Le Niger a signé le 15 août à Niamey une convention pour la construction d'une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, couplée à un complexe pétrochimique. Estimé à 1,9 milliard de dollars, ce projet porté par le consortium Zimar Group/High Tech vise à doubler la capacité de raffinage du pays et à renforcer sa souveraineté énergétique. Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large de transformation locale des ressources en Afrique de l'Ouest, où plusieurs États cherchent à capter davantage de valeur ajoutée.

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L'annonce de la construction d'une seconde raffinerie au Niger marque un tournant dans la stratégie énergétique du pays. Avec une capacité de 100 000 barils par jour, soit cinq fois celle de la SORAZ à Zinder (20 000 barils/jour), le projet de Dosso, dans le Sud-Ouest, ambitionne de couvrir l'intégralité des besoins intérieurs en produits pétroliers tout en développant une offre régionale. Le coût de 1,9 milliard de dollars représente l'un des investissements industriels les plus importants jamais réalisés dans le secteur énergétique nigérien, et traduit une volonté claire de passer d'une économie d'exportation de brut à une logique de transformation locale.

Ce projet s'inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté énergétique observée en Afrique de l'Ouest depuis plusieurs années. Le Sénégal, avec le champ pétrolier de Sangomar, a démarré sa production en 2024 et s'efforce d'optimiser la valorisation de son brut, tandis que le développement du gaz naturel GTA (Grand Tortue Ahmeyim), partagé avec la Mauritanie, illustre la montée en puissance des infrastructures gazières régionales. Le Niger, en lançant ce chantier, cherche à ne pas rester en marge de ce mouvement et à tirer parti de ses propres réserves.

L'accord avec Zimar Group, société de droit local, et High Tech, entreprise américaine, repose sur un mémorandum d'entente signé en octobre 2024. Ce délai de près de deux ans entre l'accord initial et la convention définitive suggère des négociations complexes, probablement liées au financement et aux garanties demandées par les partenaires. Le consortium devra en effet mobiliser des capitaux importants dans un contexte où le Niger reste soumis à des sanctions de la CEDEAO, ce qui complique l'accès aux financements internationaux. Le choix d'un partenaire américain pourrait toutefois ouvrir des voies de financement alternatives, à l'heure où les relations entre Niamey et Washington se réchauffent progressivement.

La raffinerie de Dosso ne sera pas une simple unité de distillation. Elle comprendra trois trains de raffinage (30 000, 35 000 et 35 000 barils/jour) et sera adossée à un complexe pétrochimique. Cette configuration vise à produire non seulement du carburant, mais aussi des matières premières pour l'industrie plastique et chimique. L'objectif affiché est de créer un écosystème industriel complet, capable de générer des emplois et de réduire la facture des importations de produits raffinés, qui pèse lourdement sur les finances publiques. Cette approche rappelle celle de la Guinée, qui a lancé en juin 2026 un projet de raffinerie d'alumine avec Chalco pour transformer sa bauxite localement.

Dans le même temps, le Niger doit composer avec les défis sécuritaires et la question de l'orpaillage illégal qui sévit au Burkina Faso et au Mali, ses voisins de l'AES. Si ces activités clandestines échappent au contrôle des États, elles illustrent la difficulté de capter la valeur des ressources extractives dans une région marquée par l'instabilité. Le Niger, en misant sur une industrialisation pétrolière, cherche à éviter les écueils d'une économie de rente et à créer des circuits formels de valorisation.

Les recettes pétrolières du Niger ont déjà plus que doublé en 2025, atteignant plus de 453 milliards de FCFA, selon des données officielles. Cette manne financière, combinée à l'augmentation de la production de brut, donne au gouvernement une marge de manœuvre pour financer des projets d'infrastructures. La nouvelle raffinerie pourrait ainsi être partiellement autofinancée, même si le recours à des partenariats public-privé reste probable.

Au-delà de l'aspect industriel, ce projet interroge sur la capacité du Niger à gérer un chantier d'une telle ampleur. La construction d'une raffinerie de 100 000 barils/jour exige des compétences techniques pointues et une logistique lourde, dans un pays enclavé dont l'accès aux ports passe par le Bénin ou le Togo. Les délais annoncés ne sont pas précisés, mais l'expérience de la SORAZ, mise en service en 2011, montre que les défis opérationnels sont nombreux. Le pays devra également sécuriser l'approvisionnement en brut, alors que la production actuelle provient principalement du bloc d'Agadem, exploité par la CNPC.

Cette ambition industrielle soulève aussi des questions géopolitiques. En renforçant sa capacité de raffinage, le Niger réduit sa dépendance vis-à-vis des importations de produits pétroliers, qui proviennent en grande partie de la Côte d'Ivoire et du Nigeria. Cette autonomie accrue pourrait modifier les équilibres commerciaux régionaux et renforcer la position de Niamey au sein de l'AES, où les trois pays membres (Mali, Burkina Faso, Niger) cherchent à coordonner leurs politiques économiques. Le projet de Dosso pourrait ainsi devenir un pilier de l'intégration énergétique sahélienne, à condition que les infrastructures de transport et de distribution suivent.

Alors que le Niger s'engage dans ce vaste chantier, la région ouest-africaine observe avec attention. La réussite de ce projet pourrait inspirer d'autres pays producteurs, comme le Tchad ou la Mauritanie, à franchir le pas de la transformation locale. Mais au-delà des annonces, c'est la capacité à mobiliser les financements, à former les ingénieurs et à assurer une maintenance durable qui déterminera si cette raffinerie devient un moteur de développement ou un gouffre financier. L'avenir du Sahara énergétique se joue peut-être dans ces détails.