Le 27 juillet 2026, TotalEnergies a annoncé faire appel du jugement du tribunal judiciaire de Paris l'obligeant à comptabiliser les émissions de ses clients (Scope 3). Cette décision, qui intervient dans un contexte de renforcement des contraintes climatiques en Europe, interroge directement l'avenir des mégaprojets gaziers du groupe en Afrique de l'Ouest, notamment le champ Grand Tortue Ahmeyim, frontalier entre le Sénégal et la Mauritanie. Alors que le Mozambique LNG reste en suspens depuis 2021 pour raisons sécuritaires, ce nouveau front judiciaire pourrait redessiner la stratégie africaine de TotalEnergies.
TotalEnergies conteste le Scope 3 : quel impact pour les projets gaziers ouest-africains ?
Le 27 juillet 2026, TotalEnergies a annoncé faire appel du jugement l'obligeant à comptabiliser les émissions Scope 3. Une décision qui interroge l'avenir des mégaprojets gaziers en Afrique de l'Ouest, notamment Grand Tortue Ahmeyim (Sénégal/Mauritanie) et Mozambique LNG.
TotalEnergies déclare la force majeure sur le projet Mozambique LNG (20 milliards USD) en raison de l'insécurité djihadiste. Le projet est gelé.
Renforcement des contraintes climatiques en Europe. Les actionnaires et ONG exigent plus de transparence sur les émissions réelles.
Le tribunal judiciaire de Paris oblige TotalEnergies à comptabiliser les émissions de ses clients (Scope 3). Le groupe fait appel le 27 juillet.
Gelé depuis 2021
20 milliards USD
Projet paralysé par l'insécurité. La nouvelle incertitude juridique sur le Scope 3 pourrait retarder encore sa relance.
Sénégal / Mauritanie
Scope 3 & rentabilité
L'obligation de comptabiliser les émissions des clients pourrait remettre en cause la rentabilité à long terme du projet phare de TotalEnergies en Afrique de l'Ouest.
Le contentieux climatique pourrait redessiner la stratégie africaine du groupe, entre projets gaziers et pression réglementaire européenne.
- TotalEnergies conteste l'obligation de comptabiliser les émissions Scope 3.
- Le jugement du tribunal judiciaire de Paris pourrait affecter la rentabilité des projets gaziers en Afrique de l'Ouest.
- Grand Tortue Ahmeyim (Sénégal/Mauritanie) et Mozambique LNG sont directement concernés.
- L'appel du 27 juillet 2026 ajoute une incertitude juridique à un contexte déjà marqué par l'insécurité au Mozambique.
Un appel aux implications régionales
L'annonce de l'appel par TotalEnergies, officialisée ce 27 juillet, ne se limite pas à un bras de fer judiciaire en France. Elle intervient dans un contexte où le groupe multiplie les projets gaziers en Afrique, avec des ambitions affichées au Sénégal, en Mauritanie, au Nigeria et en Angola. Si la société conteste l'injonction d'intégrer les émissions Scope 3 – c'est-à-dire celles générées par l'utilisation finale de ses produits – c'est parce que cette mesure pourrait, selon elle, remettre en cause la rentabilité de ses investissements à long terme.
Le parallèle avec le Mozambique est éclairant. En avril 2021, TotalEnergies avait dû déclarer la force majeure sur le projet Mozambique LNG, d'un montant de 20 milliards de dollars, en raison de l'insécurité liée aux groupes djihadistes. Ce gel a entraîné des pertes et une remise en question de la stratégie africaine. Aujourd'hui, le contentieux climatique ajoute une incertitude juridique qui pourrait ralentir la prise de décision sur des projets majeurs en Afrique de l'Ouest.
Le cas sénégalais sous tension
Au Sénégal, TotalEnergies est actionnaire clé du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), avec BP et la Société des Pétroles du Sénégal (PETROSEN). Ce projet, dont la première phase est entrée en production en 2024, est présenté comme un levier de souveraineté énergétique pour le Sénégal et la Mauritanie. Pourtant, l'obligation de comptabiliser les émissions Scope 3 impliquerait que TotalEnergies assume une part significative des émissions liées à l'exportation du gaz vers l'Europe ou l'Asie. Cela pourrait entraîner des coûts supplémentaires ou une pression pour réduire les volumes exportés.
Pour un pays comme le Sénégal, qui mise sur les revenus gaziers pour financer son développement, une telle perspective est préoccupante. Les recettes attendues de GTA sont estimées à plusieurs milliards de dollars sur la durée de vie du projet. Si TotalEnergies devait limiter sa production ou se désengager, les conséquences budgétaires seraient immédiates. L'appel en cours offre donc un répit, mais ne lève pas le risque.
Enjeux géopolitiques et financiers
Au-delà du cas sénégalais, cette procédure judiciaire s'inscrit dans un mouvement global de judiciarisation du climat. Les ONG, soutenues par des fonds d'investissement, multiplient les actions contre les majors pétrolières. En Afrique de l'Ouest, où les États peinent à faire respecter leurs propres réglementations environnementales, ces décisions européennes créent un déséquilibre. D'un côté, les gouvernements ouest-africains cherchent à attirer les investissements étrangers ; de l'autre, les contraintes réglementaires venues du Nord peuvent les fragiliser.
TotalEnergies argue que l'injonction est disproportionnée et qu'elle menace sa compétitivité. Mais les juges parisiens ont accordé six mois pour se conformer, avec exécution provisoire. L'appel n'annule donc pas l'obligation immédiate, ce qui oblige le groupe à agir dès maintenant. Cette situation met en lumière la difficulté de concilier une stratégie gazière en Afrique avec les exigences climatiques européennes.
Quelles alternatives pour la région ?
Dans ce contexte, les pays d'Afrique de l'Ouest pourraient être tentés de se tourner vers d'autres partenaires, moins exposés aux risques juridiques européens. La Chine, la Russie ou des fonds souverains du Golfe pourraient prendre le relais, mais avec des conditions différentes. Pour le Sénégal, la diversification des opérateurs sur GTA semble une piste, mais les contrats en cours avec TotalEnergies rendent un changement complexe.
Par ailleurs, le précédent du Mozambique LNG montre qu'une crise – sécuritaire ou climatique – peut paralyser des projets entiers. Les gouvernements ouest-africains doivent donc intégrer ces risques dans leur planification. La souveraineté énergétique ne dépend pas seulement de la production, mais aussi de la capacité à sécuriser des débouchés stables.
L'appel de TotalEnergies contre l'injonction Scope 3 n'est qu'un épisode d'un contentieux plus large qui pourrait redéfinir les équilibres du secteur extractif en Afrique de l'Ouest. Alors que les majors pétrolières font face à une pression croissante dans leur pays d'origine, les États africains doivent repenser leurs modèles de partenariat. La question n'est plus seulement de savoir si le gaz africain sera exploité, mais à quelles conditions et avec quels acteurs.