Le 13 juillet 2026, l'action TotalEnergies peine à franchir les 70 euros, un niveau technique qui bloque son rebond depuis plusieurs semaines. Ce plafond intervient alors que le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) à la frontière sénégalo-mauritanienne entre dans sa phase de production. Deux mois plus tôt, en mai, le groupe sponsorisait la Coupe d'Afrique des Nations U-17, affichant son ancrage continental ; aujourd'hui, les marchés jugent la rentabilité de ses actifs ouest-africains avec plus de retenue.

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Le plafond des 70 euros cristallise les interrogations sur la valorisation des actifs gaziers de TotalEnergies en Afrique de l'Ouest. Après un mouvement haussier qui a validé une figure technique d'épaule-tête-épaule inversée au printemps, l'action bute sur cette résistance pour la deuxième fois en un mois. Ce palier coïncide avec l'approche du premier gaz du projet GTA, dont le démarrage a été repoussé à plusieurs reprises depuis 2023.

Le poids du projet GTA dans l'équation sénégalaise

Le champ de Grand Tortue Ahmeyim, opéré par TotalEnergies (28 %), aux côtés de BP et des sociétés nationales de Mauritanie et du Sénégal, représente une promesse de recettes fiscales et de devises pour Dakar. Le gouvernement sénégalais table sur un pic de production de 2,5 millions de tonnes de GNL par an à partir de 2027. Mais chaque nouveau report érode la crédibilité du calendrier, et la stagnation du titre TotalEnergies reflète la prudence des investisseurs face aux coûts de développement en eaux profondes et aux retards dans la construction du navire flottant de liquéfaction.

Effet de contagion régionale

Cette situation n'est pas isolée. En Afrique de l'Ouest, plusieurs projets gaziers peinent à atteindre leurs objectifs, de la Côte d'Ivoire au Nigeria. Les majors pétrolières resserrent leurs critères d'investissement, privilégiant les projets à faible coût d'extraction, ce qui pénalise les gisements offshore complexes comme GTA. Pour les pays de l'UEMOA, le gaz devait être un levier de transformation industrielle : au Sénégal, l'électricité à base de gaz et la pétrochimie font partie du Plan Sénégal émergent. Une production retardée fragilise ces chaînes de valeur.

Le décalage entre communication et marchés

À Dakar, l'optimisme reste de mise : le ministre du Pétrole a réaffirmé en juin que la production débuterait fin 2026. Mais les marchés financiers regardent ailleurs. Le baril de Brent flirte à 78 dollars, soutenu par les tensions géopolitiques autour du détroit d'Ormuz, ce qui devrait mécaniquement profiter aux groupes intégrés. Pourtant, TotalEnergies n'en profite pas pleinement, signe que son profil de risque ouest-africain pèse dans la balance.

Le blocage de TotalEnergies à 70 euros offre une lecture parallèle de l'attractivité des hydrocarbures ouest-africains. Alors que les États misent sur ces ressources pour financer leur développement, les investisseurs intègrent désormais les aléas techniques, les délais et la transition énergétique dans leurs modèles. Le Sénégal, qui a vu ses espoirs de décollage gazier maintes fois repoussés, pourrait devoir réviser son horizon fiscal.