Le Niger a officialisé le 20 août 2026 un accord avec le consortium Zimar pour la construction d'une raffinerie et d'un complexe pétrochimique à Dosso, d'une capacité de 100 000 barils par jour et d'un coût de 1 077 milliards de FCFA. Ce projet, monté en partenariat public-privé de type BOT, s'inscrit dans une stratégie plus large de valorisation des ressources pétrolières du pays, mais soulève des questions sur la capacité de l'opérateur et la soutenabilité du modèle. Il intervient alors que le Sénégal, avec Sangomar, a connu la plus forte croissance d'Afrique de l'Ouest en 2025, illustrant une dynamique régionale contrastée.
Raffinerie de Dosso : le pari risqué pour briser la dépendance
Un accord BOT de 1 077 milliards FCFA pour 100 000 barils/jour, mais des zones d'ombre persistent.
Coût total du projet de raffinerie + complexe pétrochimique + pipelines à Dosso, à 140 km de Niamey.
Chronologie du projet
Premières discussions exploratoires
Les bases du projet de raffinerie sont posées, mais sans suite concrète.
Exportation du premier brut Meleck
Via le terminal de Sèmè au Bénin, avec le soutien de Sonatrach.
Accord signé avec Zimar Group
Montage BOT : 13 ans d'exploitation avant transfert à l'État.
Clôture financière attendue
Sous 12 mois, condition clé pour le lancement des travaux.
Les acteurs clés
Les 3 défis du projet
Le Niger en chiffres
Selon le FMI et la Banque mondiale. Le pays investit massivement dans les hydrocarbures pour diversifier son économie.
Corridor pétrolier actuel
Niveau de risque perçu
Risque élevé : opérateur peu éprouvé, montage complexe, contexte régional incertain.
« Un projet structurant, mais qui doit être sécurisé sur toute la chaîne de valeur. »
— Analyse Cauris · Département Énergie
Un accord aux contours incertains
L'accord signé entre l'État nigérien et Zimar Group, une société canadienne peu connue, prévoit la construction d'une raffinerie conventionnelle de 100 000 barils par jour, d'un complexe pétrochimique et d'un réseau de pipelines à Dosso, à 140 km de Niamey. Le montage BOT (Build, Operate, Transfer) donne à Zimar la responsabilité du financement, de la construction et de l'exploitation pendant 13 ans, avant le transfert des actifs à l'État. La valeur totale du projet est estimée à 1,9 milliard de dollars, avec une clôture financière attendue sous 12 mois.
Ce projet s'ajoute à une série d'initiatives récentes du Niger pour développer son secteur pétrolier. Le pays a entamé des forages conjoints avec l'Algérie sur le bloc Kafra, à Agadez, et a exporté son premier chargement de brut Meleck via le terminal de Sèmè au Bénin, avec le soutien de Sonatrach. L'objectif affiché est de sécuriser l'approvisionnement intérieur en produits raffinés, encore largement dépendant des importations, et de réduire la facture énergétique.
Un pari industriel et financier
Le choix d'un opérateur sans expérience avérée dans des projets de cette envergure interpelle. La capacité de 100 000 barils par jour représente cinq fois celle de la raffinerie de Zinder (20 000 b/j), mise en service en 2012. Le financement de 1,9 milliard de dollars devra être bouclé dans un délai court, alors que le Niger fait face à des contraintes budgétaires et à un environnement sécuritaire dégradé. Le modèle BOT transfère le risque financier à Zimar, mais la viabilité à long terme dépendra des cours du brut, des coûts d'exploitation et de la capacité à écouler la production.
Cette dynamique s'inscrit dans un contexte régional où les pays ouest-africains cherchent à maximiser la valeur ajoutée de leurs hydrocarbures. Le Sénégal, avec le champ Sangomar opéré par Woodside, a vu son économie croître de manière spectaculaire en 2025, tandis que le Cameroun anticipe un déclin de sa production pétro-gazière de 24,6% en 2027. La CEDEAO, de son côté, pousse à une intégration régionale plus poussée, qui pourrait faciliter les échanges d'énergie et de produits raffinés.
Des enjeux géopolitiques et de souveraineté
Le rapprochement avec l'Algérie, via le bloc Kafra et l'appui de Sonatrach, témoigne d'une réorientation géopolitique du Niger, qui s'éloigne des partenaires traditionnels occidentaux. La construction de la raffinerie de Dosso renforce cette tendance, en visant une plus grande autonomie énergétique. Cependant, la dépendance à des acteurs comme Zimar, dont la solidité financière reste à démontrer, pourrait fragiliser le projet. Par ailleurs, l'accord prévoit un transfert de propriété à l'État après 13 ans, mais les conditions de ce transfert, notamment en termes de maintenance et de formation, ne sont pas détaillées.
L'initiative s'inscrit aussi dans une course plus large aux capacités de raffinage en Afrique. Plusieurs pays, dont la Côte d'Ivoire et le Sénégal, investissent dans la modernisation ou la construction de raffineries pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Le Niger, avec ce projet, cherche à se positionner dans ce mouvement, mais il part avec un retard technologique et un déficit d'infrastructures.
Une dynamique régionale contrastée
La réussite de ce projet dépendra de la capacité du Niger à attirer les financements et à surmonter les défis techniques. Il s'inscrit dans un contexte où la croissance économique de l'Afrique de l'Ouest est tirée par les hydrocarbures, comme au Sénégal, mais où les bénéfices pour les populations restent inégaux. Le Niger, pays enclavé, doit aussi composer avec les tensions liées à l'exportation via le Bénin, qui a connu des blocages par le passé.
Le projet de Dosso pourrait, s'il aboutit, transformer le paysage énergétique nigérien et renforcer son rôle régional. Mais il pose la question de la gestion des ressources et de la transparence dans un secteur souvent opaque. Les observateurs notent que la convention, signée en grande pompe, devra être suivie de réalisations concrètes pour convaincre les partenaires financiers.
Alors que le Niger s'engage dans ce projet industriel d'envergure, la question de la viabilité économique et de la capacité de l'opérateur demeure centrale. Ce projet illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où les pays producteurs cherchent à capter davantage de valeur ajoutée, mais aussi à affirmer leur souveraineté énergétique. L'avenir dira si ce pari contribuera à une intégration régionale plus harmonieuse ou s'il exacerbera les concurrences. La réussite dépendra de la capacité à mobiliser les financements, à construire dans les délais et à gérer les risques politiques et sécuritaires.