TotalEnergies et la société sénégalaise SEN'EAU ont mis en service fin juin deux centrales solaires à Keur Momar Sarr et Méouane, d'une capacité cumulée de 21 MW. Destinées à alimenter les infrastructures de pompage et de surpression d'eau potable, ces installations illustrent la montée en puissance des solutions décentralisées dans le secteur stratégique de l'eau. Mais ce modèle de partenariat public-privé soulève des questions sur le contrôle des ressources énergétiques et la dépendance vis-à-vis d'acteurs étrangers, alors que le Sénégal s'apprête à entrer dans l'ère des hydrocarbures.

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Un défi énergétique pour l’accès à l’eau

Acheminer l'eau potable depuis les sites de production, situés à plus de 200 kilomètres de Dakar, jusqu'aux usagers finaux représente un défi technique et énergétique majeur. Les deux champs solaires viennent répondre à une partie de cette demande. La centrale de Méouane, avec 15 300 panneaux, couvre 32 % des besoins du surpresseur de Mékhé, tandis que celle de Keur Momar Sarr assure une production annuelle de 60 MWh. L'économie réalisée sur le fioul importé est substantielle, mais le modèle repose sur un opérateur privé étranger.

TotalEnergies, un acteur pivot de la transition africaine

Le groupe français, longtemps synonyme de pétrole et de gaz, accélère sa diversification dans le solaire distribué en Afrique. Avec cette réalisation, TotalEnergies démontre sa capacité à fournir des solutions « bas carbone » à des partenaires institutionnels comme SEN'EAU, elle-même une coentreprise entre SUEZ et l'État sénégalais. Ce positionnement permet au major de verrouiller des contrats de long terme sur des infrastructures critiques, tout en soignant son image de contributeur à la transition énergétique. Mais cette stratégie interroge : qui, in fine, contrôle la production et la distribution de l'énergie nécessaire aux services publics essentiels ?

Souveraineté énergétique vs. efficacité économique

Les autorités sénégalaises saluent ce partenariat comme un pas vers l'excellence opérationnelle. Pour le Secrétaire Général du ministère de l'Hydraulique, ces installations s'inscrivent dans une politique d'optimisation énergétique. Pourtant, le recours à un acteur privé pour sécuriser l'approvisionnement électrique d'un service public comme l'eau potable n'est pas sans risque. En cas de renégociation des tarifs ou de défaillance technique, l'État pourrait voir sa marge de manœuvre réduite. La question de la souveraineté énergétique devient d'autant plus aiguë que le Sénégal s'apprête à exploiter ses propres ressources pétrolières et gazières.

Un précédent pour la région ?

Ce modèle de solaire « captive generation » pour l'eau pourrait faire école dans d'autres pays ouest-africains confrontés à des réseaux électriques instables et à des coûts d'importation de combustibles fossiles élevés. Le Bénin, le Burkina Faso ou le Niger pourraient y voir une solution pour leurs stations de pompage. Mais la présence de TotalEnergies comme opérateur unique rappelle que la transition énergétique en Afrique se fait aussi par des intérêts étrangers, dont les objectifs ne coïncident pas toujours avec les priorités de développement local.

Entre promesse et réalités géopolitiques

Le discours officiel met en avant la fiabilité et la compétitivité des solutions bas carbone. Cependant, la mise en service de ces centrales en 2026 intervient dans un contexte où le Sénégal cherche à attirer les investissements étrangers tout en affirmant sa souveraineté sur ses ressources. Le pays a récemment révisé son code minier et pétrolier pour accroître la part de l'État dans les revenus extractifs. Dans ce jeu d'équilibre, les partenariats public-privé comme celui-ci deviennent des révélateurs des rapports de force entre États et multinationales.

Au-delà du cas sénégalais, l'inauguration des champs solaires de Keur Momar Sarr et Méouane illustre une tendance plus large : la transition énergétique en Afrique de l'Ouest ne se décrète pas, elle se négocie entre États en quête de financements et entreprises étrangères en quête de marchés. Reste à savoir si ces infrastructures serviront de tremplin vers une autonomie énergétique durable ou si elles consacreront une nouvelle forme de dépendance technologique et capitalistique.