Le ministre des Mines du Niger, le commissaire-colonel Abarchi Ousmane, a détaillé le 7 mai 2026 sur la RTN l'étendue des ressources minérales du pays, qualifiant le sous-sol de « merveille géologique ». Avec des réserves d'uranium estimées entre 350 000 et 500 000 tonnes de métal, le Niger confirme son statut de puissance minière régionale. Cette déclaration intervient dans un contexte de souveraineté retrouvée après le coup d'État de 2023, où les autorités cherchent à transformer ces richesses en leviers de développement, tout en composant avec les exigences des marchés internationaux et de la transition énergétique.

URANIUM • NIGER 7 mai 2026

Niger : le pari uranium entre souveraineté et dépendance mondiale

Le ministre des Mines Abarchi Ousmane détaille des réserves inédites : 350 000 à 500 000 tonnes de métal. Un inventaire qui révèle la stratégie de reconquête souveraine post-2023.

Réserves d'uranium déclarées (tonnes de métal)

380 kt
Imouraren 230 kt
SOMAIR 100 kt
SOMIDA 30 kt
Madaouéla 20 kt

+ gisement Mouradi (COMIREX) non chiffré • Total estimé 350–500 kt

Souveraineté minière : le grand basculement

⬅️ Avant 2023
🇫🇷Opérateurs français dominants
🏭SOMAIR + SOMIDA (contrôle étranger)
📉Faible transformation locale
➡️ Après 2023 (CNSP)
🇳🇪COMIREX (nationale) créée
🇹🇷Partenariat turc (mine Banjo)
📈Diversification des partenaires

Contexte : Le Niger fournit historiquement une part importante de l'uranium des centrales françaises. La création de COMIREX et le partenariat turc marquent une rupture avec le passé.

Le dilemme : souveraineté vs dépendance mondiale

Souveraineté retrouvée
Dépendance des marchés

« L'uranium est une substance stratégique convoitée par les grandes puissances pour produire une énergie à bas coût. »

— Commissaire-colonel Abarchi Ousmane, ministre des Mines

☢️ Uranium = énergie bas carbone 🌍 Demande mondiale croissante ⚖️ Souveraineté vs attractivité
Réserves totales annoncées 380 000 t (estimation 350 000 – 500 000 t de métal)
Imouraren
230 kt
SOMAIR
100 kt
SOMIDA
30 kt
Madaouéla
20 kt
🇳🇪 Niger : 4e producteur mondial d'uranium
🇫🇷 Historiquement : fournisseur clé des centrales françaises
🔄 2026 : diversification des partenaires (Turquie, COMIREX)
Source : Déclaration du ministre des Mines • RTN • 7 mai 2026 • Cauris Infographic

Les chiffres avancés par le ministre sont sans précédent dans leur précision : plus de 100 000 tonnes pour les gisements de SOMAIR, environ 30 000 tonnes pour SOMIDA (mine en construction), plus de 230 000 tonnes pour Imouraren, et environ 20 000 tonnes pour Madaouéla. À cela s'ajoutent les gisements de Mouradi, confiés à la nouvelle société COMIREX. Cette ventilation montre la volonté de l'État de reprendre la main sur un secteur longtemps dominé par des opérateurs étrangers, notamment français. La création de COMIREX, entreprise nationale, et le partenariat turc pour la mine d'or de Banjo illustrent une diversification des partenariats, en rupture avec le passé.

L'enjeu dépasse le simple inventaire. L'uranium est qualifié de « substance stratégique convoitée par les grandes puissances pour produire une énergie à bas coût ». Cette formulation n'est pas anodine : elle rappelle que le Niger fournit historiquement une part importante de l'uranium utilisé par les centrales françaises. Depuis le changement de régime, les autorités nigériennes négocient de nouveaux contrats, exigeant une meilleure valorisation locale et un partage plus équitable des revenus. La mise en avant des réserves sert ainsi de signal aux investisseurs et de levier diplomatique.

Au-delà de l'uranium, le ministre a également dévoilé les ressources en or, cuivre, fer, molybdène, charbon, calcaire et gypse. La mine d'or de Samira (gérée par SML) affiche 2,5 tonnes de réserves et 25 tonnes de ressources, tandis que la mine de Banjo (NTMC) table sur 2 tonnes de réserves. Le charbon, exploité par SONICHAR, assure une partie de l'électricité nationale. Cette diversité minérale offre au Niger des marges de manœuvre pour équilibrer sa dépendance à l'uranium, mais le développement de ces filières reste conditionné à des investissements massifs en infrastructures et à une stabilité politique encore fragile.

La mise en perspective régionale est éclairante. L'Afrique de l'Ouest, riche en ressources extractives, voit ses États renforcer leur souveraineté sur leurs richesses naturelles. Le Mali a nationalisé certaines mines, le Burkina Faso renégocie ses codes miniers. Dans ce contexte, le Niger s'inscrit dans une tendance de « resource nationalism » tout en cherchant à attirer des capitaux alternatifs, notamment turcs, chinois ou russes. Cependant, l'équilibre est délicat : trop d'étatisme pourrait effrayer les investisseurs, tandis qu'un laisser-faire compromettrait les retombées locales.

Enfin, la question de la transition énergétique mondiale ajoute une couche de complexité. L'uranium est au cœur du débat entre énergie nucléaire décarbonée et risques de prolifération. Pour le Niger, la demande croissante en uranium émanant des pays émergents et du renouveau nucléaire en Europe offre une fenêtre d'opportunité. Mais à long terme, la volatilité des cours et les alternatives solaires ou éoliennes pourraient réduire la rente. Le pari nigérien repose donc sur une exploitation rapide des gisements, avant que le contexte mondial ne change.

Les annonces du ministre des Mines placent le Niger au centre des enjeux énergétiques ouest-africains, mais aussi mondiaux. La capacité du pays à transformer cette « merveille géologique » en levier de développement durable dépendra de sa gouvernance, de la stabilité sécuritaire et de sa capacité à négocier avec des partenaires aux intérêts divergents. Au-delà de l'uranium, c'est bien la souveraineté économique qui se joue, dans une région où les ressources naturelles sont à la fois une promesse et un défi.