Le 29 mai 2026, l'assemblée générale de TotalEnergies s'est tenue sous le signe de la contestation, alors que le groupe fait face à des critiques croissantes sur ses projets en Afrique. L'entrée du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky à hauteur de 4,2 % du capital et les manifestations d'ONG environnementales illustrent les tensions entre rentabilité pétrolière et pressions climatiques. Au Sénégal, le champ pétrolier de Sangomar, entré en production fin 2024, cristallise ces enjeux pour la région.

Infographie — Pétrole · Sénégal

L'assemblée générale de TotalEnergies, qui s'est tenue ce 29 mai 2026 à Paris, a été marquée par une double actualité : l'annonce de la montée au capital de Daniel Kretinsky et une mobilisation inédite d'ONG dénonçant les impacts des projets gaziers et pétroliers du groupe en Afrique. Kretinsky, via sa holding EPH, détient désormais 4,2 % du capital de TotalEnergies, un renforcement qui intervient après un échange d'actifs de près de 7,5 milliards d'euros. Ce mouvement confirme l'attractivité du secteur pour des investisseurs à long terme, malgré les controverses.

Un actionnariat partagé entre intérêts financiers et pressions climatiques La présence de Kretinsky au capital témoigne d'une confiance dans la stratégie de TotalEnergies, qui continue d'investir massivement dans les hydrocarbures tout en développant des énergies bas carbone. Cependant, l'AG a été perturbée par des militants d'Attac, Avaaz, 350.org et Action Justice Climat Paris. Ils ont mis en scène une allégorie dénonçant le soutien de l'État français à TotalEnergies, avec des représentations d'Emmanuel Macron et de Patrick Pouyanné. Les ONG pointent du doigt les projets comme l'East African Crude Oil Pipeline (EACOP) en Ouganda et Tanzanie, ainsi que le Mozambique LNG, dont les coûts font débat.

Au Mozambique, une audit commandé par le gouvernement a révélé un écart de 2 milliards de dollars entre les coûts réclamés par TotalEnergies pour la suspension du projet LNG Mozambique et les évaluations indépendantes. Ce différend financier, rapporté par la presse locale et l'agence Lusa, illustre la complexité des relations entre l'entreprise et les États hôtes. TotalEnergies invoque un cas de force majeure lié aux attaques djihadistes à Cabo Delgado, tandis que les autorités mozambicaines contestent le montant des dépenses.

Le Sénégal et Sangomar dans le viseur Si les projecteurs étaient braqués sur l'Afrique de l'Est et le Mozambique, le Sénégal n'est pas en reste. Le champ pétrolier de Sangomar, opéré par Woodside Energy mais dont TotalEnergies est un partenaire via sa participation dans le bloc, est entré en production fin 2024. Dans un contexte de transition énergétique mondiale, le lancement de ce projet suscite des interrogations sur la pertinence économique à long terme. Les réserves de Sangomar, estimées à 500 millions de barils, placent le Sénégal sur la carte des producteurs, mais aussi sous le feu des critiques environnementales.

La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et Proparco ont récemment signé un accord de financement croisé de 200 millions d'euros pour soutenir le secteur privé dans l'UEMOA. Ce type de mécanisme, destiné à renforcer les infrastructures énergétiques, pourrait indirectement favoriser l'industrialisation autour des hydrocarbures, bien que les ONG y voient un soutien à des énergies fossiles contestées.

Une tension structurelle entre croissance et durabilité L'année 2026 marque un tournant pour TotalEnergies en Afrique de l'Ouest. Alors que les projets pétroliers et gaziers avancent, les exigences de transparence et de responsabilité climatique se renforcent. L'entrée de Kretinsky, un investisseur pragmatique, coïncide avec une pression militante croissante. Le groupe doit jongler entre la maximisation de ses profits – dopés par le conflit au Moyen-Orient – et la nécessité de répondre aux critiques sur les droits humains et l'environnement.

Cette configuration n'est pas isolée. Dans l'ensemble de la région, les compagnies pétrolières font face à une défiance grandissante, comme en témoignent les nombreux contentieux et les audits financiers réclamés par les États. Le rapport de Bayphase pour le Mozambique montre que les écarts de coûts peuvent être significatifs, alimentant les tensions entre multinationales et gouvernements.

L'après-AG s'annonce complexe pour TotalEnergies : si son actionnariat se renforce avec des investisseurs de long terme, la contestation sociale et les risques juridiques restent élevés, notamment en Afrique de l'Ouest où les projets pétroliers suscitent à la fois espoirs économiques et craintes écologiques.

L'assemblée générale de TotalEnergies en ce 29 mai 2026 révèle les contradictions d'un géant pétrolier qui reste incontournable pour les économies ouest-africaines, mais dont la stratégie est de plus en plus contestée. Au-delà du cas sénégalais, c'est tout le modèle de développement extractif qui est questionné dans une région où les alternatives énergétiques peinent à émerger. La pression des actionnaires socialement responsables et des ONG pourrait-elle infléchir les choix d'investissement de TotalEnergies en Afrique de l'Ouest ? La réponse se jouera dans les années à venir, entre la nécessité de financer la transition et la rentabilité à court terme.