Le 25 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a reconnu que TotalEnergies doit élargir son plan de vigilance climatique aux émissions dites Scope 3, soit 91 % de son empreinte carbone. Quelques jours plus tard, au Sénégal, un champ solaire de 21 MW était inauguré à Tivaouane pour alimenter les usines de traitement d'eau. Deux événements apparemment disjoints qui éclairent pourtant les tensions à l'œuvre dans la transition énergétique ouest-africaine, prise entre les exigences judiciaires globales et les initiatives locales concrètes.

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Une décision française aux implications africaines

Le verdict du 25 juin 2026 est inédit en France : pour la première fois, un tribunal impose à une multinationale de comptabiliser les émissions issues de l'utilisation finale de ses produits, et pas seulement celles de ses opérations directes. Cette interprétation extensive de la loi sur le devoir de vigilance de 2017, née du drame du Rana Plaza, a été saluée par les ONG. Mais au-delà de l'aspect juridique, elle interroge directement les activités de TotalEnergies au Sénégal, où le groupe est impliqué dans l'exploitation du pétrole et du gaz, notamment via le projet Sangomar.

Jusqu'à présent, le Sénégal misait sur ses hydrocarbures pour financer sa transition et son développement. Les articles de mai 2026 issus de nos sources évoquent un modèle de financement endogène, mêlant épargne locale et fonds souverains, pour exploiter l'un des plus grands gisements gaziers d'Afrique de l'Ouest. Or, cette stratégie repose sur la vente de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l'Europe, comme le soulignaient alors les flux croissants d'importation en provenance du continent. La décision parisienne pourrait contraindre TotalEnergies à réviser ses engagements climatiques au Sénégal, où ses émissions indirectes sont massives.

Le solaire de Tivaouane, une réponse locale

En parallèle, le 3 juillet 2026, la ville de Tivaouane a inauguré un champ solaire de 21 MW destiné à alimenter ses usines de traitement d'eau. Ce projet, porté par des acteurs locaux et probablement soutenu par des financements publics, illustre une autre voie : celle d'une transition énergétique décentralisée, centrée sur les besoins de base. L'eau et l'énergie sont ici liées, rappelant que les infrastructures renouvelables peuvent répondre à des défis quotidiens sans attendre les grands projets extractifs.

Ce choix n'est pas anecdotique. Il s'inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays multiplient les réformes fiscales visant les géants du numérique, comme le notait Agence Ecofin fin mai 2026, pour capter davantage de recettes et financer des politiques publiques. Le solaire sénégalais pourrait ainsi bénéficier d'une partie de ces nouvelles ressources, dans un contexte où l'Union européenne elle-même, en quête de diversification gazière, semble s'intéresser de moins en moins au GNL russe et de plus en plus à des partenariats africains – mais à des conditions de durabilité.

La coexistence de deux modèles

Le Sénégal se trouve donc à la croisée des chemins. D'un côté, la pression judiciaire et réglementaire venue d'Europe pourrait freiner les ambitions pétro-gazières de TotalEnergies dans le pays, ou du moins les soumettre à des exigences de transparence accrues. De l'autre, des initiatives comme celle de Tivaouane montrent qu'une transition par le bas est possible, sans attendre les grands groupes. Cette tension rappelle les débats sur la transformation locale des ressources en Guinée, où la bauxite est de plus en plus conditionnée à un traitement sur place.

Les données historiques de mai 2026 mentionnaient également les premières recettes perçues par le Mozambique grâce à ses exportations de gaz, montrant que l'exploitation des hydrocarbures peut générer des bénéfices rapides, mais aussi des dépendances. Le Sénégal, en multipliant les petits projets solaires, cherche peut-être à éviter cet écueil et à diversifier ses sources d'énergie dès le départ.

La transition énergétique en Afrique de l'Ouest ne se réduit pas à une opposition binaire entre fossiles et renouvelables. Elle se joue à plusieurs échelles : celle des grands groupes soumis à des normes globales, celle des États qui tentent de tirer parti de leurs ressources, et celle des collectivités qui expérimentent des solutions locales. Le Sénégal illustre cette complexité, où chaque acteur doit composer avec des temporalités et des contraintes différentes. La question n'est plus seulement de savoir quelle énergie choisir, mais comment articuler ces dynamiques pour construire un système résilient.