Alors que TotalEnergies relance à plein régime son mégaprojet de gaz naturel liquéfié (LNG) dans le bassin du Rovuma au Mozambique, avec 7 000 travailleurs déjà sur le site et des objectifs de 10 000 d'ici fin 2026, l'Afrique de l'Ouest observe ce signal fort. Ce redémarrage, après une pause sécuritaire de plusieurs années, intervient dans un contexte de concurrence croissante entre les projets gaziers africains, notamment ceux du Sénégal et de la Mauritanie. Au-delà de l'emploi local et des retombées économiques, c'est la question de la souveraineté énergétique régionale et de l'attractivité des investissements dans un contexte géopolitique mouvant qui se pose.
Le retour en force de TotalEnergies au Mozambique
La relance du mégaprojet LNG dans le bassin du Rovuma redessine la carte du gaz africain. Entre emploi local, stabilité et concurrence régionale, le signal est fort pour l’Afrique de l’Ouest.
→ Corridor gazier africain : concurrence et flux
→ La concurrence entre projets gaziers africains s’intensifie. Le Mozambique mise sur la montée en puissance des effectifs et la restauration de la sécurité pour attirer les bailleurs.
“Un signal fort pour l’Afrique de l’Ouest” — Ce redémarrage, après une pause sécuritaire, témoigne d’une confiance renouvelée des investisseurs et d’une capacité de l’État mozambicain à restaurer la stabilité.
Comparaison sécuritaire : un facteur clé d’investissement
- Attaques djihadistes passées
- Projet gelé plusieurs années
- Stabilité restaurée (État)
- Stabilité sécuritaire relative
- Projet en développement
- Attractivité pour les bailleurs
Le contraste sécuritaire influence directement les décisions d’investissement et la compétitivité des projets gaziers africains.
La reprise accélérée du Mozambique LNG par TotalEnergies marque un tournant pour l'industrie gazière africaine. Le directeur exécutif Arn Gobbs a confirmé que le site d'Afungi compte déjà 7 000 travailleurs, dont plus de 5 000 Mozambicains, avec une montée en puissance prévue à 10 000 fin 2026 et 15 000 à mi-2027. Ce retour après une interruption due à l'insécurité dans le nord du pays témoigne d'une confiance renouvelée des investisseurs, mais aussi d'une capacité de l'État mozambicain à restaurer la stabilité, un message fort pour les bailleurs de fonds internationaux.
Un contraste sécuritaire qui influence les décisions d'investissement
La situation mozambicaine offre un parallèle instructif avec l'Afrique de l'Ouest. Alors que le bassin du Rovuma a souffert d'attaques djihadistes ayant gelé le projet pendant plusieurs années, les blocs de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagés entre le Sénégal et la Mauritanie, bénéficient d'une relative stabilité sécuritaire. Cette différence pèse dans les arbitrages des majors comme BP, Kosmos Energy ou TotalEnergies elles-mêmes. Le redémarrage du Mozambique LNG, associé à la montée en puissance du GTA (première production prévue pour 2024-2025), dessine une offre gazière africaine duale : l'une atlantique (Afrique de l'Ouest) et l'autre indienne (Afrique australe).
Des retombées économiques comparables mais des modèles fiscaux différents
L'engagement de TotalEnergies sur l'emploi local – 71 % de travailleurs nationaux sur le site – interroge les pratiques en Afrique de l'Ouest. Au Sénégal et en Mauritanie, les plans de contenu local sont également mis en avant, mais les réalités diffèrent. Le Mozambique a adopté un cadre fiscal attractif pour les investisseurs, avec une part de l'État estimée à environ 40 % des recettes du projet, tandis que le Sénégal a renégocié ses contrats pétroliers pour augmenter la part de l'État jusqu'à 60 % sur les bénéfices. Ce différentiel pourrait influencer les décisions futures de TotalEnergies, qui s'est déjà positionné au Sénégal sur le champ de Rufisque Offshore.
Souveraineté énergétique : entre exportation et consommation locale
Le Mozambique LNG, comme le GTA, est avant tout un projet d'exportation vers les marchés asiatiques et européens. Mais la question de l'utilisation domestique du gaz refait surface. Le Mozambique a lancé des initiatives pour alimenter ses centrales électriques, mais l'essentiel du gaz partira en GNL. En Afrique de l'Ouest, le Sénégal et la Mauritanie sont confrontés à un dilemme similaire : comment concilier la manne des exportations et les besoins énergétiques d'une population en croissance rapide ? Les analystes pointent la nécessité de développer des infrastructures de gazoducs régionaux, comme le projet de gazoduc Afrique de l'Ouest, pour renforcer l'accès à l'énergie.
Opportunités d'investissement dans la chaîne de valeur gazière
Le retour en force de TotalEnergies au Mozambique rassure les compagnies d'ingénierie et de services pétroliers, qui voient dans le redémarrage un signal de reprise des investissements gaziers en Afrique. Des entreprises ouest-africaines, notamment nigérianes et ghanéennes, pourraient tirer parti de l'expérience acquise dans le Golfe de Guinée pour fournir des équipements et de la main-d'œuvre spécialisée. Parallèlement, les institutions financières régionales, comme la Banque africaine de développement, multiplient les initiatives pour financer les projets gaziers, considérés comme un pont vers la transition énergétique.
Perspectives régionales : quel avenir pour le gaz ouest-africain ?
Le modèle mozambicain, avec son redressement sécuritaire et sa relance industrielle, inspire mais ne se transpose pas mécaniquement. L'Afrique de l'Ouest doit composer avec des dynamiques politiques différentes – tensions au Sahel, gouvernance des ressources au Sénégal, stabilité relative en Mauritanie. L'exemple de TotalEnergies montre que la patience des investisseurs n'est pas infinie : seule une combinaison de sécurité, de fiscalité compétitive et de contenu local crédible peut attirer les capitaux nécessaires.
La renaissance du Mozambique LNG relance la compétition entre les bassins gaziers africains pour capter les investissements et asseoir une souveraineté énergétique réelle. Alors que les projets ouest-africains avancent à des rythmes divers, la question demeure : les États de la région sauront-ils tirer les leçons de l'expérience mozambicaine pour accélérer leurs propres développements gaziers tout en garantissant une répartition équitable des bénéfices ?