Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a entamé le 15 juillet 2026 une visite d’État de deux jours à Berlin, marquée par la signature de plus de trente accords avec l’Allemagne. Au-delà des liens bilatéraux, ce rapprochement stratégique dans les hydrocarbures et l’hydrogène vert redessine les équilibres énergétiques régionaux et interroge la place des producteurs ouest-africains. Un repositionnement qui intervient alors que la ruée vers l’or et les minerais stratégiques s’intensifie en Afrique de l’Ouest.
Visite Tebboune à Berlin : l'axe gazier qui rebat les cartes
L'Algérie et l'Allemagne scellent un partenariat stratégique. Pour l'Afrique de l'Ouest, productrice d'or et de minerais, le signal est clair : la course aux ressources s'accélère.
Un montant appelé à croître après la signature de plus de 30 accords.
Gaz, hydrogène vert, hélium
L'Allemagne sécurise un fournisseur fiable. Alger modernise son économie et réduit sa dépendance aux hydrocarbures.
Ruée vers l'or et métaux critiques
La demande européenne accélère l'exploitation minière au Burkina Faso, Mali, Guinée. Nouveaux enjeux de souveraineté.
Chronologie du rapprochement
Guerre en Ukraine
L'Allemagne cherche à diversifier ses approvisionnements énergétiques. L'Algérie apparaît comme un partenaire clé.
Visite d'État à Berlin
Signature de plus de 30 accords : gaz, hydrogène vert, automobile, technologies.
Course aux ressources en Afrique de l'Ouest
L'hydrogène vert algérien et la ruée vers l'or ouest-africain redessinent les équilibres régionaux.
Nouvelles routes énergétiques & minières
L'Allemagne sécurise ses approvisionnements. L'Afrique de l'Ouest devient un théâtre clé de la compétition pour les ressources.
Enjeux pour l'Afrique de l'Ouest
L'axe Alger-Berlin capte les investissements verts. Les producteurs ouest-africains doivent innover pour rester attractifs.
La demande européenne accélère l'exploitation au Sahel. Défis de gouvernance et de retombées locales.
L'Alliance des États du Sahel (AES) redéfinit ses partenariats. La visite Tebboune illustre un nouveau jeu d'influences.
Berlin et Alger ont scellé, le 15 juillet, un partenariat ambitieux couvrant le gaz naturel, l’hydrogène vert, l’hélium, l’industrie automobile et les technologies de pointe. Le volume des échanges bilatéraux, déjà supérieur à 5 milliards de dollars, devrait croître significativement. Pour l’Allemagne, qui cherche à diversifier ses approvisionnements depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Algérie représente un fournisseur de gaz fiable et un pionnier potentiel de l’hydrogène vert. Pour Alger, c’est l’occasion de moderniser son économie et de réduire sa dépendance aux hydrocarbures.
Une reconfiguration des routes énergétiques
Cet accord ne concerne pas seulement les deux pays. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de course aux énergies propres et aux ressources stratégiques. L’hydrogène vert, produit à partir d’énergies renouvelables, est au cœur des stratégies européennes de décarbonation. L’Algérie dispose d’un potentiel solaire considérable et ambitionne de devenir un hub africain de l’hydrogène. Mais cette ambition entre en concurrence directe avec des projets en Afrique de l’Ouest, notamment en Mauritanie et au Sénégal, où des mégaprojets d’hydrogène vert sont en développement.
L’effet de démonstration pour l’Afrique de l’Ouest
La visite de Tebboune montre que les pays nord-africains peuvent capter des investissements européens massifs dans la transition énergétique. Pour les États ouest-africains, l’enjeu est double : ne pas laisser passer la fenêtre d’opportunité de l’hydrogène vert, et sécuriser leurs propres parts de marché gazier. Le gaz naturel liquéfié (GNL) ouest-africain (Nigeria, Sénégal, Mauritanie) fait face à une concurrence accrue du gaz algérien, qui bénéficie de la proximité géographique et d’infrastructures existantes.
La mine et l’or : une autre dimension géopolitique
Parallèlement, l’Afrique de l’Ouest connaît une fièvre extractive sans précédent. Les alertes sur l’or, les métaux critiques et les terres rares se multiplient dans la sous-région. Plusieurs projets miniers, notamment au Burkina Faso, au Mali et en Côte d’Ivoire, attirent des investisseurs chinois, australiens et canadiens. L’Allemagne, via ce partenariat avec l’Algérie, pourrait chercher à sécuriser l’accès aux matières premières critiques – l’hélium, mais aussi le lithium et le cobalt – que l’Algérie ne possède pas en abondance.
Une triangulation à surveiller
La coopération algéro-allemande pourrait donc évoluer vers une triangulation impliquant l’Afrique de l’Ouest. L’Algérie, de par sa position géostratégique, pourrait servir de plateforme logistique et de transformation pour les minerais ouest-africains destinés au marché européen. Un scénario qui raviverait les débats sur la souveraineté des ressources et la valeur ajoutée locale.
Un contexte régional en mouvement
Depuis mai 2026, la région ouest-africaine est marquée par plusieurs signaux : des opérations de sécurisation des zones minières, des annonces de nouvelles découvertes de gisements et une pression accrue pour une réforme des codes miniers. La visite de Tebboune à Berlin intervient donc dans un moment charnière, où chaque État tente de renforcer sa position dans la chaîne de valeur énergétique et minière mondiale.
Les producteurs ouest-africains de gaz et d’hydrogène vert doivent désormais composer avec un acteur nord-africain renforcé. La réponse ne pourra pas se limiter à une simple surenchère tarifaire : elle passera par des alliances régionales, une meilleure intégration énergétique et un dialogue renforcé avec l’Europe. L’heure est à la stratégie collective pour ne pas être marginalisé.
L’axe Alger-Berlin dépasse le cadre bilatéral : il pose les bases d’une nouvelle géographie des flux énergétiques entre l’Afrique et l’Europe. L’Afrique de l’Ouest, riche en ressources mais fragmentée, devra trouver sa place dans cette recomposition. La question n’est plus seulement de produire, mais de négocier les termes d’un partenariat équilibré.