Le 24 juin 2026, TotalEnergies a officiellement relancé son projet de gaz naturel liquéfié au Mozambique, gelé depuis 2021 après des attaques jihadistes. Ce mégaprojet de 20 milliards USD, qui devrait faire du Mozambique un exportateur mondial majeur de LNG d'ici 2029, intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de transition énergétique. Pour les économies ouest-africaines, notamment le Sénégal avec le projet Grand Tortue Ahmeyim, ce redémarrage offre des enseignements précieux sur la résilience des investissements énergétiques en Afrique.

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Un redémarrage sous conditions

La décision de TotalEnergies de relancer le projet Mozambique LNG marque un tournant pour le secteur gazier africain. Après près de cinq ans d'interruption due à l'insécurité dans la province de Cabo Delgado, le géant français a validé la reprise des travaux, avec une première production attendue en 2029. Le projet, évalué à 20 milliards USD, représente l'un des plus importants investissements étrangers en Afrique subsaharienne. Il s'inscrit dans une stratégie plus large de TotalEnergies sur le continent, où le groupe est également présent au Sénégal avec le projet Grand Tortue Ahmeyim, en partenariat avec BP et la Société des Pétroles du Sénégal (PETROSEN).

Mozambique : un modèle de risque et de résilience

L'économie mozambicaine, bien que fragile, illustre les défis structurels auxquels font face les pays africains riches en ressources. Avec un PIB par habitant de seulement 1 714 USD en parité de pouvoir d'achat, une croissance atone de 0,6 % en 2025 et une dette publique atteignant 95 % du PIB, le pays reste vulnérable. L'inflation, bien qu'en baisse à 4,37 % en 2025, continue de peser sur le pouvoir d'achat. Le scandale des "dettes cachées" de 2017 continue de handicaper l'accès aux marchés financiers. Pourtant, le redémarrage du projet LNG ouvre une perspective de croissance rapide, avec un taux attendu de 6 % en 2028, tiré par les revenus du gaz.

Quelles implications pour le Sénégal et la CEDEAO ?

Le parallèle avec le Sénégal est frappant. Dakar mise sur l'exploitation de ses réserves de gaz et de pétrole pour accélérer son développement, avec des projets comme Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et Sangomar. Le Sénégal affiche des indicateurs macroéconomiques plus solides que le Mozambique, avec une croissance autour de 6 % et une dette maîtrisée autour de 60 % du PIB. Toutefois, les risques sécuritaires et la volatilité des prix des hydrocarbures rappellent la nécessité d'une gestion prudente. L'expérience mozambicaine montre que la stabilité politique et la transparence sont des prérequis essentiels pour attirer les investissements à long terme.

À l'échelle régionale, le redémarrage du Mozambique LNG renforce la position de TotalEnergies comme acteur clé du gaz africain. Pour les pays de la CEDEAO, qui cherchent à monétiser leurs réserves gazières (Nigeria, Ghana, Côte d'Ivoire), ce projet illustre à la fois les opportunités et les risques. La compétition pour les financements et les marchés d'exportation s'intensifie, d'autant que la demande européenne de gaz, dopée par la guerre en Ukraine, pourrait se tasser à moyen terme.

Le redémarrage du Mozambique LNG ne signe pas seulement le retour d'un mégaprojet ; il pose des questions fondamentales sur la place du gaz africain dans la transition énergétique mondiale. Pour les économies ouest-africaines, l'enjeu est double : tirer parti de cette fenêtre d'opportunité tout en évitant les écueils du syndrome hollandais et de la malédiction des ressources. Alors que le Sénégal s'approche de la mise en production de GTA, l'exemple mozambicain rappelle que le chemin vers un développement tiré par les hydrocarbures est semé d'embûches, mais aussi riche de promesses.