Le 30 juin 2026, Senelec a ouvert les portes de la centrale West African Energy (WAE) aux associations de consommateurs, dévoilant un investissement de 283 milliards de francs CFA et les coulisses de la transition gazière du Sénégal. Cette centrale de 366 MW, la plus importante du pays, vient d'être rachetée à 100 % par l'État, marquant une rupture avec le modèle de partenariat public-privé pour affirmer la souveraineté énergétique. Alors que le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) accuse encore des retards, le gouvernement parie sur le gaz importé puis local pour réduire le coût de l'électricité.

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Un investissement colossal au cœur de la stratégie énergétique

Avec 283 milliards de francs CFA d'investissement, la centrale West African Energy (WAE) représente près de 25 % de la puissance installée du Sénégal. Installée au Cap des Biches et couplée à une unité de regazéification d'ELTON, elle a été initialement conçue pour fonctionner au gasoil. La visite organisée le 30 juin 2026 visait à rassurer les usagers sur la fiabilité du service à l'approche de l'hivernage, mais elle a surtout mis en lumière le virage stratégique engagé par l'État : le passage au gaz naturel comme carburant principal de la centrale.

Une reprise en main étatique pour la souveraineté

L'État, via la Senelec, a racheté la totalité du capital de WAE, une opération pilotée par le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce rachat traduit une volonté de contrôle direct sur un secteur jugé stratégique, où la facture énergétique pèse lourdement sur les ménages et les entreprises. En internalisant la gestion de la plus grande centrale du pays, le gouvernement entend accélérer la mise en service du cycle combiné et réduire la dépendance aux importations de produits pétroliers, conformément à l'Agenda Sénégal 2050.

Un calendrier en deux temps : gaz importé puis terminal local

Le basculement vers le gaz se fera en deux phases. Dès août 2026, la centrale sera alimentée par du gaz naturel importé, solution provisoire pour répondre à l'urgence de la demande. La solution définitive, via le terminal gazier du Port de Dakar, est attendue pour le premier semestre 2027. Ce recours à l'importation, même temporaire, révèle le décalage entre les découvertes gazières du bassin de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et leur exploitation effective. Le gouvernement multiplie les annonces d'accélération, mais la réalité industrielle impose des délais.

Le paradoxe du gaz sénégalais

Le champ GTA, développé avec la Mauritanie, accuse des retards significatifs, tandis que les discussions avec les compagnies pétrolières se poursuivent. Ce décalage entre les ambitions affichées et les réalisations concrètes creuse un paradoxe : le Sénégal investit massivement dans des infrastructures gazières tout en restant contraint de recourir temporairement au gaz importé. La stratégie « Gas to Power » vise pourtant à réduire le coût de l'électricité, parmi les plus élevés de la sous-région, et à diminuer la dépendance aux importations de produits pétroliers.

Des enjeux pour les consommateurs et le tissu économique

La visite de la centrale aux associations de consommateurs reflète une volonté de transparence et de pédagogie. Le gouvernement doit concilier urgence de production, maîtrise des coûts et affirmation de souveraineté. Les ménages et les entreprises attendent des effets concrets sur la facture d'électricité, alors que le pays s'engage dans une transformation énergétique lourde d'incertitudes.

Le pari sénégalais sur le gaz pour sécuriser son électrification soulève une question plus large pour l'Afrique de l'Ouest : la souveraineté énergétique peut-elle se construire sur des ressources dont l'exploitation reste incertaine, ou nécessite-t-elle une intégration régionale plus poussée des marchés et des infrastructures ?