Le chantier du gazoduc transsaharien (TSGP) a officiellement redémarré en juin 2026 en Algérie, après deux décennies d’atermoiements. Simultanément, l’Allemagne a signé avec Alger deux accords pour moderniser le réseau électrique et développer l’hydrogène vert. Ces annonces, rapprochées dans le temps, dessinent une nouvelle donne énergétique pour l’Afrique de l’Ouest, où le gaz nigérian et l’uranium nigérien constituent des leviers géopolitiques majeurs.

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Un projet ressuscité par la géopolitique

Le Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP) n’est pas une nouveauté. Projeté dès les années 1980, il a connu des relances régulières, sans jamais aboutir. Mais la donne a changé. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a bouleversé les équilibres énergétiques européens, rendant la diversification des approvisionnements vitale. C’est dans ce contexte que les trois pays partenaires – Nigeria, Niger et Algérie – ont relancé le projet en 2022, puis en juin 2026 avec des travaux concrets sur la section algérienne. La récente normalisation entre Alger et Niamey, après des tensions liées au putsch de 2023 au Niger, a été un préalable indispensable.

L’Allemagne mise sur l’Algérie comme hub énergétique

Parallèlement, Berlin a accéléré sa coopération avec Alger. Les deux accords signés mi-juin 2026 – l’un pour numériser le réseau électrique algérien (projet DigiEnR), l’autre entre Sonatrach et VNG AG sur l’hydrogène vert – montrent une stratégie cohérente : faire de l’Algérie une plateforme énergétique vers l’Europe, à la fois pour le gaz naturel via le TSGP et pour les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène. L’Allemagne, qui cherche à se passer du gaz russe, voit dans le Sahara un potentiel solaire et éolien immense, couplé à des infrastructures gazières existantes.

Nigeria et Niger : des acteurs clés aux intérêts divergents

Le Nigeria, premier producteur de pétrole d’Afrique, possède aussi les plus grandes réserves de gaz du continent. Mais son sous-investissement dans les infrastructures et l’insécurité dans le delta du Niger freinent l’exploitation. Le TSGP offrirait une voie d’exportation alternative, réduisant la dépendance aux usines de gaz naturel liquéfié (GNL) coûteuses. Pour le Niger, le projet est un levier économique et diplomatique majeur, d’autant que le pays possède également de l’uranium, ressource stratégique pour le nucléaire civil. La junte au pouvoir à Niamey a tout intérêt à montrer sa capacité à attirer des investissements, malgré l’isolement régional.

Un financement encore flou

Si les travaux ont repris, le financement global du TSGP reste un point d’interrogation. Le projet est estimé à plus de 13 milliards de dollars. Les compagnies nationales (Sonatrach, NNPC, Sonidep) peinent à réunir les fonds, et les bailleurs traditionnels – Banque mondiale, BAD – sont prudents face aux risques sécuritaires sahéliens. L’implication allemande via la coopération bilatérale pourrait ouvrir la voie à des financements européens, mais sans garantie. L’article d’Agence Ecofin de mai 2026 rappelait que le Nigeria, malgré ses réserves, n’a pas encore transformé cette richesse en moteur de développement.

Uranium nigérien : le maillon discret de la transition

Au-delà du gaz, le Niger est le quatrième producteur mondial d’uranium. Or, la relance du nucléaire en Europe – notamment en France et potentiellement en Allemagne – accroît la demande. Les accords germano-algériens ne mentionnent pas l’uranium, mais la visite du président Tebboune en Allemagne en juillet 2026 pourrait aborder le sujet. De fait, l’Afrique de l’Ouest devient un théâtre où se joue la sécurité énergétique européenne, à la fois pour les hydrocarbures et pour les minerais critiques.

Une concurrence russe et chinoise

Moscou et Pékin ne sont pas en reste. La Russie, via Rosatom, est déjà présente dans le nucléaire nigérien (mine d’Imouraren). La Chine, elle, finance des infrastructures portuaires et ferroviaires au Nigeria. Le retour de l’Allemagne et de l’Europe dans le jeu ouest-africain pourrait raviver des rivalités, mais aussi offrir des alternatives aux régimes en place. La diversification des partenaires est un objectif affiché de la CEDEAO, mais la mise en œuvre reste complexe.

La conjonction des accords germano-algériens et de la relance du TSGP illustre une réorientation stratégique de l’Europe vers l’Afrique de l’Ouest pour sécuriser ses approvisionnements énergétiques. Mais ce grand jeu dépend de la stabilité politique au Sahel, de la capacité des États à attirer les financements et de l’évolution des cours des matières premières. L’Afrique de l’Ouest, riche en gaz, en uranium et en potentiel solaire, devient un pivot de la transition énergétique mondiale, mais à condition que ses ressources profitent d’abord à ses populations.