Le 4 mai 2026, le ministre nigérien des Mines, le commissaire-colonel Abarchi Ousmane, a dévoilé un bilan minier 2025 en forte hausse : les recettes reversées au Trésor ont triplé pour atteindre 18 milliards FCFA, tandis que les investissements d'exploration ont bondi de 2,3 à 14 milliards FCFA. Ces chiffres, présentés sur la télévision publique RTN, s'inscrivent dans la stratégie du CNSP visant à transformer les ressources naturelles en leviers de souveraineté, après la renégociation des contrats uranium et la suspension des médias français. Au-delà de l'uranium, Niamey mise désormais sur le lithium et le phosphate pour diversifier son portefeuille minier et réduire sa dépendance historique envers le nucléaire civil.
Le pari de la diversification minière
Après la renégociation des contrats uranium, le Niger triple ses recettes et mise sur lithium & phosphate
Évolution des recettes minières
Investissements d'exploration
La stratégie de diversification
Renégociation des contrats après le coup d'État de juillet 2023. Contrôle fiscal renforcé : 1,5 milliard FCFA de créances transmises pour recouvrement forcé.
Nouveau minerai stratégique. Arrivée d'acteurs chinois dans l'exploration. Intérêt croissant pour réduire la dépendance à l'uranium.
Plus d'1 milliard de tonnes de réserves, dont 7,3 millions de tonnes identifiées. Potentiel pour l'agriculture ouest-africaine.
Chronologie : la souveraineté minière
Coup d'État militaire. Le CNSP prend le pouvoir et amorce la renégociation des contrats miniers.
Recettes minières : 6,2 milliards FCFA. Suspension des médias français. Début de la diversification.
Le ministre Abarchi Ousmane dévoile le bilan 2025 : recettes triplées à 18 milliards FCFA, exploration ×6.
Les acteurs de la transformation
Les annonces du ministre Abarchi Ousmane confirment une inflexion majeure dans la gouvernance extractive du Niger. En 2025, les recettes minières ont atteint 18 milliards FCFA, contre 6,2 milliards un an plus tôt. À ces sommes s'ajoutent 1,5 milliard FCFA de créances transmises pour recouvrement forcé, signe d'un contrôle fiscal renforcé. Cette progression spectaculaire résulte à la fois de l'intensification de l'activité — notamment dans l'uranium — et de la révision des mécanismes de partage des revenus avec les opérateurs étrangers, amorcée après le coup d'État de juillet 2023.
Le bond des investissements d'exploration est encore plus frappant : ils ont été multipliés par six en un an, passant de 2,3 à 14 milliards FCFA. Cette hausse traduit l'arrivée de nouveaux acteurs, en particulier chinois, et l'intérêt croissant pour des minéraux autres que l'uranium. Le ministre a notamment révélé que le Niger dispose de plus d'un milliard de tonnes de phosphate, dont 7,3 millions de tonnes concentrées dans la région de Tahoua (zones d'Aneker et de Gaweye). Surtout, le lithium est désormais au cœur des ambitions stratégiques du pays, dans un contexte mondial de course aux batteries électriques.
Cette diversification minière est indissociable de la quête de souveraineté économique engagée par les autorités de transition. Depuis 2023, Niamey a renégocié les conditions d'exploitation de l'uranium avec Orano (ex-Areva), augmenté les redevances, et suspendu les médias français accusés de menacer l'ordre public. Le secteur minier devient ainsi un outil politique autant qu'économique, permettant au Niger d'affirmer son indépendance vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale.
Cependant, la montée en puissance du lithium et du phosphate pose la question de la dépendance à de nouvelles chaînes de valeur mondiales. Le Niger mise sur la transformation locale — via des projets de raffinerie de lithium et d'engrais phosphatés — mais les capitaux nécessaires restent largement étrangers. Les entreprises chinoises (comme LUYUAN au Nigeria voisin) et australiennes sont déjà en pole position, tandis que les partenaires traditionnels européens et canadiens perdent du terrain.
Le contexte régional amplifie ces dynamiques. Le retrait de la CEDEAO et la création de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso offrent un cadre de coopération minière alternatif, mais aussi une fragilisation des circuits d'exportation traditionnels. Le port de Cotonou, principal débouché maritime du Niger, reste sous influence béninoise, et les tensions avec le Bénin perdurent.
Enfin, la multiplication des découvertes de lithium et de phosphate ne doit pas occulter les défis de l'uranium. Le Niger reste le deuxième producteur africain d'uranium, mais la transition énergétique mondiale et la baisse du prix du minerai depuis 2023 fragilisent cette rente. Les 18 milliards FCFA de recettes minières 2025 restent modestes au regard des besoins budgétaires du pays, estimés à plus de 2 000 milliards FCFA. La question de la captation de la valeur ajoutée par l'État demeure centrale.
Le triplement des recettes minières et l'envol des investissements d'exploration traduisent une ambition réelle de souveraineté économique, mais le Niger joue une partie risquée. En diversifiant ses ressources vers le lithium et le phosphate, il troque une dépendance historique (l'uranium) contre de nouvelles vulnérabilités, liées aux marchés mondiaux des batteries et des engrais. La capacité du pays à imposer une transformation locale, à sécuriser ses débouchés et à maintenir l'attractivité pour les investisseurs déterminera si cette stratégie aboutit à une réelle émancipation ou à un simple changement de dépendance.