À l’heure où le Sénégal engrange les premiers barils de Sangomar, l’attention se tourne vers l’aval du secteur pétrolier et gazier. L’Institut National du Pétrole et du Gaz (INPG) engage deux fronts simultanés : la féminisation des recrutements et la formation accélérée des jeunes. Ces initiatives, dévoilées en mai 2026, visent à doter le futur projet gazier Yakaar-Teranga des compétences locales nécessaires, dans un contexte où la souveraineté énergétique devient le maître-mot de la politique industrielle sénégalaise.
INPG : la relève féminine & jeune pour Yakaar‑Teranga
L’Institut National du Pétrole et du Gaz forme la prochaine génération de talents sénégalais, alors que le mégaprojet gazier Yakaar‑Teranga se prépare. Deux programmes complémentaires pour féminiser et rajeunir les équipes.
Cible : recrutement de compétences féminines pour les postes techniques et d’encadrement du projet Yakaar‑Teranga.
L’INPG veut porter la part des femmes dans les métiers du gaz et du pétrole, historiquement très masculins.
Cible : cursus techniques accélérés pour opérateurs, techniciens et ingénieurs juniors.
Formation adaptée aux besoins des opérateurs et sous‑traitants du champ gazier offshore.
Chronologie du mégaprojet
Sangomar : premiers barils
Le Sénégal entre dans le cercle des producteurs de pétrole. Démarrage du champ Sangomar (opéré par Woodside).
INPG lance les programmes
Féminisation et formation accélérée des jeunes pour préparer Yakaar‑Teranga.
Yakaar‑Teranga : mise en production
Champ gazier offshore opéré par Kosmos Energy et BP. Réserves estimées à 15 000 milliards de pieds cubes.
Contexte macro‑économique Sénégal
IDE
6,1 %
du PIB (Banque mondiale)
Inflation
0,8 %
(Banque mondiale)
Dette publique
130,2 %
du PIB (FMI)
Solde budgétaire
−7,9 %
du PIB (FMI)
🎯 Les 3 enjeux de la formation locale
Souveraineté énergétique
Réduire la dépendance aux compétences étrangères en formant des techniciens et ingénieurs sénégalais.
Masse critique de talents
Yakaar‑Teranga nécessite des centaines de profils qualifiés : ingénieurs, opérateurs, techniciens.
Mixité & jeunesse
Deux leviers simultanés : féminisation des recrutements et formation accélérée des jeunes diplômés.
Un double pari : féminisation et jeunesse
L’INPG a dévoilé deux programmes distincts mais complémentaires. Le premier cible spécifiquement les compétences féminines pour les postes à pourvoir dans le cadre du projet Yakaar-Teranga, le vaste champ gazier offshore dont la mise en production est attendue pour la fin de la décennie. Le second s’adresse aux jeunes diplômés, avec des cursus techniques adaptés aux besoins des opérateurs et des sous-traitants. Ces annonces interviennent alors que le Sénégal tire déjà les premiers revenus de son pétrole – Sangomar a démarré sa production en 2024 – et que le gouvernement multiplie les signaux en faveur d’un contenu local renforcé.
**Un enjeu de masse critique**
Yakaar-Teranga, opéré par Kosmos Energy et BP, est l’un des plus grands projets gaziers d’Afrique de l’Ouest, avec des réserves estimées à 15 000 milliards de pieds cubes. Sa mise en valeur nécessitera des centaines d’ingénieurs, techniciens et opérateurs qualifiés. L’INPG, créé en 2019 pour fédérer la formation dans le secteur, doit relever le défi du nombre : former suffisamment de Sénégalais pour éviter une dépendance massive aux expatriés, tout en maintenant un niveau de compétitivité international. Les programmes lancés en mai 2026 s’inscrivent dans cette logique de montée en puissance, avec des promotions qui pourraient doubler d’ici 2028 selon les projections internes.
**Femmes et énergie : une diversification stratégique**
La décision de cibler les femmes n’est pas anodine. Le secteur pétrolier et gazier reste l’un des plus masculinisés au Sénégal, avec moins de 15 % de femmes dans les effectifs techniques. En orientant une partie de ses formations vers le public féminin, l’INPG répond à une double exigence : d’une part, élargir le vivier de talents disponibles ; d’autre part, se conformer aux engagements du gouvernement en matière d’égalité des genres, inscrits dans le Plan Sénégal 2050. Plusieurs bourses et modules de mentorat ont été annoncés pour lever les barrières culturelles et logistiques qui freinent l’accès des femmes aux métiers de l’offshore.
**Souveraineté énergétique et contenu local**
Ces formations s’inscrivent dans une ambition plus large : faire du Sénégal un acteur autonome de son développement énergétique. Le président Macky Sall, puis son successeur, ont martelé que les ressources du sous-sol devaient bénéficier en priorité aux Sénégalais. L’INPG est l’instrument de cette politique : en internalisant la formation, le pays espère réduire la facture des prestataires étrangers et créer des emplois durables. Les premiers résultats de Sangomar – où le taux de contenu local a atteint 45 % selon la Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen) – confortent cette approche. Pour Yakaar-Teranga, l’objectif affiché est de dépasser 60 %.
**Un défi de coordination et de financement**
Reste que la route est semée d’embûches. L’INPG doit coordonner ses programmes avec les besoins précis des opérateurs – Kosmos, BP, mais aussi la compagnie nationale Petrosen – dans un calendrier serré. Le premier gaz de Yakaar-Teranga est attendu pour 2029, ce qui laisse peu de temps pour former les équipes de démarrage. Par ailleurs, le financement de la formation, estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA, repose encore en partie sur des partenariats public-privé et des appuis de bailleurs comme la Banque mondiale. La pérennité de ces budgets sera cruciale pour maintenir le rythme.
**Regard régional : le Sénégal en modèle ?**
Dans une Afrique de l’Ouest où le Ghana vient de clore son programme FMI (annonce du 18 mai 2026) et où la Côte d’Ivoire poursuit sa propre montée en puissance pétrolière, le Sénégal cherche à se distinguer par une approche plus structurée de la formation. L’INPG pourrait servir de référence pour d’autres pays de la zone UEMOA, confrontés aux mêmes défis de capital humain. Mais la véritable épreuve viendra quand les premiers postes de Yakaar-Teranga seront effectivement pourvus par des diplômés de l’institut.
Au-delà des chiffres de production ou des cours du brut, la réussite du pari pétrolier sénégalais se joue sur un terrain moins visible : celui des compétences. L’INPG, avec ses programmes dédiés aux femmes et aux jeunes, pose les jalons d’une industrie qui se veut inclusive et souveraine. Reste à savoir si la cadence des formations pourra suivre celle des forages. Une question qui, d’ici 2029, pourrait bien déterminer l’avenir énergétique du pays.