Le Maghreb intensifie sa course aux minéraux stratégiques pour la transition énergétique. Le Maroc lance les études d'ingénierie pour une usine d'ammoniac vert à Laâyoune, tandis que l'Algérie confie à des partenaires chinois et italiens la construction d'une filière intégrée de phosphate à Tébessa. Ces projets, qui s'inscrivent dans des programmes nationaux ambitieux, redessinent les équilibres économiques de la région et révèlent une compétition accrue pour capter les investissements étrangers.

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Le 12 août 2026, le groupe américain KBR a annoncé sa sélection par ORNX Green Hydrogen pour réaliser les études de pré-ingénierie (pre-FEED) d'une usine de production d'ammoniac vert à Laâyoune, au Maroc. Ce projet, qui devrait produire environ 560 000 tonnes d'ammoniac par an, s'appuiera sur 900 MW d'électrolyseurs. Il s'inscrit dans le cadre du programme marocain « Offre Maroc Hydrogène Vert », doté de 34,5 milliards de dollars d'investissements annoncés. Ce mouvement marque une étape décisive : après la sélection des investisseurs en mars 2025 et le début de la réservation des terres en février 2026, le projet entre désormais dans une phase de maturation technique et financière. Le financement de l'étude par l'USTDA, l'agence américaine de développement, souligne l'intérêt géopolitique que suscite le Maroc dans la course mondiale à l'hydrogène vert.

De son côté, l'Algérie accélère sur le phosphate. Les contrats stratégiques confiés au chinois CHEC et à l'italien Saipem pour le gisement géant de Tébessa (Blad el Hadba) visent une production de 10,5 millions de tonnes par an. Alger ne se contente plus d'exporter une matière première : elle construit une filière intégrée, de l'extraction à la transformation en engrais. Ce projet, qualifié de « visionnaire » par l'ambassadrice d'Italie, s'inscrit dans une logique de souveraineté industrielle et de levier géopolitique. L'Algérie mobilise ses partenariats les plus solides – Chine, Italie – pour transformer sa ressource géologique en atout stratégique.

Cette dynamique contraste fortement avec la situation tunisienne. La Tunisie, qui produisait 8,131 millions de tonnes de phosphate en 2010, a vu sa production s'effondrer à 2,281 millions de tonnes en 2011, et plafonne désormais autour de 3,9 millions de tonnes en 2025. L'objectif officiel pour 2026 n'est que de 4,5 millions de tonnes, et il faudrait attendre 2035 pour espérer retrouver le niveau de 2010. Les causes sont connues : vétusté du réseau ferroviaire, pénurie d'eau industrielle, difficultés d'approvisionnement en ammonitrate, tensions de trésorerie. Ce contraste illustre les écarts de stratégie et de capacité à attirer les investissements dans la région.

Ces projets s'inscrivent dans un contexte plus large de rivalité géopolitique pour les minéraux critiques. Comme le soulignait l'Agence Ecofin en juin 2026, l'Afrique est replacée au centre de la compétition mondiale. Plutôt que de choisir un camp, les pays producteurs cherchent à négocier des partenariats équilibrés. Le Maroc et l'Algérie, chacun à leur manière, tentent de tirer leur épingle du jeu en attirant des investisseurs étrangers tout en gardant le contrôle de leurs ressources.

La transition énergétique mondiale, qui exige des quantités massives de métaux et de minéraux, offre une fenêtre d'opportunité historique. Le Maroc, avec son potentiel solaire et éolien, se positionne sur l'hydrogène vert. L'Algérie, avec ses réserves de phosphate, vise le marché mondial des engrais. Ces stratégies sont complémentaires mais aussi concurrentes, dans une région où les infrastructures et les cadres réglementaires restent inégaux.

L'évolution récente montre que les projets avancent, mais à des rythmes différents. Le Maroc a déjà identifié près d'un million d'hectares pour l'industrie de l'hydrogène vert, dont 300 000 hectares réservés. L'Algérie, de son côté, a signé des contrats pour la construction de la filière intégrée de Tébessa. Ces avancées concrètes contrastent avec les difficultés persistantes de la Tunisie, qui peine à moderniser son secteur minier.

Au-delà des chiffres, c'est la capacité des États à transformer leurs ressources en leviers de développement qui est en jeu. La course aux minéraux stratégiques est aussi une course à la valeur ajoutée et à l'emploi. Les projets marocain et algérien créent des milliers d'emplois directs et indirects, et renforcent les liens avec des partenaires technologiques de premier plan.

Cette dynamique régionale ne se limite pas au Maghreb. En Afrique de l'Ouest, des pays comme le Sénégal et la Mauritanie développent leurs ressources en gaz naturel et en pétrole, tandis que le Burkina Faso et le Mali font face aux défis de l'orpaillage illégal. La transition énergétique mondiale redistribue les cartes, et chaque pays tente de tirer profit de ses ressources, qu'elles soient fossiles ou minérales.

La course aux minéraux stratégiques pour la transition énergétique redessine les équilibres en Afrique de l'Ouest et au Maghreb. Le Maroc et l'Algérie avancent rapidement, tandis que la Tunisie reste à la traîne. Cette compétition, qui s'inscrit dans un contexte géopolitique mondial, pourrait accélérer l'intégration régionale ou, au contraire, creuser les écarts. La question reste ouverte : les pays sauront-ils transformer ces ressources en développement durable et inclusif ?