Schneider Electric lance au Sénégal sa gamme AirSeT d’appareillages moyenne tension, combinant air pur et coupure dans le vide. Cette innovation technologique, qui élimine le gaz SF6, s’inscrit dans les ambitions sénégalaises d’intégration massive du solaire et de l’éolien. Elle révèle une tendance régionale : les pays ouest-africains investissent dans des infrastructures de réseau capables de supporter une production renouvelable croissante, tout en réduisant leur empreinte carbone.
Schneider Electric mise sur le Sénégal
Une rupture technologique pour un réseau électrique décarboné
Appareillages moyenne tension utilisant air pur + coupure dans le vide. Zéro gaz à effet de serre.
Parcs de Bokhol (20 MW) et Taïba Ndiaye (158 MW). Objectif : accès universel à une électricité fiable d'ici 2025.
Pertes techniques et commerciales élevées en Afrique de l’Ouest. AirSeT permet des postes compacts, numérisés.
Plus grand parc éolien du Sénégal. L’intermittence impose des réseaux capables de gérer des flux variables.
Le Sénégal vise l’accès universel à une électricité fiable. AirSeT s’inscrit dans cette feuille de route.
Chronologie de la transition
Le 9 juillet 2026, Schneider Electric a officialisé la disponibilité de ses gammes RM AirSeT et SM AirSeT au Sénégal. Ces appareillages moyenne tension utilisent de l’air pur comme isolant et la coupure dans le vide pour interrompre le courant, une rupture technologique avec les équipements traditionnels qui recourent au gaz SF6, un puissant gaz à effet de serre. Cette annonce intervient alors que le Sénégal accélère ses projets solaires et éoliens, à l’image des parcs de Bokhol (20 MW) et Taïba Ndiaye (158 MW), et vise un accès universel à une électricité fiable d’ici 2025.
L’intégration des énergies renouvelables intermittentes impose une modernisation des réseaux de distribution. Or, en Afrique de l’Ouest, ces réseaux sont souvent obsolètes, marqués par des pertes techniques et commerciales élevées. Avec AirSeT, Schneider Electric répond à un besoin précis : des postes de transformation compacts, numérisés et sans gaz nocif, capables de gérer des flux variables. Le groupe français ne se contente pas de vendre un produit ; il mise sur l’émergence d’un marché régional de la distribution intelligente.
Cette initiative intervient dans un contexte énergétique ouest-africain contrasté. D’un côté, des projets hydroélectriques de grande envergure comme le barrage de Souapiti en Guinée (450 MW) illustrent la priorité donnée à la production massive et centralisée. De l’autre, des pays comme le Togo continuent de s’appuyer sur des centrales thermiques pour sécuriser leur approvisionnement. Le Sénégal, lui, cherche à combiner ses ressources gazières (Grand Tortue Ahmeyim) avec un mix renouvelable ambitieux. L’arrivée d’AirSeT montre que l’aval du système électrique – le réseau de distribution – devient un maillon stratégique.
La dimension environnementale n’est pas accessoire. En supprimant le SF6, dont le potentiel de réchauffement global est 23 500 fois supérieur au CO₂, Schneider Electric aligne son offre sur les objectifs de l’Accord de Paris. Le Sénégal, pays vulnérable au changement climatique, peut ainsi moderniser son réseau sans aggraver son bilan carbone. C’est aussi un argument de différenciation dans la compétition régionale pour attirer des financements verts.
Au-delà de la technique, se pose la question de la souveraineté énergétique. En adoptant des technologies propriétaires d’un groupe étranger, les États ouest-africains risquent de créer une dépendance en matière de maintenance et de pièces détachées. Mais ils gagnent en fiabilité et en efficacité, ce qui réduit les coûts à long terme. Les autorités sénégalaises ont fait le choix de l’ouverture aux partenariats privés pour accélérer la transition, comme en témoigne le rôle croissant d’acteurs comme Schneider Electric dans la formation des ingénieurs locaux.
Le Sénégal n’est pas un cas isolé. Partout dans la région, les opérateurs de réseaux électriques cherchent à se doter d’infrastructures résilientes face à la montée des renouvelables. Au Ghana, des projets de smart grids voient le jour ; au Nigeria, la privatisation du secteur a stimulé l’innovation. La percée d’AirSeT à Dakar pourrait ainsi préfigurer un déploiement plus large en Afrique de l’Ouest, d’autant que Schneider Electric dispose d’une chaîne d’approvisionnement régionale.
L’implantation de la gamme AirSeT au Sénégal dépasse le simple lancement commercial. Elle cristallise un changement de paradigme : l’Afrique de l’Ouest ne construit plus seulement des centrales, mais repense en profondeur son réseau de distribution pour l’adapter aux défis climatiques et numériques. Reste à savoir si les États sauront mutualiser ces investissements à l’échelle régionale, condition d’une véritable souveraineté énergétique.