Le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé le retrait conjoint de Kosmos Energy et Petrosen de la licence du bloc gazier Yakaar-Teranga, ouvrant la voie à une exploitation exclusive par Petrosen. Cet accord, obtenu sans contrepartie financière pour l’État, met fin à une décennie de controverses sur les conditions d’attribution du permis. Il s’inscrit dans une dynamique régionale de renforcement du contrôle étatique sur les ressources extractives.

L’annonce faite ce mardi par Ousmane Sonko constitue un geste politique fort. En obtenant le retrait de Kosmos Energy et de Petrosen de la licence sans dédommagement, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye acte la reprise en main d’un gisement qualifié de « plus prometteur » du bassin sédimentaire sénégalais. Ce bloc, attribué dans des conditions jugées opaques sous la présidence de Macky Sall, était devenu le symbole des dérives du secteur extractif. Sonko présente ce dénouement comme l’aboutissement d’un combat politique de dix ans, et promet de rouvrir d’autres dossiers similaires.

Au-delà de la symbolique, cette décision redéfinit la souveraineté énergétique du Sénégal. En confiant l’exclusivité à Petrosen, l’État s’assure un contrôle total sur un actif stratégique, ce qui devrait lui permettre de maximiser les retombées fiscales et de mieux aligner l’exploitation gazière sur les besoins nationaux. Mais ce choix comporte aussi des risques : Petrosen devra démontrer sa capacité à opérer un gisement de cette envergure, tant sur le plan technique que financier. Le recours à des partenaires internationaux sélectionnés par appels d’offres reste probable, mais sous des conditions plus strictes.

Cette inflexion sénégalaisse s’inscrit dans une tendance régionale. En Afrique de l’Ouest, plusieurs États renégocient leurs contrats pétroliers et gaziers pour accroître leur part de revenus et leur contrôle. La Mauritanie a récemment recentré ses partenariats autour de la Société mauritanienne des hydrocarbures, tandis que le Ghana impose des clauses de contenu local plus exigeantes. Le Sénégal rejoint ce mouvement, porté par une opinion publique de plus en plus vigilante sur la gestion des ressources naturelles.

Pour les investisseurs, ce signal est ambigu. D’un côté, il renforce la prévisibilité juridique en corrigeant des attributions contestées ; de l’autre, il instaure un rapport de force plus favorable à l’État, ce qui peut freiner des projets nécessitant des capitaux importants. Cependant, les gisements comme Yakaar-Teranga restent très attractifs, et une fois la nouvelle licence attribuée, les partenaires internationaux pourraient être plus enclins à s’engager si les conditions sont claires et stables. Le gouvernement a tout intérêt à maintenir un équilibre entre souveraineté et attractivité pour ne pas compromettre la mise en valeur du gisement.

Le Sénégal rejoint ainsi un mouvement plus large de reconquête de la souveraineté énergétique en Afrique de l’Ouest, où la question du partage de la rente extractive devient centrale. Reste à savoir si Petrosen saura relever le défi opérationnel et si cette nouvelle approche attirera les investissements nécessaires à l’exploitation d’un gisement aussi prometteur.