium, dont le pays détient l'une des plus importantes réserves mondiales. Depuis la prise de pouvoir des militaires en juillet 2023, les autorités ont imposé une renégociation des contrats miniers, visant à capter davantage de valeur. L'uranium, qui alimente les centrales nucléaires françaises, est au cœur des rapports de force. La décision d'Abuja de diversifier ses partenaires (Chine, Russie, Turquie) a déjà modifié l'équilibre régional et réduit la dépendance historique vis-à-vis de la France.

La diplomatie française en recomposition

Le 12 mai 2026, Emmanuel Macron déclarait à Nairobi, lors de l'Africa Forward Summit, incarner le « vrai panafricanisme », une tentative de recalibrer le discours français après l'effondrement de la Françafrique au Sahel. Pourtant, le déploiement de 800 soldats français au Kenya deux mois avant le sommet, comme le rapporte la presse locale, contredit les intentions affichées. Cette contradiction n'échappe pas aux dirigeants ouest-africains, qui voient dans cette nouvelle diplomatie une tentative de maintenir un accès privilégié aux ressources. L'uranium nigérien reste, pour Paris, un enjeu stratégique, d'autant que la France cherche à sécuriser son approvisionnement nucléaire dans un contexte de tensions mondiales.

Le paradoxe de la souveraineté extractive

L'édition 2026 du Global Investment Risk Index (Henley & Partners) marque un tournant : neuf économies africaines figurent désormais parmi les 100 plus résilientes au monde, contre trois seulement un an plus tôt. Maurice (61e), Tanzanie (62e) et Botswana (63e) mènent la danse, rejoints par les Seychelles, le Cap-Vert, la Namibie, l'Afrique du Sud et le Maroc. Le rapport souligne que ces économies partagent une stabilité politique relative, une ouverture aux investissements et, surtout, des sources de revenus diversifiées. Le Niger, lui, ne figure pas dans ce classement. Sa stratégie de souveraineté repose sur des ressources extractives – exactement ce que les économies les plus résilientes cherchent à éviter. La concentration des revenus sur l'uranium et l'or rend le pays vulnérable aux chocs de prix et aux aléas géopolitiques.

Un indicateur de risque en pleine mutation

Le contraste entre le boom minier nigérien et l'amélioration du profil de risque africain interroge. Les investisseurs internationaux plébiscitent désormais les économies diversifiées, stables et ouvertes. Le Nigeria, pourtant géant régional, chute à la 147e place, pénalisé par l'inflation, les pressions sur le change et l'insécurité. Le Niger, bien que non classé, souffre de sa dépendance aux matières premières et de l'incertitude politique post-coup d'État. Pourtant, ses recettes minières en hausse pourraient, à condition d'être bien gérées, financer une diversification à long terme. La question reste ouverte : la souveraineté sur les ressources est-elle compatible avec l'attractivité pour les capitaux étrangers ?

Perspectives régionales : nucléaire et alliances

Pour les États de la CEDEAO, l'uranium nigérien représente à la fois une source de revenus et un outil de négociation. La création d'une filière nucléaire civile régionale, évoquée lors du sommet de l'Alliance des États du Sahel (AES) en avril 2026, pourrait transformer le paysage énergétique. Mais cette ambition nécessite des investissements massifs et une stabilité politique que le Niger ne garantit pas aujourd'hui. Par ailleurs, la diversification des partenaires, notamment vers la Chine et la Russie, offre des alternatives mais crée aussi de nouvelles dépendances. Le chemin vers une souveraineté durable semble passer par une gestion prudente des revenus miniers et une intégration régionale renforcée.

Alors que l'Afrique redéfinit ses relations avec les puissances traditionnelles, le Niger illustre les dilemmes d'une souveraineté fondée sur les ressources. L'uranium, arme de négociation, peut aussi devenir un piège de vulnérabilité si la diversification n'est pas engagée. L'évolution des indicateurs de risque suggère que les investisseurs privilégient désormais la résilience à la rente minière. Reste à savoir si le Niger parviendra à concilier souveraineté immédiate et attractivité à long terme, dans une région où les alliances se recomposent rapidement.