Un champ solaire de 21 mégawatts, destiné à couvrir près d'un tiers des besoins en électricité des principales installations de production d'eau potable, a été inauguré le 2 juillet 2026 à Mékhé, dans l'ouest du Sénégal. Le projet, porté par la SONES, SEN'EAU, SUEZ et TotalEnergies, vise à réduire la dépendance aux énergies conventionnelles et s'inscrit dans la Vision Sénégal 2050, qui ambitionne de porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique d'ici 2030. Au-delà de ses bénéfices environnementaux, cette initiative révèle les tensions entre souveraineté énergétique, partenariats public-privé et le rôle grandissant des compagnies pétrolières dans la transition.

Infographie — Énergie · Transition

Le Sénégal fait face à un paradoxe énergétique. Pays producteur de pétrole et de gaz depuis l'entrée en production du champ de Grand Tortue Ahmeyim, il reste fortement dépendant des importations de produits pétroliers pour sa production électrique. Cette situation pèse sur les finances publiques et expose le pays aux fluctuations des cours mondiaux. Dans ce contexte, le développement des énergies renouvelables apparaît comme un levier de souveraineté, mais aussi de réduction des coûts d'exploitation pour des services publics essentiels comme l'eau potable.

L'inauguration du champ solaire de Mékhé illustre cette stratégie. En couvrant près d'un tiers des besoins électriques des installations de pompage et de traitement de l'eau, le projet permet de diminuer la facture énergétique de la SEN'EAU, tout en réduisant l'empreinte carbone. Le choix de sites tels que Méouane, Mékhé et Keur Momar Sarr, proches du Lac de Guiers, principal réservoir d'eau potable pour Dakar, n'est pas anodin : il s'agit de sécuriser l'approvisionnement en eau de la capitale, tout en limitant la vulnérabilité aux coupures de courant.

Le rôle ambigu de TotalEnergies

La présence de TotalEnergies dans ce projet mérite attention. Le major pétrolier, souvent critiqué pour ses activités fossiles, investit ici dans le solaire à travers sa filiale TotalEnergies Renewables Distributed Generation. Pour l'entreprise, il s'agit de diversifier son portefeuille et de renforcer son ancrage en Afrique de l'Ouest, où elle est déjà présente dans l'exploration pétrolière et le gaz naturel liquéfié. Mais ce positionnement soulève des questions : jusqu'à quel point les grandes compagnies peuvent-elles être des partenaires sincères de la transition énergétique, alors même que leurs activités principales contribuent au changement climatique ?

Cette ambivalence n'est pas nouvelle. Quelques semaines plus tôt, TotalEnergies sponsorisait la Coupe d'Afrique des Nations U-17, confirmant sa stratégie de marque sur le continent. Mais au-delà du marketing, le groupe s'implique désormais concrètement dans des projets renouvelables, signe d'une évolution de son modèle d'affaires face à la pression des actionnaires et des régulateurs.

Un test pour la souveraineté régionale

Pour le Sénégal et ses voisins ouest-africains, ce type de partenariat pose la question de la maîtrise des infrastructures énergétiques. Si le recours à des opérateurs privés permet d'accélérer les investissements, il peut aussi créer une dépendance technologique et financière. Le Sénégal, comme d'autres pays de la région, cherche à concilier l'exploitation de ses hydrocarbures – source de revenus budgétaires essentiels – avec le développement des renouvelables. La Vision 2050 fixe un cap ambitieux, mais sa réalisation dépendra de la capacité à mobiliser des financements à long terme et à transférer les compétences techniques.

Le projet de Mékhé montre une voie possible, mais ses effets restent modestes à l'échelle nationale : 21 MW, c'est moins de 1 % de la capacité installée du Sénégal. Il s'agit davantage d'un démonstrateur que d'une solution de masse. Cependant, il ouvre la perspective de répliquer ce modèle sur d'autres sites de production d'eau ou d'électricité, créant ainsi un précédent pour des partenariats public-privé dans le secteur des énergies propres.

L'inauguration du champ solaire de Mékhé intervient dans un contexte où les pays d'Afrique de l'Ouest cherchent à équilibrer leurs ambitions climatiques avec leurs besoins de développement et de souveraineté. Si ce projet marque une avancée symbolique, il rappelle aussi que la transition énergétique ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, entre compromis politiques, intérêts économiques et innovations technologiques. Reste à savoir si le Sénégal parviendra à tirer parti de ses atouts – gaz, soleil, eau – sans troquer une dépendance contre une autre.