TotalEnergies a officiellement lancé le projet gazier Cronos à Chypre, destiné à approvisionner l'Europe. Cette décision, intervenue fin juillet 2026, contraste avec la lenteur des mégaprojets gaziers en Afrique de l'Ouest, comme le Grand Tortue Ahmeyim (GTA) au Sénégal et en Mauritanie. Elle interroge les choix stratégiques des majors et la capacité des États ouest-africains à attirer les investissements nécessaires à leur souveraineté énergétique.
TotalEnergies à Chypre : quelles leçons pour la souveraineté énergétique ouest-africaine ?
TotalEnergies a officiellement lancé le projet gazier Cronos à Chypre fin juillet 2026, destiné à l’Europe. Ce choix contraste avec la lenteur des mégaprojets en Afrique de l’Ouest (GTA Sénégal/Mauritanie) et interroge les priorités des majors.
- → Lancement officiel : juillet 2026
- → Destination : marché européen (UE)
- → Risque politique & infrastructurel : faible
- → Priorité stratégique : diversification gazière européenne
- → Production initiale prévue : 2023
- → Nouvelle échéance : 2027 au plus tôt
- → Freins : retards techniques, négociations fiscales
- → Risque politique & infrastructurel : élevé
(investissement évoqué)
(Chypre)
(Sénégal/Mauritanie)
Un projet méditerranéen qui éclaire les priorités de TotalEnergies
Le champ gazier Cronos, situé au large de Chypre, est le dernier-né des projets gaziers européens de TotalEnergies. Annoncé en juillet 2026, il doit fournir du gaz à l'Union européenne, en pleine stratégie de diversification après le conflit ukrainien. Ce choix confirme que la major française privilégie des actifs à faible risque politique et infrastructurel, au détriment de régions plus complexes comme l'Afrique de l'Ouest.
L'Afrique de l'Ouest en attente de décisions
Pourtant, l'Afrique de l'Ouest regorge de ressources gazières majeures. Le projet GTA, à cheval entre le Sénégal et la Mauritanie, devait initialement entrer en production en 2023, mais des retards techniques et des négociations fiscales l'ont repoussé à 2027 au plus tôt. Au Nigeria, les investissements dans le gaz butent sur l'insécurité et la vétusté des infrastructures. Le contraste avec le rythme soutenu de Cronos est saisissant.
Enjeux de souveraineté régionale
Cette différence de traitement pose la question de la souveraineté énergétique des États ouest-africains. La dépendance aux majors étrangères expose la région à des arbitrages globaux où les marges sont faibles. Certains pays, comme le Sénégal avec Petrosen, tentent de renforcer leurs capacités nationales, mais les moyens financiers et techniques restent limités. L'intégration régionale, via des infrastructures comme la West African Gas Pipeline (WAGP), pourrait offrir une échappatoire en mutualisant les coûts et en créant un marché intérieur attractif.
Le rôle des marchés financiers régionaux
Paradoxalement, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) montre un intérêt croissant pour le secteur énergétique. En juin 2026, l'indice BRVM a progressé, porté par le retour des investisseurs après une période de vacances. Bien que dominée par les télécoms (Orange CI a versé 121 milliards FCFA de dividendes en 2025), la BRVM pourrait devenir un levier de financement pour des projets énergétiques locaux, à condition que les États créent un cadre incitatif.
Perspectives géopolitiques
Au-delà de TotalEnergies, le projet Cronos illustre une tendance lourde : la compétition pour les capitaux gaziers s'intensifie entre l'Europe et l'Afrique. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est de transformer ses ressources en atout géopolitique, en nouant des partenariats diversifiés (Chine, fonds souverains du Golfe) et en accélérant les réformes. La souveraineté énergétique ne se décrète pas : elle se construit par des investissements cohérents et une volonté politique forte.
Le lancement de Cronos n'est qu'un épisode parmi d'autres dans la recomposition des flux gaziers mondiaux. Pour l'Afrique de l'Ouest, il rappelle que le temps des décisions est compté : sans une montée en puissance des acteurs locaux et une intégration régionale accrue, les ressources resteront sous-exploitées ou captées par des intérêts extérieurs. La question n'est plus de savoir si la région peut être un acteur énergétique, mais à quelles conditions.