Le 3 juin 2026, l'Algérie a annoncé le lancement des travaux sur son tronçon du gazoduc transsaharien (TSGP), marquant une étape décisive pour ce projet longtemps resté dans les cartons. Long de 4 200 kilomètres, il doit relier le Nigeria à l'Algérie via le Niger, ouvrant une nouvelle route d'exportation pour le gaz ouest-africain. Cette décision, prise à l'issue de la cinquième réunion ministérielle du comité de pilotage, intervient alors que la région cherche à diversifier ses sources d'énergie et à renforcer son intégration économique.
Gazoduc transsaharien : le départ des travaux en Algérie relance l'enjeu d'une souveraineté énergétique régionale
Le 3 juin 2026, l'Algérie a annoncé le lancement des travaux sur son tronçon du gazoduc transsaharien (TSGP), marquant une étape décisive pour ce projet longtemps resté dans les cartons. Long de 4 200 kilomètres, il doit relier le Nigeria à l'Algérie via le Niger, ouvrant une nouvelle route d'exportation pour le gaz ouest-africain.
⬇️ Corridor du TSGP
Longueur totale : 4 200 km | Capacité : 30 milliards de m³/an
📅 Chronologie du projet
Signature du mémorandum initial
Nigeria, Niger, Algérie posent les bases du TSGP
Crise énergétique mondiale
L'Europe accélère sa recherche d'alternatives au gaz russe
Lancement des travaux en Algérie
Feu vert pour le tronçon algérien après la 5ᵉ réunion ministérielle
🔑 Les 3 enjeux du TSGP
Souveraineté énergétique régionale
Permettre aux pays ouest-africains de transformer localement leur gaz et de réduire la dépendance aux importations.
Diversification des routes d'exportation
Contourner les réseaux côtiers (WAGP) et ouvrir un corridor nord-sud vers l'Europe.
Intégration économique transfrontalière
Créer des interdépendances positives entre le Nigeria, le Niger et l'Algérie, et au-delà.
⚖️ Deux visions pour le gaz ouest-africain
Gazoduc côtier Nigeria → Ghana → Togo → Bénin. Difficultés de coordination transfrontalière et capacité restreinte.
Corridor nord-sud Nigeria → Niger → Algérie. Vise à contourner les réseaux côtiers et à ouvrir une route directe vers l'Europe.
Le TSGP n'est pas un simple jalon technique. Il traduit une convergence d'intérêts géopolitiques et économiques.
— Extrait de l'article Cauris, juin 2026
📌 EN BREF
2026 : lancement des travaux en Algérie · 2022 : crise énergétique mondiale accélère le projet · 200 : (donnée non disponible dans les sources vérifiées)
Aucune autre donnée chiffrée n'était disponible dans les sources brutes fournies.
Le feu vert donné à la construction du tronçon algérien du TSGP n'est pas un simple jalon technique. Il traduit une convergence d'intérêts géopolitiques et économiques qui s'accélère depuis la crise énergétique mondiale de 2022. L'Europe, en quête de diversification de ses approvisionnements en gaz, voit dans ce corridor une alternative au gaz russe. Mais pour les pays ouest-africains, l'enjeu dépasse les exportations : il s'agit de transformer en profondeur l'architecture énergétique régionale.
Une infrastructure en phase avec les ambitions régionales
Le TSGP s'inscrit dans un mouvement plus large de développement des infrastructures gazières en Afrique de l'Ouest. Parallèlement, le projet de gazoduc de l'Afrique de l'Ouest (WAGP) reliant le Nigeria au Ghana, au Togo et au Bénin, bien que limité, a montré les difficultés de coordination transfrontalière. Le TSGP, lui, mise sur un axe nord-sud, contournant les réseaux côtiers. La validation de l'étude de faisabilité actualisée et le début des travaux en Algérie confirment que les obstacles techniques et financiers ont été surmontés, du moins en partie.
Un contexte énergétique régional en mutation
L'annonce intervient dans un climat où plusieurs États ouest-africains cherchent à valoriser leurs ressources gazières. Le Sénégal et la Mauritanie, avec le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim, incarnent cette dynamique. Cependant, le TSGP offre une perspective différente : il permet au Nigeria, premier producteur de gaz du continent, de monétiser ses réserves via un corridor terrestre, évitant les contraintes maritimes. Pour le Niger, pays de transit, le projet ouvre une source de revenus non négligeable, à condition que la stabilité sécuritaire soit assurée dans le Sahel.
Les récents développements dans le secteur extractif de la région montrent une double tendance : d'une part, une volonté d'affirmer la souveraineté sur les ressources (nationalisations, révisions de contrats) ; d'autre part, un besoin criant d'investissements étrangers. Le TSGP, porté par les compagnies nationales des trois pays (Sonatrach, NNPC, Sonidep), illustre cette recherche d'équilibre entre contrôle étatique et partenariats internationaux.
Implications géopolitiques et perspectives
Le lancement du tronçon algérien renforce le rôle de pivot de l'Algérie dans le marché gazier africain. Mais il pose aussi la question du positionnement des autres acteurs régionaux, notamment la CEDEAO. L'organisation ouest-africaine, qui a récemment dévoilé un « Pacte d'avenir » pour consolider l'intégration, pourrait voir dans ce gazoduc un instrument de coopération ou, au contraire, une concurrence à ses propres projets. Par ailleurs, le choix d'un axe nord-sud plutôt qu'est-ouest reflète les priorités des pays du Sahel et du Maghreb, au détriment des États côtiers.
Sur le plan économique, le TSGP pourrait générer des recettes importantes pour les pays traversés, mais son impact sur la souveraineté énergétique régionale reste ambigu. En reliant le Nigeria à l'Algérie, il permet d'exporter le gaz nigérian vers l'Europe, mais ne garantit pas une meilleure desserte des pays enclavés comme le Mali ou le Burkina Faso, qui souffrent de déficits électriques chroniques. Le parallèle avec le barrage de Souapiti en Guinée, dont la formation d'ingénieurs annoncée en mai 2026 vise à renforcer les compétences locales, montre que la région investit aussi dans le capital humain pour accompagner ces grands projets.
L'entrée en phase concrète du TSGP marque un tournant pour la géopolitique gazière ouest-africaine, mais pose la question de l'équilibre entre exportations et besoins domestiques. Alors que la région multiplie les initiatives – gazoducs, barrages, énergies renouvelables – la cohérence d'ensemble reste à construire. Le TSGP pourrait être un levier d'intégration, à condition que ses retombées profitent à l'ensemble des populations, et non seulement aux grands exportateurs.