Après cinq années d'interruption, TotalEnergies a annoncé la relance du chantier de son mégaprojet gazier au Mozambique, sur la péninsule d'Afungi. Ce projet, longtemps paralysé par l'insécurité et les critiques sociales et environnementales, symbolise les contradictions de l'exploitation des hydrocarbures en Afrique. Alors que plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Sénégal et la Mauritanie, accélèrent leurs propres projets gaziers, la reprise du Mozambique LNG pose la question de la gouvernance des ressources et de la répartition des bénéfices.

Infographie — Gaz naturel

La décision de TotalEnergies de relancer le chantier du Mozambique LNG intervient après une interruption de cinq ans, due à l'insécurité dans la province du Cabo Delgado et à une pression internationale sur les aspects sociaux et environnementaux. Le projet, qui vise à transformer plus de 13 millions de tonnes de gaz naturel par an, est l'un des plus importants investissements gaziers en Afrique. Sa reprise marque un tournant pour le groupe français, qui mise sur le gaz comme énergie de transition, mais aussi pour le Mozambique, l'un des pays les plus pauvres du monde.

Les critiques ne manquent pas. Le projet a été accusé de dévastations sociales et écologiques, notamment le déplacement de communautés locales et la destruction de zones de mangrove. Des ONG dénoncent également un déséquilibre de pouvoir : une multinationale parmi les plus riches du monde contrôle une enclave économique dans un État fragile. La relance intervient dans un contexte où la demande mondiale de GNL reste élevée, mais où les exigences de responsabilité sociétale se renforcent.

Un test pour la souveraineté des États africains ?

Le Mozambique LNG illustre la dépendance des États africains vis-à-vis des majors pétrolières pour exploiter leurs ressources. Le contrat signé avec TotalEnergies prévoit des clauses qui, selon certains analystes, limitent la marge de manœuvre du gouvernement mozambicain. Alors que le pays perçoit déjà les premières recettes du gaz du bassin de Rovuma, la question de la redistribution des revenus reste centrale. Le FMI et la Banque mondiale suivent de près le dossier, craignant une malédiction des ressources.

Cette situation trouve des échos en Afrique de l'Ouest. Au Sénégal, le projet Sangomar de Woodside et le Grand Tortue Ahmeyim (GTA) avec la Mauritanie avancent, mais suscitent aussi des débats sur le partage des richesses et la protection de l'environnement. Le gazoduc atlantique Nigeria-Maroc, porté par des ambitions diplomatiques, ajoute une couche géopolitique. Dans tous ces projets, la gouvernance des ressources est le maillon faible.

Une dynamique régionale contrastée

La relance du Mozambique LNG s'inscrit dans une tendance plus large : après une pause due à la pandémie et à la volatilité des prix, les investissements gaziers reviennent en Afrique. Les majors comme TotalEnergies, Eni ou BP redéploient des capitaux, poussées par la nécessité de sécuriser des approvisionnements pour l'Europe et l'Asie. Mais cette dynamique se heurte à des réalités locales : instabilité sécuritaire, fragilité institutionnelle, contestations citoyennes.

Au-delà des similitudes, chaque projet a ses spécificités. Le Mozambique LNG est particulier par son échelle et son historique conflictuel. Sa reprise est un test grandeur nature pour la capacité des multinationales à concilier exploitation rentable et respect des droits humains. Pour l'Afrique de l'Ouest, où des projets similaires émergent, les leçons mozambicaines seront scrutées de près.

Le choix de TotalEnergies de relancer le chantier malgré les critiques montre que la rentabilité prime sur les considérations extra-financières. Mais la pression des investisseurs et des ONG pourrait forcer des ajustements. Le Mozambique LNG devient ainsi un cas d'école pour l'avenir du gaz en Afrique.

La relance du Mozambique LNG par TotalEnergies n'est pas un simple fait divers économique. Elle cristallise les tensions entre développement, souveraineté et durabilité en Afrique. Alors que l'Afrique de l'Ouest s'engage dans ses propres mégaprojets gaziers, l'issue de ce chantier mozambicain pourrait influencer les standards de gouvernance des ressources pour toute la région. La question reste ouverte : cet investissement sera-t-il un moteur de développement ou une nouvelle illustration de la malédiction des ressources ?