Alors que le Nigeria intensifie la sécurisation de ses infrastructures pétrolières via des acteurs privés pour endiguer les pertes et augmenter sa production, le Niger engage des partenariats alternatifs pour l'exploitation de l'uranium, s'éloignant de la tutelle française. Ces deux dynamiques, observées en mai et juin 2026, traduisent une même aspiration à la souveraineté énergétique, mais avec des stratégies et des risques distincts.
Deux voies, un objectif : la souveraineté énergétique
Le Nigeria sécurise ses oléoducs par des acteurs privés pour doper sa production pétrolière. Le Niger s’émancipe de la tutelle française sur l’uranium. Même ambition, stratégies opposées.
Stratégie : Mandat confié à Tantita Security Services (dirigé par l’ex-militant Tompolo) pour protéger les oléoducs du delta du Niger. Surveillance high-tech et présence dissuasive.
Résultats : Baisse des vols, hausse de la production brute, recettes publiques renforcées. Une approche critiquée mais efficace à court terme.
Contexte macro (FMI)
• Solde budgétaire : -1,8 % du PIB
• Dette publique : 35,5 % du PIB
• Inflation : 23,0 %
Stratégie : Le Niger s’éloigne de la tutelle française (Orano) et engage des partenariats avec d’autres acteurs internationaux pour l’exploitation de l’uranium.
Objectif : Souveraineté extractive, meilleure valorisation des ressources, diversification des partenaires. Un processus encore en cours.
Données disponibles
• Pas de chiffres macro récents dans les sources vérifiées.
⚠️ Risques communs aux deux stratégies
« Ces deux dynamiques, observées en mai et juin 2026, traduisent une même aspiration à la souveraineté énergétique, mais avec des stratégies et des risques distincts. »
— Cauris · Analyse géopolitique
Pétrole nigérian : la sécurité privée comme levier de production
Depuis plusieurs mois, le Nigeria mise sur un dispositif original pour enrayer le vol de pétrole et stabiliser sa production. La société Tantita Security Services Nigeria Ltd, dirigée par l'ancien militant Tompolo, a été mandatée par le gouvernement fédéral pour protéger les oléoducs du delta du Niger. Grâce à une surveillance high-tech et une présence dissuasive, les vols auraient sensiblement diminué, permettant au pays d'augmenter sa production brute et de renforcer ses recettes publiques. Cette approche, bien que critiquée pour ses implications politiques et sécuritaires, s'inscrit dans une stratégie de court terme visant à maximiser les revenus pétroliers dans un contexte de volatilité des cours.
Le recours à un acteur privé controversé comme Tompolo interroge sur la gouvernance du secteur. Cependant, les résultats initiaux – une hausse de la production et une baisse des pertes – sont mis en avant par les partisans du dispositif. Le président Bola Tinubu a justifié ce choix par la nécessité de confier la sécurité à des organisations ayant une connaissance du terrain et une capacité opérationnelle prouvée. Cette expérience pourrait préfigurer un modèle plus large de sous-traitance de la sécurité pétrolière en Afrique de l'Ouest.
Uranium nigérien : diversification des partenaires miniers
Parallèlement, le Niger poursuit sa réorientation de la filière uranifère. En mai 2026, le président du CNSP, le général Abdourahamane Tiani, a reçu le PDG de Global Atomic Corporation, Stephen G. Roman, pour discuter de l'avancement du gisement de Dasa. Cette rencontre intervient alors que la pression monte au sein de l'Union européenne pour bannir l'uranium russe, ce qui pourrait renforcer la position de fournisseurs alternatifs comme le Canada. Le Niger, historiquement dépendant d'Orano (ex-Areva), cherche à équilibrer ses partenariats et à obtenir des conditions plus avantageuses, notamment en matière de royalties et de transfert de technologie.
L'audience accordée à Global Atomic illustre cette stratégie de diversification. Le gisement de Dasa, l'un des plus prometteurs au monde, pourrait faire du Niger un acteur clé sur le marché mondial de l'uranium, à condition que les investissements nécessaires soient sécurisés. Pour le régime de Niamey, il s'agit à la fois de renforcer les recettes fiscales et d'affirmer une souveraineté sur ses ressources, dans un contexte diplomatique tendu avec la France.
Souveraineté énergétique : deux modèles, un même objectif
Ces deux cas, a priori distincts, révèlent une tendance commune : les États ouest-africains producteurs de ressources extractives cherchent à reprendre le contrôle de leur exploitation, que ce soit par la sécurisation des infrastructures ou par la diversification des partenaires internationaux. Au Nigeria, l'État s'appuie sur un acteur privé local pour restaurer sa capacité de production ; au Niger, il négocie directement avec de nouveaux investisseurs pour réduire sa dépendance historique.
Dans les deux cas, les enjeux géopolitiques sont prégnants. La lutte contre le vol de pétrole au Nigeria a des implications sur la stabilité du delta du Niger et sur les relations avec les compagnies pétrolières internationales. Au Niger, le choix de partenaires canadiens plutôt que français s'inscrit dans un réalignement stratégique plus large, marqué par le retrait militaire français et le rapprochement avec la Russie et d'autres puissances. La question des revenus reste centrale : l'augmentation de la production nigériane et les futures royalties du Dasa sont cruciales pour des économies sous pression budgétaire.
Vers une recomposition des équilibres extractifs
Ces évolutions s'inscrivent dans un mouvement plus large de recomposition des équilibres extractifs en Afrique de l'Ouest. La demande mondiale d'uranium, portée par la relance du nucléaire civil et les tensions sur les approvisionnements russes, offre une fenêtre d'opportunité au Niger. De même, la flambée des prix pétroliers en 2026 incite le Nigeria à maximiser sa production, quitte à innover dans les modes de gouvernance.
Toutefois, les risques persistent : la dépendance à un seul acteur pour la sécurité des pipelines au Nigeria, ou les incertitudes liées à l'exploitation de Dasa (financement, stabilité politique) pour le Niger. La souveraineté extractive ne se décrète pas ; elle se construit dans la durée, entre capacités techniques, partenariats équilibrés et gestion transparente des revenus.
Au-delà des différences sectorielles, Nigeria et Niger illustrent une même quête de maîtrise de leurs ressources, dans un environnement international marqué par la compétition des puissances et la volatilité des marchés. Ces trajectoires, si elles se confirment, pourraient inspirer d'autres pays de la région, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, à repenser leurs propres modèles extractifs. Reste à savoir si ces stratégies tiendront leurs promesses de développement et de stabilité à long terme.