Le projet gazier Yakaar-Teranga, l’un des plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest, nécessite désormais 4500 milliards de FCFA (environ 6,9 milliards d’euros) pour être développé. Ce chiffre, révélé après le départ des majors BP et Kosmos, place le Sénégal face à un défi colossal de financement alors que le pays cherche à consolider sa souveraineté énergétique. L’enjeu dépasse le simple cadre national : il interroge la capacité des États ouest-africains à attirer des capitaux dans un contexte géopolitique tendu et une concurrence accrue entre projets gaziers.
Yakaar-Teranga : 4500 milliards FCFA pour relancer le gaz sénégalais après BP
Le projet gazier Yakaar-Teranga, l’un des plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest, nécessite désormais 4500 milliards de FCFA (environ 6,9 milliards d’euros) pour être développé. Ce chiffre, révélé après le départ des majors BP et Kosmos, place le Sénégal face à un défi colossal de financement alors que le pays cherche à consolider sa souveraineté énergétique.
Défi colossal — Le Sénégal doit mobiliser près de 4500 milliards FCFA après le retrait de BP et Kosmos. La BOAD et PROPARCO apportent une première réponse avec 200 millions d’euros (131 milliards FCFA).
Chronologie du projet Yakaar-Teranga
Acteurs et flux financiers
Un investissement hors norme après le désengagement des majors
L’estimation de 4500 milliards FCFA pour le développement du champ gazier de Yakaar-Teranga a été rendue publique mi-mai 2026, quelques mois après le retrait de BP et Kosmos Energy. Ces deux géants, qui détenaient des parts dans le projet, ont invoqué une révision de leur portefeuille mondial, mais les observateurs pointent aussi les incertitudes réglementaires et les coûts d’exploitation élevés. Le Sénégal se retrouve seul avec sa compagnie nationale Petrosen pour porter un dossier colossal, dont le coût dépasse de loin les investissements réalisés dans le pétrole de Sangomar.
La piste du financement endogène et le rôle de la BOAD
Face à ce défi, la stratégie sénégalaise s’oriente vers une mobilisation accrue de l’épargne locale et des institutions régionales. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et PROPARCO ont récemment signé une opération de 200 millions d’euros (environ 131 milliards FCFA) pour renforcer le financement des infrastructures énergétiques. Ce montant, modeste au regard des besoins de Yakaar-Teranga, illustre toutefois une tendance nouvelle : les bailleurs de fonds régionaux deviennent des acteurs clés du financement gazier. En parallèle, le Sénégal explore l’émission d’obligations sur le marché régional, en s’appuyant sur la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM).
La concurrence régionale et le spectre de l’insécurité
Le projet Yakaar-Teranga n’évolue pas en vase clos. À l’ouest, le Nigeria avance sur son gazoduc atlantique (AAGP) avec le Maroc, tandis qu’au nord, les récentes attaques au Mali (avril 2026) rappellent la fragilité sécuritaire de la zone. Le Sénégal, en dépit de sa stabilité relative, doit composer avec ces risques qui pèsent sur la perception des investisseurs. Par ailleurs, la décision du Sénégal de privilégier un financement endogène s’inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté économique en Afrique de l’Ouest, mais elle comporte le risque de fragiliser le calendrier du projet si les capitaux locaux ne sont pas suffisants.
Un test pour la nouvelle doctrine énergétique sénégalaise
Au-delà des chiffres, Yakaar-Teranga cristallise les ambitions de Dakar de devenir un hub gazier régional. Le gouvernement a multiplié les réformes législatives pour attirer les investissements, mais le départ des majors montre que la confiance reste fragile. La réussite de ce projet dépendra de la capacité du Sénégal à structurer un montage financier innovant, mêlant fonds souverains, institutions régionales et partenariats public-privé. Dans un contexte où les géants pétroliers mondiaux réduisent leur exposition aux hydrocarbures, le modèle sénégalais pourrait faire des émules – ou au contraire, révéler les limites d’une approche trop ambitieuse.
Le chiffre de 4500 milliards FCFA pour Yakaar-Teranga n’est pas seulement un montant : c’est le reflet d’un basculement où les États ouest-africains doivent désormais compter sur eux-mêmes et sur leurs institutions régionales pour porter des projets structurants. Le Sénégal devient ainsi un laboratoire grandeur nature pour le financement endogène des hydrocarbures, dans une région où la sécurité et la coopération économique seront les clés de la réussite.