Alors que le Nigeria parvient à réduire de 20,9 % les incidents violents dans le delta du Niger grâce à des partenariats de sécurité privée, le secteur de l'uranium au Niger reste entravé par l'insécurité et les retards de projets. La comparaison révèle des enjeux cruciaux pour la souveraineté énergétique régionale et les revenus miniers des États.
Sécurité et uranium au Niger : les leçons du delta du Niger
Alors que le Nigeria réduit les violences dans le delta, le Niger subit retards et insécurité. Deux trajectoires, un même enjeu de souveraineté.
🔍 Enseignements pour la souveraineté énergétique
Le succès du Nigeria repose sur un partenariat public-privé ciblé (surveillance, répression du vol). Transposable au Niger ?
Chaque année de décalage du projet Dasa prive le Niger de revenus miniers cruciaux pour son budget et sa souveraineté.
La stabilité du Niger conditionne l'approvisionnement en uranium pour l'Afrique de l'Ouest et au-delà. Un maillon faible stratégique.
📅 Chronologie comparée
Début de la baisse des incidents au Nigeria (Tantita Security). Au Niger, l'insécurité s'aggrave autour d'Agadez.
Nigeria : -20,9% d'incidents violents. Niger : le projet Dasa accumule les retards.
Rapport ACLED confirme la tendance nigériane. Au Niger, les premières livraisons d'uranium sont repoussées à 2028.
Une sécurisation réussie des infrastructures pétrolières au Nigeria
Le 25 juin 2026, un rapport d’ACLED relayé par *The Nation* souligne les progrès accomplis dans le delta du Niger. Les incidents violents y ont chuté de 20,9 % entre 2023 et 2025, et les pertes humaines de 8,3 %. Ce résultat est attribué à l’action de Tantita Security Services Limited, une société privée mandatée pour surveiller les pipelines et lutter contre le vol de pétrole. Cette amélioration a permis d’accroître la production pétrolière, source vitale des recettes fiscales et des réserves de change du Nigeria.
Le contraste nigérien : insécurité et retards
À l’opposé, le secteur de l’uranium au Niger traverse une période difficile. Le projet Dasa, porté par Global Atomic Corporation, a vu ses premières livraisons reportées à 2028, comme l’indiquait un article de *La Nouvelle Tribune* du 15 mai 2026. La région d’Agadez, où se situe le gisement, est régulièrement le théâtre d’attaques djihadistes et de tensions communautaires. Le 14 mai 2026, une marche à Tillabéri a rassemblé les Forces vives locales pour protester contre l’exploitation minière, soulevant des questions de partage des revenus et de sécurité environnementale.
Des conséquences sur les revenus et la souveraineté
L’uranium représente historiquement 5 à 10 % du PIB du Niger et environ 30 % de ses recettes d’exportation. Tout retard ou perturbation affecte directement les finances publiques, déjà fragilisées par le coup d’État de 2023 et la suspension de certaines aides internationales. Le Niger cherche à renégocier les contrats avec les opérateurs étrangers, notamment Orano (ex-Areva), pour accroître sa part des bénéfices. Mais l’insécurité limite l’attractivité des investissements. Le report de Dasa est un signal d’alarme : sans amélioration sécuritaire, les projets futurs pourraient être compromis.
Enjeux géopolitiques : vers une diversification des partenaires
La situation sécuritaire s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Depuis le départ des forces françaises, le Niger a multiplié les contacts avec la Russie, l’Iran et la Chine pour sécuriser ses ressources. Le secteur de l’uranium, autrefois chasse gardée de Paris, devient un enjeu de souveraineté. Mais cette diversification se heurte à la réalité du terrain : les nouvelles entreprises doivent composer avec un environnement instable. À l’inverse, le Nigeria, bien que confronté à la corruption et au vol, a réussi à stabiliser sa production grâce à une approche pragmatique associant acteurs privés et publics.
Leçons pour la région ?
Le modèle nigérian de sécurisation des infrastructures ne peut être transposé tel quel au Niger : le contexte sécuritaire y est différent (terrorisme plutôt que criminalité organisée), et l’État y dispose de moins de moyens. Cependant, il montre que des partenariats ciblés peuvent améliorer la situation. Au Niger, l’armée et les forces spéciales restent en première ligne, mais l’implication de sociétés privées, comme cela se fait déjà au Burkina Faso ou au Mali, pourrait être une piste. L’histoire récente suggère que sans sécurité, les ressources minières ne génèrent ni revenus stables ni souveraineté réelle.
Le secteur de l’uranium nigérien est à la croisée des chemins : l’insécurité retarde les projets et affaiblit la position de l’État face aux opérateurs étrangers. L’exemple du delta du Niger indique que des solutions existent, mais elles nécessitent une volonté politique et des moyens adaptés. La question qui demeure est de savoir si le Niger parviendra à concilier souveraineté, sécurité et rentabilité minière dans un Sahel de plus en plus instable.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.9% (FMI)