TotalEnergies a signé fin mai 2026 un protocole d'accord avec BIOFUND, fonds fiduciaire pour la conservation de la biodiversité au Mozambique, pour le projet Mozambique LNG. Cet accord intervient alors que l'entreprise fait face à des manifestations mondiales dénonçant son impact environnemental. Au-delà de la communication, ce partenariat révèle les enjeux d'un secteur extractif contraint de s'adapter aux exigences de la finance durable et des opinions publiques.
TotalEnergies au Mozambique : un partenariat biodiversité pour sauver son projet gazier ?
Sous pression des ONG et de la finance durable, le géant pétrolier signe un protocole avec BIOFUND. Décryptage d’une stratégie sous contrainte.
Manifestations devant le siège parisien le 29 mai 2026. ONG dénoncent l’impact climatique et environnemental du projet Mozambique LNG.
Protocole d’accord signé fin mai 2026 avec BIOFUND (fonds fiduciaire mozambicain). Objectif : « gain net de biodiversité » et financement de réserves naturelles.
Les acteurs en présence
Ce qu’il faut retenir
L’accord intervient juste après les manifestations du 29 mai 2026 à l’AG des actionnaires à Paris. Une réponse stratégique aux critiques.
Financement de réserves naturelles et restauration d’écosystèmes pour compenser les perturbations du gazoduc et de l’usine.
Le secteur extractif doit s’adapter aux exigences des investisseurs et de l’opinion publique pour maintenir sa licence sociale.
Chronologie du mois de mai 2026
Sources : article Cauris « TotalEnergies au Mozambique : un partenariat biodiversité pour sauver son projet gazier ? » — Données vérifiées 2026.
Un accord sous pression
Le mémorandum signé entre TotalEnergies EP Mozambique Area 1 (TEPMA1) et BIOFUND, le fonds fiduciaire mozambicain pour la conservation, s'inscrit dans un contexte de contestation croissante. Quelques jours auparavant, des ONG avaient manifesté devant le siège parisien de TotalEnergies lors de l'assemblée générale des actionnaires du 29 mai, dénonçant les impacts climatiques et environnementaux des projets gaziers du groupe. La coïncidence des dates suggère une réponse stratégique : intégrer la biodiversité dans le discours officiel pour atténuer les critiques.
Le partenariat vise à identifier des investissements dans des solutions fondées sur la nature, partager des connaissances techniques et scientifiques, et soutenir des actions contribuant à un « gain net de biodiversité ». En pratique, il s'agit de financer des réserves naturelles ou des projets de restauration d'écosystèmes, en compensation des perturbations liées au développement du gazoduc et de l'usine de liquéfaction. Le montant de l'engagement financier n'a pas été divulgué, mais ce type d'accord s'aligne sur la tendance des majors à créer des « crédits biodiversité » monétisables.
Cette initiative s'inscrit dans la stratégie globale de TotalEnergies de verdir son image. L'entreprise s'est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre et à promouvoir les énergies renouvelables, tout en continuant à développer de nouveaux projets d'hydrocarbures. Le Mozambique LNG, qui prévoit la liquéfaction du gaz des champs Golfinho et Atum dans le bassin du Rovuma, doit permettre à TotalEnergies de renforcer sa position sur le marché asiatique du GNL. Mais ce projet est régulièrement critiqué par les ONG environnementales et les communautés locales pour ses impacts sur les mangroves et la pêche artisanale.
Implications pour l'Afrique de l'Ouest
Si le mémorandum concerne le Mozambique, il a des résonances directes pour l'Afrique de l'Ouest. TotalEnergies est également actif au Sénégal et en Mauritanie avec le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), premier développement de GNL en eaux profondes de la région. Les enjeux sont similaires : pression des ONG internationales, nécessité de préserver des écosystèmes côtiers fragiles, et attentes des populations locales en matière de retombées économiques. La signature de ce partenariat à Maputo pourrait servir de test pour une approche que TotalEnergies cherchera à dupliquer en Afrique de l'Ouest, où les conditions de gouvernance environnementale sont également sous surveillance.
Par ailleurs, ce type d’accord soulève des questions de souveraineté. Les États hôtes, qui dépendent des revenus pétroliers et gaziers, sont tiraillés entre l'urgence de développer leurs ressources et la nécessité de respecter leurs engagements climatiques pris dans le cadre de l'Accord de Paris. Au Mozambique, le gouvernement a besoin des recettes du GNL pour sortir de la crise de la dette et financer des infrastructures. Mais la multiplication des partenariats privés pour la conservation peut aussi être perçue comme une délégation de prérogatives régaliennes à des multinationales, affaiblissant la capacité de l'État à réguler le secteur.
L'aspect géopolitique n'est pas à négliger. En signant un accord aussi visible avec BIOFUND, TotalEnergies cherche à se démarquer de ses concurrents, notamment les compagnies d'État chinoises et russes, moins sensibles aux pressions environnementales. Mais cette stratégie pourrait aussi renforcer les critiques sur le « greenwashing » et ne pas suffire à désamorcer les tensions locales. Les manifestations de fin mai montrent que, malgré ces annonces, la défiance persiste au sein de la société civile et des communautés affectées.
Ce partenariat entre TotalEnergies et BIOFUND illustre les nouvelles formes de légitimation des grands projets extractifs dans un contexte de transition énergétique. Pour l'Afrique de l'Ouest, où des projets similaires émergent, il pose la question de l'équilibre entre développement économique, respect de l'environnement et souveraineté des États. Le véritable test ne résidera pas dans la signature de protocoles, mais dans leur mise en œuvre concrète et vérifiable sur le terrain.