Le 11-12 mai 2026, le Africa Forward Summit à Nairobi symbolisait la volonté française de renouer avec une Afrique anglophone. Mais en coulisses, l'uranium nigérien, pilier des relations historiques, vacille. Le report du projet Dasa par Global Atomic et les tensions internes révèlent un basculement aux conséquences énergétiques régionales.

Infographie — Uranium · Niger

Le sommet de Nairobi, premier du genre dans un pays anglophone, devait incarner une rupture. Emmanuel Macron et William Ruto ont mis en avant la jeunesse, la transition verte et les partenariats équitables. Pourtant, la réalité de l'uranium nigérien contredit ce discours. Le 15 mai, la société canadienne Global Atomic annonçait le report à 2028 des premières livraisons de son projet Dasa, situé dans la région d'Agadez. Ce délai fragilise les perspectives de production du Niger, qui compte sur l'uranium pour diversifier ses revenus après la baisse des recettes pétrolières.

Ce retard s'ajoute à une série d'incertitudes. Le contexte sécuritaire et politique, marqué par la rupture avec la France et la montée des revendications souverainistes, pèse sur les investissements miniers. En parallèle, une marche à Tillabéri le 14 mai a mobilisé les Forces vives de la région du fleuve contre l'exploitation mal gérée des ressources. La société civile nigérienne réclame une meilleure redistribution des richesses et un contrôle plus strict des compagnies étrangères.

La France en quête de nouveaux partenaires

Le sommet de Nairobi s'inscrit dans la stratégie française de repositionnement après les expulsions du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Paris cherche à étendre son influence en Afrique de l'Est, où l'anglais domine. Mais cette offensive diplomatique ne comble pas le vide laissé au Sahel. L'uranium nigérien, longtemps exploité par Orano (ex-Areva), est devenu un symbole de l'ancien rapport de force. Aujourd'hui, le Niger entend renégocier les contrats et attirer d'autres investisseurs, notamment canadiens et kazakhs.

Le report de Dasa illustre les difficultés d'exploration et de financement dans un climat d'insécurité juridique et physique. La concurrence kazakhe, avec une technologie d'extraction moins coûteuse, pèse également sur la rentabilité des projets nigériens. Selon des experts, le coût de production au Kazakhstan est inférieur de 30% à celui du Niger, ce qui rend le pays sahélien moins attractif malgré ses réserves.

Souveraineté énergétique régionale en question

L'uranium nigérien alimente les centrales nucléaires françaises, mais aussi, de plus en plus, celles d'autres pays africains. Le nucléaire civil se développe au Ghana, au Kenya et en Afrique du Sud. La question de la souveraineté énergétique se pose : le Niger peut-il devenir un fournisseur fiable pour ses voisins ? Les retards et les tensions politiques menacent cette ambition.

Pour les investisseurs, le paradoxe est frappant. Alors que le sommet de Nairobi promet des partenariats gagnant-gagnant, le Niger illustre les risques persistants : nationalisme des ressources, instabilité politique et lourdeur administrative. Les compagnies minières, comme Global Atomic, avancent avec prudence, mais le calendrier glisse.

Au-delà du sommet, c'est toute la relation franco-africaine qui se joue dans les mines du Niger. La France a perdu son emprise directe, mais l'uranium reste un enjeu stratégique. La capacité du Niger à imposer ses conditions et à attirer des partenaires alternatifs déterminera l'équilibre futur du secteur.

Le Africa Forward Summit a posé les bases d'un nouveau dialogue, mais les signaux venus du Niger rappellent que la confiance ne se décrète pas. L'avenir de l'uranium nigérien dépendra de la capacité des autorités à stabiliser le cadre légal et à répondre aux attentes locales, tandis que la compétition mondiale pour l'uranium s'intensifie. Une question demeure : la souveraineté retrouvée du Niger se traduira-t-elle par un contrôle effectif de ses ressources, ou par une dépendance renouvelée ?