Le 15 août 2026, le Niger et le groupe canadien Zimar ont signé un accord pour la construction d'une raffinerie et d'un complexe pétrochimique à Dosso, dans le sud-ouest du pays. Ce projet, qui concrétise un protocole d'entente signé deux ans plus tôt, illustre la volonté de Niamey de diversifier son économie au-delà de l'uranium, alors que la demande mondiale en énergie redessine les équilibres régionaux. Entre le pétrole sénégalais, le gaz mauritanien et les découvertes ivoiriennes, l'Afrique de l'Ouest s'affirme comme un nouvel axe énergétique.
Niger : la raffinerie de Dosso, un tournant stratégique
Le 15 août 2026, Niamey signe avec le groupe canadien Zimar un accord pour construire une raffinerie et un complexe pétrochimique à Dosso. Un projet qui concrétise la diversification économique du pays, au-delà de l'uranium.
Chronologie du projet de Dosso
Signature d'un protocole d'entente entre le Niger et le groupe Zimar.
Accord officialisé pour la construction de la raffinerie et du complexe pétrochimique à Dosso.
Début des travaux préparatoires et études d'ingénierie (calendrier prévisionnel).
Nouvel axe énergétique ouest-africain
Les enjeux de la diversification
Réduire la dépendance aux importations
Le Niger vise l'autosuffisance en produits pétroliers grâce à la raffinerie de Dosso.
Valoriser les ressources naturelles
Au-delà de l'uranium, le Niger mise sur l'aval pétrolier pour diversifier son économie.
S'inscrire dans la dynamique régionale
Le Sénégal, la Mauritanie et la Côte d'Ivoire développent aussi leurs hydrocarbures.
Indicateurs économiques — Niger
Selon la Banque mondiale et le FMI.
EN BREF — Géopolitique énergétique
L'Afrique de l'Ouest s'affirme comme un nouvel axe énergétique mondial. Le Niger, historiquement tourné vers l'uranium, opère une bascule stratégique vers les hydrocarbures. Le projet de Dosso illustre cette ambition, portée par des investissements étrangers et une volonté de souveraineté industrielle. Dans le même temps, les géants internationaux comme ExxonMobil accélèrent leurs projets de GNL sur le continent, confirmant l'intérêt croissant pour les ressources africaines.
Deux ans après la signature d'un protocole d'accord, le Niger et le groupe canadien Zimar ont franchi une étape décisive. L'accord signé le 15 août 2026 officialise le début de la construction d'une raffinerie et d'un complexe pétrochimique à Dosso, dans le sud-ouest du pays. Ce projet, longtemps resté au stade des intentions, s'inscrit dans une stratégie plus large de Niamey pour réduire sa dépendance aux importations de produits pétroliers et valoriser ses ressources naturelles. Alors que le Niger est l'un des principaux producteurs d'uranium au monde, cette diversification vers l'aval pétrolier marque un tournant dans sa politique énergétique.
Cette dynamique n'est pas isolée. Le 20 août 2026, ExxonMobil a engagé 1,1 milliard de dollars pour financer les études d'ingénierie et les travaux préparatoires du projet Rovuma LNG au Mozambique. Bien que situé en Afrique de l'Est, ce projet illustre une tendance continentale : la course aux hydrocarbures et au gaz naturel liquéfié (GNL) s'intensifie, portée par la demande asiatique et les tensions géopolitiques. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette effervescence se traduit par l'entrée en production du pétrole au Sénégal, avec le champ Sangomar, et le développement du gaz naturel du projet GTA, partagé entre le Sénégal et la Mauritanie.
Le contexte régional est marqué par une recomposition des alliances. Le Niger, sous régime militaire depuis 2023, a multiplié les partenariats hors des sentiers battus, notamment avec la Russie et la Chine. L'accord avec Zimar, une entreprise canadienne, pourrait sembler surprenant, mais il reflète une recherche de diversification des sources d'investissement. Parallèlement, la Côte d'Ivoire a annoncé en juin 2026 une nouvelle découverte pétrolière sur le bloc offshore CI-709, opéré par Murphy Oil. Cette découverte, aux côtés de celles de la Mauritanie et du Sénégal, confirme le potentiel du bassin sédimentaire ouest-africain.
Le pétrole sénégalais, dont la production a démarré en 2024 sur le champ Sangomar, a déjà commencé à transformer l'économie du pays. Les revenus pétroliers devraient représenter une part croissante du budget national, mais ils posent aussi la question de la gestion des ressources et de la transparence. Le gaz naturel du projet GTA, lui, est destiné à l'exportation de GNL, avec une première cargaison attendue en 2027. Ces projets placent le Sénégal et la Mauritanie sur la carte des exportateurs de GNL, aux côtés du Nigeria et de l'Angola.
Dans ce paysage, l'uranium nigérien conserve une importance stratégique, notamment pour la France et l'Europe, qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en combustible nucléaire. La production d'uranium au Niger, qui avait connu des perturbations après le coup d'État de 2023, semble se stabiliser, mais les tensions avec Orano, l'opérateur historique, persistent. La diversification vers le pétrole et la pétrochimie pourrait être un moyen pour Niamey de renforcer son pouvoir de négociation face à ses partenaires traditionnels.
L'orpaillage illégal, qui sévit au Burkina Faso et au Mali, constitue un autre défi pour la région. Ces activités échappent au contrôle des États et alimentent des économies parallèles, parfois liées à des groupes armés. La montée en puissance des projets énergétiques formels contraste avec cette économie informelle, mais tous deux reflètent une même réalité : la course aux ressources naturelles en Afrique de l'Ouest s'accélère, avec des conséquences économiques, sociales et sécuritaires.
En toile de fond, la chute des prix du pétrole observée en juin 2026, après l'accord de paix entre Washington et Téhéran, rappelle la volatilité des marchés. Les projets ouest-africains, dont la rentabilité dépend des cours mondiaux, devront composer avec cette incertitude. La raffinerie de Dosso, par exemple, devra trouver des débouchés pour ses produits raffinés, que ce soit sur le marché intérieur ou régional, dans un contexte où la concurrence des grandes raffineries asiatiques est rude.
Au-delà des chiffres, c'est la question de la souveraineté énergétique qui se pose. Chaque État ouest-africain cherche à tirer le meilleur parti de ses ressources, mais les marges de manœuvre sont contraintes par les investissements étrangers et les accords internationaux. Le Niger, en s'engageant avec Zimar, tente de briser le monopole des grandes compagnies, tandis que le Sénégal et la Mauritanie ont opté pour des partenariats avec des majors comme Woodside et BP. Ces choix différents dessinent des trajectoires économiques distinctes.
L'Afrique de l'Ouest ne peut plus être considérée comme un simple réservoir de matières premières. Les projets de raffinage, de liquéfaction et de valorisation locale des ressources indiquent une volonté d'industrialisation. Cependant, les défis restent immenses : infrastructures, formation, gouvernance. La réussite de ces projets dépendra de la capacité des États à créer un environnement favorable aux investissements tout en veillant à ce que les bénéfices profitent aux populations.
Alors que l'Afrique de l'Ouest s'affirme comme un pôle énergétique émergent, la région doit naviguer entre opportunités économiques et risques de dépendance. Les choix opérés aujourd'hui, qu'il s'agisse du Niger avec sa raffinerie, du Sénégal avec son pétrole ou de la Côte d'Ivoire avec ses découvertes gazières, façonneront les équilibres géopolitiques de demain. La question n'est plus de savoir si l'Afrique de l'Ouest jouera un rôle dans l'énergie mondiale, mais comment elle le jouera.