Ce 29 mai 2026, à l'occasion de l'assemblée générale de TotalEnergies à La Défense, une coalition d'ONG (Attac, Avaaz, 350.org, Action Justice Climat Paris) a mis en scène une action choc contre le soutien de l'État français aux projets fossiles du groupe, en particulier l'EACOP en Ouganda-Tanzanie et le Mozambique LNG. Derrière cette mobilisation se dessine une pression croissante sur les États ouest-africains, notamment le Sénégal, qui misent sur l'exploitation pétrolière (Sangomar) pour accélérer leur développement. L'évolution du contexte, marquée par une multiplication des contentieux climatiques et une défiance des investisseurs, interroge les stratégies énergétiques régionales.
Protestation anti-TotalEnergies : quel impact pour le pétrole ouest-africain ?
Une coalition d'ONG a ciblé l'AG de TotalEnergies à Paris, dénonçant le soutien français aux projets fossiles en Afrique (EACOP, Mozambique LNG). Derrière l'action, une pression croissante sur le Sénégal et sa stratégie pétrolière (Sangomar).
Une mise en scène politique contre le « tout-pétrole » de TotalEnergies
Les activistes ont déployé un décor symbolique : d'un côté, le président français Emmanuel Macron alimentant un pipeline avec l'argent des contribuables ; de l'autre, Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, noyé dans des billets, sur fond d'impacts des projets EACOP et Mozambique LNG. La scène, photographiée par l'AP, visait à dénoncer la contradiction entre les discours climatiques de la France et son appui financier et politique aux hydrocarbures africains via des institutions publiques (BPI, exportations de crédits, etc.). Le rapport Earth Insight, cité par les ONG, documente les risques pour les zones humides et les communautés du bassin du lac Victoria, renforçant l'argument d'un « double standard ».
Cette action s'inscrit dans une escalade de l'activisme climatique ciblant les majors pétrolières en Afrique. Depuis le début de la guerre en Iran, les profits de TotalEnergies ont bondi, alimentant la colère des mouvements qui réclament une taxation accrue et la fin des soutiens publics aux énergies fossiles. Pour les États ouest-africains, cette pression n'est pas anodine : elle pourrait durcir les conditions de financement de leurs projets et fragiliser les partenariats avec les opérateurs historiques. ## Entre ambitions pétrolières et contraintes climatiques : le cas du Sénégal
Le Sénégal, qui a lancé l'exploitation du champ de Sangomar en 2024 (opéré par Woodside), compte sur les revenus pétroliers pour dynamiser son économie et renforcer sa souveraineté énergétique. Cependant, l'épisode de la contestation chez TotalEnergies rappelle que tout projet fossile en Afrique est désormais placé sous haute surveillance. Si TotalEnergies n'est plus actionnaire de Sangomar (il s'est désengagé en 2020), le groupe reste très actif dans la région – en Mauritanie avec le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) – et son traitement judiciaire et médiatique peut influencer la perception globale des investissements pétroliers en Afrique de l'Ouest.
La demande des ONG de taxer les superprofits de TotalEnergies fait écho à des débats internes dans plusieurs pays de la zone UEMOA, où les codes miniers et pétroliers sont périodiquement révisés pour capter une plus grande part de la rente. Si la pression citoyenne s'intensifie, les gouvernements pourraient être tentés de renégocier les termes des contrats, au risque de refroidir les investisseurs. Par ailleurs, la mise en avant des dégâts environnementaux de l'EACOP par Earth Insight alimente la défiance des banques internationales, déjà réticentes à financer de nouveaux gisements fossiles en Afrique.
Cette tension entre développement et climat n'est pas nouvelle, mais elle atteint un point de bascule. La France, à travers son soutien à TotalEnergies, se trouve prise entre son devoir de soutien aux exportations et ses engagements climatiques. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est de taille : comment concilier l'urgence de mobiliser des ressources pour financer les infrastructures et la transition énergétique, avec la nécessité de préserver une image de stabilité et d'attractivité ?
Le pétrole sénégalais, comme le gaz mauritanien, pourrait devenir un test de la capacité des États à naviguer dans ce nouvel environnement. La mobilisation du 29 mai 2026 n'est qu'un épisode d'une saga qui verra probablement s'affronter, de manière croissante, logiques extractives et pression climatique.
Au-delà de la simple action de protestation, ce rendez-vous de La Défense révèle une dynamique plus large : la transformation du rapport de force entre les majors, les États et la société civile autour des ressources fossiles. Pour l'Afrique de l'Ouest, la question n'est plus de savoir si l'exploitation aura lieu, mais dans quelles conditions et à quel prix. La réponse façonnera les relations entre les gouvernements, les compagnies pétrolières et les citoyens pour les décennies à venir.