En rachetant la totalité des actions de West African Energy (WAE), la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) s’offre le contrôle d’une centrale de 360 MW qui représente près du quart de la demande nationale d’électricité. Une opération qui met fin à des mois de blocage actionnarial et qui s’inscrit dans une stratégie plus large de sécurisation de l’approvisionnement énergétique adossé au gaz naturel.

L’acquisition, finalisée le 26 avril 2026, porte la participation de Senelec dans WAE à 100 %. Cette centrale à cycle combiné, dont le taux d’avancement atteint 97,5 %, est la première d’envergure initiée par des investisseurs nationaux. Conçue pour fonctionner au gaz naturel, elle doit permettre au Sénégal de réduire sa dépendance au fioul lourd, plus coûteux et plus polluant.

L’opération intervient après une crise de gouvernance. Un différend entre actionnaires avait suspendu les financements et ralenti les travaux depuis 2024. Le ministère de l’Énergie, saisi dès mai 2024, et le Premier ministre ont joué un rôle de médiateur, débloquant la situation et accompagnant Senelec dans la reprise intégrale. La centrale a déjà été synchronisée au réseau en avril 2025 et ses turbines fonctionnent en cycle ouvert. L’achèvement du cycle combiné est conditionné à l’arrivée du gaz.

Ce rachat confère à Senelec un levier stratégique. En contrôlant directement une infrastructure critique, l’État cherche à sécuriser l’approvisionnement électrique, notamment pour les industries et les ménages. Mais il assume aussi un risque financier et technique : la centrale doit être alimentée en gaz, provenant probablement des champs de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) à la frontière avec la Mauritanie, dont la mise en production a connu des retards.

Au-delà de l’enjeu immédiat, cette acquisition s’inscrit dans une tendance régionale de regain d’interventionnisme public dans les infrastructures énergétiques. Plusieurs pays ouest-africains, confrontés à des défaillances de marché et à des besoins criants d’électrification, renforcent le rôle des compagnies nationales. Au Sénégal, le gaz naturel est présenté comme le vecteur de la transition énergétique, mais son exploitation soulève des questions de coût, de fiabilité et de durabilité.

Le défi à venir sera de garantir un approvisionnement stable en gaz tout en maîtrisant les tarifs pour les consommateurs. Senelec devra aussi intégrer cette nouvelle capacité dans un réseau qui souffre encore de pertes techniques et commerciales. L’État, actionnaire unique de Senelec, porte désormais la responsabilité pleine et entière de la performance de cette centrale.

Cette reprise en main par l’État sénégalais illustre une dynamique plus large en Afrique de l’Ouest : celle d’un retour des pouvoirs publics dans des secteurs jugés stratégiques, après des décennies de privatisations. Reste à savoir si cette maîtrise accrue permettra d’éviter les écueils de la gestion publique passée et de tenir les promesses d’un gaz vecteur de développement.