Le 17 juillet 2026, le Nigeria annonce un fonds de 500 millions de dollars pour l’agriculture dans le Delta du Niger, région pétrolière sinistrée par la pollution. Deux mois plus tôt, le président nigérien Abdourahamane Tiani recevait le PDG de Global Atomic pour discuter du gisement d’uranium de Dasa, tandis que Bruxelles s’interrogeait sur un embargo sur l’uranium russe. Ces faits, apparemment disjoints, révèlent une même quête de souveraineté économique dans des pays dont les ressources minières et énergétiques peinent à irriguer l’économie réelle.

Infographie — Uranium · Niger

Le fonds nigérian, présenté par le vice-président Kashim Shettima lors d’un sommet sur l’agriculture, vise à développer les filières riz, manioc, cacao, huile de palme, aquaculture, pêche et élevage. Son financement associe capitaux publics, privés et multilatéraux (Banque mondiale, BAD, BID). L’inflation alimentaire au Nigeria atteint 17,52 % sur un an en juin 2026, l’inflation globale 15,91 %. Le Delta du Niger, poumon pétrolier du pays, subit encore les conséquences des fuites d’hydrocarbures qui appauvrissent les sols et les eaux. Ce fonds est une tentative de diversifier une économie trop dépendante du pétrole, dont les revenus ont été volatils ces dernières années.

Uranium nigérien : le temps des choix

Parallèlement, au Niger, l’exploitation de l’uranium cristallise les enjeux de souveraineté. Le 18 mai 2026, le général Tiani a reçu Stephen G. Roman, PDG de Global Atomic, pour faire le point sur le gisement de Dasa, l’un des plus prometteurs au monde. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de pression européenne pour réduire la dépendance à l’uranium russe, ce qui renforcerait la position de fournisseurs comme le Niger. Le pays, qui a vu ses relations avec la France se distendre après le coup d’État de 2023, cherche à renégocier les termes des contrats miniers pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée.

Une fenêtre d’opportunité géopolitique

La dynamique géopolitique est favorable au Niger. L’Union européenne, qui importe encore du combustible russe, pourrait imposer des sanctions, ce qui pousserait les utilities à se tourner vers des sources alternatives. Le Canada (Cameco) et le Niger pourraient en bénéficier. Mais cette opportunité suppose que Niamey parvienne à sécuriser les investissements et à stabiliser son cadre juridique. L’audience accordée à Global Atomic montre que les autorités sont conscientes de l’enjeu. Le gisement de Dasa, porté par la compagnie canadienne, pourrait entrer en production dans les années à venir, mais son développement nécessite des garanties financières et politiques.

Des trajectoires qui se croisent

Le fonds agricole nigérian et les négociations uranifères nigériennes illustrent un même dilemme : comment transformer des rentes extractives en développement durable ? Au Nigeria, le pétrole a longtemps profité à une élite sans irriguer le monde rural, comme en témoigne l’insécurité alimentaire dans le Nord. Au Niger, l’uranium a historiquement rapporté peu à l’État, la part du lion revenant à Orano (ex-Areva). Aujourd’hui, sous la junte, le Niger tente de renverser ce rapport de force, mais il doit composer avec des investisseurs qui exigent des conditions stables.

La question de la pollution, mentionnée dans l’article nigérian, fait écho aux préoccupations environnementales liées aux mines d’uranium. Les sites d’Arlit et d’Akouta ont laissé des séquelles sanitaires et écologiques, que les nouvelles exploitations promettent de mieux gérer. Mais le modèle extractif reste contesté, et les communautés locales attendent des retombées concrètes.

Une région à la recherche d’un nouveau pacte

Au-delà du Nigeria et du Niger, c’est toute la région ouest-africaine qui est confrontée à la nécessité de réformer son modèle de développement. Les États, endettés et vulnérables aux chocs climatiques, cherchent à diversifier leurs sources de revenus tout en consolidant leur souveraineté. Le fonds nigérian, appuyé par les institutions multilatérales, pourrait servir de test pour d’autres pays. De même, la renégociation des contrats miniers au Niger est observée de près par le Mali et le Burkina Faso, qui ont également exprimé leur volonté de reprendre le contrôle de leurs ressources.

L’annonce nigériane et les tractations nigériennes sur l’uranium ne sont pas des faits isolés : ils participent d’une recomposition plus large des rapports entre États extracteurs, investisseurs et sociétés civiles en Afrique de l’Ouest. La question centrale reste de savoir si ces initiatives parviendront à briser la malédiction des ressources pour garantir une prospérité partagée, ou si elles ne feront que reproduire les inégalités anciennes sous de nouvelles formes.

Données de référence : Inflation : 23.0% (FMI) · Inflation : 23.0% (FMI)