Le 15 mai 2026, Global Atomic Corporation annonçait le report des premières livraisons d'uranium du projet Dasa à 2028, un nouveau coup dur pour le Niger. Pendant ce temps, au Canada, les programmes de forage se multiplient dans le bassin d'Athabasca, portés par des découvertes à haute teneur. Entre difficultés financières, tensions sociales et instabilité sécuritaire, le Niger voit son rang de producteur stratégique contesté.

Infographie — Uranium · Niger

Le projet Dasa, situé dans la région d'Agadez, devait initialement entrer en production en 2025. Ce nouveau délai, annoncé par Global Atomic Corporation, compromet les recettes escomptées par l'État nigérien, qui dépend fortement des revenus miniers. Le projet souffre d'un climat d'investissement dégradé depuis le coup d'État de 2023, ainsi que de difficultés de financement. Les réserves du gisement sont pourtant substantielles, mais l'incertitude politique et sécuritaire freine les bailleurs internationaux.

Cette annonce s'inscrit dans un contexte social tendu. Le 14 mai, une importante marche à Tillabéri, dans l'ouest du Niger, a rassemblé les Forces vives de la région du fleuve. Les manifestants protestaient contre les conditions locales d'exploitation des ressources naturelles et la répartition des richesses. Sans lien direct avec l'uranium, ce mouvement traduit un mécontentement plus large vis-à-vis de la souveraineté nationale sur les ressources extractives.

Au Canada, l'effervescence est palpable. Purepoint Uranium Group a lancé un programme de forage estival sur le projet Dorado, dans le bassin d'Athabasca. Sept forages totalisant environ 3 150 mètres ciblent l'extension de la découverte à haute teneur Nova. « Chaque programme s'appuie sur le succès du précédent », a déclaré Chris Frostad, PDG de Purepoint. Simultanément, IsoEnergy a engagé un programme de 8 000 mètres sur le projet Larocque East, visant à étendre le gisement Hurricane, déjà le plus riche au monde en uranium indiqué. Une nouvelle zone minéralisée à 4,21 % d'oxyde d'uranium sur 3,5 mètres a été identifiée.

À cette concurrence canadienne s'ajoute celle du Kazakhstan, premier producteur mondial, qui continue d'accroître sa capacité. Le Niger, autrefois troisième producteur, doit faire face à un environnement minier de plus en plus compétitif, où la sécurité juridique et la stabilité politique sont des atouts déterminants pour attirer les investissements.

Le glissement des flux d'investissement vers des juridictions plus sûres interroge la capacité du Niger à valoriser ses ressources. Le report de Dasa et les tensions sociales suggèrent que le pays pourrait perdre son leadership régional au profit d'autres producteurs africains, comme la Namibie, qui développe elle aussi de nouveaux gisements. La question de la souveraineté énergétique et du partage de la rente minière reste centrale pour les autorités de Niamey.

Alors que la demande mondiale d'uranium repart à la hausse portée par le nucléaire civil, le Niger doit rapidement résoudre ses équations sécuritaires et politiques sous peine de voir ses ressources lui échapper au profit de concurrents mieux établis. Le contraste entre l'effervescence canadienne et les atermoiements nigériens illustre les nouvelles lois de l'attractivité minière en Afrique de l'Ouest.