Le 30 juin 2026, Senelec a ouvert les portes de la centrale de West African Energy (WAE) au Cap des Biches aux associations de consommateurs. Objectif : expliquer les investissements réalisés et préparer le passage au gaz local, attendu pour fin juillet. Avec une capacité de 366 MW et un coût de 283 milliards FCFA, cette infrastructure, reprise par l’État en 2026, incarne la stratégie « Gas to Power » de l’Agenda Sénégal 2050. Mais en attendant le gaz, elle reste au gasoil, un choix coûteux qui interroge la capacité du pays à concrétiser sa souveraineté énergétique.

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Une reprise stratégique dans un contexte de tensions

La décision de Senelec de reprendre la centrale de WAE en 2026 marque un tournant dans la politique énergétique sénégalaise. Initialement développée par des promoteurs privés, l’infrastructure est désormais sous contrôle public, reflétant une volonté de l’État de maîtriser un outil de production clé. Ce mouvement intervient alors que le Sénégal, comme plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, fait face à des pics de consommation électrique exacerbés par les vagues de chaleur. En Côte d’Ivoire, la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE), opérateur privé coté à la BRVM, a distribué 13 milliards FCFA de dividendes pour l’exercice 2025, tandis qu’au Sénégal, l’État choisit d’investir directement dans la production. Deux modèles qui illustrent des approches divergentes de la gestion du secteur électrique.

Le pari du gaz local : des promesses aux réalités opérationnelles

La centrale de Cap des Biches est conçue pour fonctionner en cycle combiné au gaz, une technologie plus efficace et moins coûteuse que le gasoil. Selon Saliou Thiandoum, chef de projet à Senelec, les premières livraisons de gaz par ELTON via son unité de regazéification sont prévues fin juillet 2026, avec une mise en service au gaz en août et une exploitation complète en cycle combiné en mars 2027. Ce calendrier serré fait reposer la souveraineté énergétique sur des infrastructures externes : ELTON, entreprise privée, doit assurer la livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) importé, avant que le gaz local du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) ne vienne éventuellement remplacer ces volumes. Le gouvernement a annoncé en août 2025 un objectif de 140 milliards FCFA d’économies annuelles dès 2026 grâce au gaz, un chiffre qui semble ambitieux au vu des délais.

Des implications géopolitiques et financières

Le passage au gaz local est présenté comme un levier de souveraineté, mais il expose le Sénégal à une dépendance technologique et logistique. La centrale, qui représente près du quart des capacités nationales, devra être approvisionnée en continu. Les retards dans le développement du gaz sénégalais, notamment le champ GTA dont la mise en production a connu des atermoiements, pourraient compromettre les économies escomptées. En attendant, le recours au gasoil pèse sur les finances publiques et sur le coût de l’électricité pour les ménages et les industries. La BIDC a approuvé en juin 2026 une participation de 25 millions d’euros à une facilité de Mourabaha syndiquée en faveur de Senelec, signe d’un besoin de financement persistant.

Un modèle régional en mutation

Le Sénégal n’est pas isolé dans sa quête de maîtrise énergétique. En Guinée, les difficultés des entreprises publiques d’électricité, mises en lumière par un article de Mediaguinée du 21 juin 2026, rappellent que le contrôle étatique n’est pas une garantie d’efficacité. En Côte d’Ivoire, le modèle privé de la CIE a montré sa capacité à attirer des investissements et à rémunérer ses actionnaires, mais les tarifs restent un enjeu politique. La reprise de la centrale de Cap des Biches par Senelec s’inscrit dans une tendance régionale de recentrage de l’État sur les infrastructures critiques, dans un contexte de hausse des prix des hydrocarbures et de volatilité des marchés.

Les attentes des consommateurs et les défis de la transition

La visite des associations de consommateurs à la centrale visait à restaurer la confiance dans un secteur marqué par des délestages récurrents. Falilou Sèye, directeur général de WAE, a insisté sur la contribution de la centrale à la souveraineté énergétique, mais les consommateurs restent prudents. Le passage au gaz doit réduire significativement le coût de l’électricité, mais les délais de mise en œuvre (mars 2027 pour le cycle combiné) laissent planer une incertitude. La stratégie « Gas to Power » du Sénégal, ambitieuse, nécessitera une coordination étroite entre acteurs publics et privés pour tenir ses promesses.

La centrale de Cap des Biches symbolise à la fois les espoirs et les fragilités de la politique énergétique sénégalaise. Alors que le pays mise sur ses ressources gazières pour transformer son mix électrique, la reprise par Senelec illustre une volonté de contrôle public qui contraste avec les modèles plus libéraux de ses voisins. Mais le succès de cette transition dépendra de la capacité à sécuriser les approvisionnements gaziers et à gérer les risques opérationnels. Plus largement, cette expérience sénégalaise offre un cas d’école pour l’Afrique de l’Ouest, où chaque État cherche la formule optimale entre souveraineté, attractivité des investissements et accessibilité des tarifs.