Fin mai 2026, une délégation de Global Atomic Corporation, junior canadienne, a rencontré les autorités nigériennes pour faire avancer le projet Dasa. Cette visite, mentionnée dans les milieux financiers, confirme un changement de cap dans la gestion de l'uranium nigérien, longtemps dominée par Orano (ex-Areva). Elle intervient dans un contexte de renégociation des contrats miniers et de réorientation géopolitique du Niger après le coup d’État de 2023. Ce repositionnement pourrait remodeler les équilibres régionaux autour de la ressource radioactive.
Uranium au Niger : la fin du monopole français ?
La visite de Global Atomic à Niamey confirme un changement de cap dans la gestion de l'uranium nigérien, longtemps dominée par Orano (ex-Areva).
Début de l'exploitation française
Orano (ex-Areva) commence l'exploitation des mines d'Arlit. La France devient l'opérateur quasi-exclusif de l'uranium nigérien.
Coup d'État et rupture
Les nouvelles autorités remettent en cause les accords militaires et économiques avec Paris. Les contrats d'Orano sont soumis à renégociation.
Nouveaux partenaires
Niamey se rapproche de la Russie et de l'Iran. La diversification des partenaires internationaux s'accélère.
Visite de Global Atomic
La junior canadienne rencontre les autorités nigériennes pour faire avancer le projet Dasa. Un signal fort de la fin du monopole français.
Les acteurs en présence
🔍 EN BREF — Niger en chiffres
Depuis les premières alertes de mai 2026, le dossier de l'uranium nigérien semble entrer dans une phase active. La visite de Global Atomic, alors relayée de manière discrète sur les forums financiers, prend aujourd'hui une dimension stratégique. Elle s'inscrit dans une dynamique plus large de diversification des partenaires internationaux, alors que les autorités de transition nigériennes cherchent à réduire la dépendance historique vis-à-vis de la France.
Un contexte de rupture
Le coup d'État de juillet 2023 a radicalement modifié l'équation politique. Les nouvelles autorités ont rapidement remis en cause les accords militaires et économiques avec Paris, y compris dans le secteur minier. Orano, qui exploite les mines d'Arlit depuis les années 1970, a vu ses contrats soumis à une renégociation serrée. Parallèlement, Niamey s'est rapproché de nouveaux partenaires, notamment la Russie et l'Iran, ouvrant la voie à d'autres opérateurs.
C'est dans ce sillage que Global Atomic, entreprise canadienne de taille moyenne, a accéléré ses projets. Son gisement Dasa, situé à une centaine de kilomètres d'Arlit, est l'un des plus prometteurs au monde avec des teneurs élevées. La visite de mai, confirmée par des sources concordantes, visait à obtenir les derniers permis administratifs et à sceller un accord de financement. Si le projet aboutit, il pourrait produire jusqu'à 4 000 tonnes d'uranium par an, soit un tiers de la production actuelle du Niger.
Conséquences pour les revenus de l'État
L'enjeu est de taille pour les finances publiques. L'uranium représente environ 5 % du PIB nigérien et une part significative des recettes d'exportation. La renégociation des contrats avec Orano vise à augmenter la redevance et la participation de l'État. L'arrivée de Global Atomic offre un levier supplémentaire : en diversifiant les opérateurs, Niamey peut mettre en concurrence les entreprises et améliorer ses conditions. Selon des analystes, le nouveau code minier adopté en 2025 prévoit une part de l'État pouvant atteindre 30 % dans les nouveaux projets.
Cependant, le chemin est semé d'embûches. Le financement du projet Dasa reste conditionné à des garanties souveraines et à la stabilité politique. Les tensions sécuritaires dans la région de Tillabéri, où se trouve le gisement, constituent un risque majeur. De plus, les cours mondiaux de l'uranium, bien qu'en hausse depuis 2023, restent volatils.
Un enjeu géopolitique régional
Le repositionnement du Niger sur l'uranium s'inscrit dans une recomposition plus large de la géopolitique énergétique ouest-africaine. Alors que la France perd son influence militaire et économique, d'autres acteurs émergent. La Russie, via Rosatom, a signé des accords de coopération nucléaire avec le Niger, mais sans annonce concrète de projets miniers. L'Iran, également présent, dispose de moins de capitaux. Global Atomic, bien que canadien, pourrait servir de pont avec des investisseurs occidentaux désireux de sécuriser leurs approvisionnements sans passer par la France.
Pour les voisins du Niger, ce changement a des implications. Le Mali et le Burkina Faso, dirigés par des régimes militaires proches de Niamey, observent avec attention cette quête de souveraineté minière. Tous trois partagent une volonté commune de réviser les accords hérités de la colonisation. Dans le même temps, la demande mondiale d'uranium augmente, portée par la relance du nucléaire civil en Asie et en Europe. Cette conjoncture favorable renforce la position de négociation du Niger.
À plus long terme, la diversification des partenaires pourrait réduire la vulnérabilité du secteur aux aléas diplomatiques. Mais elle expose aussi le pays à des risques de dépendance multiple et à des pressions géopolitiques croisées. La capacité du Niger à imposer ses conditions dépendra de sa stabilité interne et de sa stratégie de développement industriel au-delà de l'extraction brute.
La visite de Global Atomic à Niamey n'est qu'un épisode dans la redéfinition de la politique uranifère nigérienne, mais il révèle une tendance de fond : la volonté des États producteurs d'Afrique de l'Ouest de reprendre le contrôle de leurs ressources. Reste à savoir si cette quête de souveraineté pourra s'accompagner d'un développement économique durable, ou si elle ne fera que remplacer une dépendance par une autre.